Un road-trip en bus qui finit à l’eau

Un road-trip en bus qui finit à l’eau

Pas le choix : c’est le bus

visite de Montevideo
visite de Montevideo

Oui, c’est possible ! Tout d’abord, rappelons qu’en Uruguay et en Argentine, le train n’est pas un moyen de transport de passagers, à quelques très rares exceptions qui font d’ailleurs plus figure d’attractions touristiques pour la plupart. En contrepartie, il y a ici un véritable réseau de bus particulièrement bien rôdé et efficace, avec une myriade de compagnies privées qui se concurrencent et qui font tout pour que le client soit satisfait.

Nous avons donc un confort qui écrase toute contestation face à l’aérien, et encore je passe sous silence les deux ou trois heures qu’on peut perdre à l’aéroport de départ avant un vol. En aérien, un vol de deux heures se transforme vite en cinq ou six, sans compter le temps pour aller du centre-ville à l’aéroport.

la fontaine des amoureux, ici aussi
la fontaine des amoureux, ici aussi

Et puisque nous avons vu qu’il n’y a pas d’alternative viable en ferroviaire (nous sommes en Uruguay, je le rappelle pour ceux qui ont déjà décroché), il nous reste le choix entre la voiture de location, le stop, ou le bus (revoir la liste de nos moyens de transport pendant ce tour du monde).

Etant donné que nous sommes 7 dont trois ados, on se rend vite compte que le stop tout comme la voiture de location sont deux réponses à oublier, il reste donc le bus. Enfin, le car comme on dit en français, mais ici on dit bus.

Achat en ligne de billets

Seb l’a dit de façon particulièrement judicieuse, 16 heures de bus, en Amérique du Sud, c’est presque banal car les distances sont immenses.

Uruguay
Uruguay : 500 km

Alors, comme on aime corser un peu les choses, on a décidé pour ce premier rodéo autocariste, de passer une frontière en même temps, et de coupler ça avec un bus de nuit. Or, le site Internet pour acheter les billets c’est chouette en théorie, mais il n’est qu’en espagnol. Pas grave, avec un dictionnaire à côté on se débrouille ! Mais voilà, ça c’était pour le bus de nuit, c’est à dire le 3e segment.

à bord du bus de Montevideo à Salto
à bord du bus de Montevideo à Salto

Pour le premier segment comme le second, il n’y a pas de vente en ligne. Point final. Bah que diable, allons au terminal de bus acheter les billets me disais-je les yeux embués d’espoir naïf. Le premier segment, pas de problème, c’est possible (il faut juste trouver le bon comptoir, mais ça c’est pas le plus dur). Mais le second, celui qui justement passe la frontière… ne se vend que là-bas. Il n’y en a qu’un à l’horaire qui nous intéresse : le précédent partira avant qu’on arrive, et le suivant arrivera après que le bus de nuit soit parti.

Il reste des places, pour l’instant…

Billet Nuñez
Billet Nuñez

La dame du guichet m’explique (dictionnaire et google trad en main) que non, aucun moyen d’acheter ce billet depuis Montevideo. Elle comprend qu’on est 7, et tente de me rassurer en me disait qu’il y a encore 39 places de libres pour l’instant. Gloups, le bus est dans deux jours, il a largement le temps de se remplir !

Mais on est aventurier ou on ne l’est pas : on maintient le programme, et on verra bien en arrivant à Salto.

champs en bord de route
champs en bord de route

Notre trajet est donc : Montevideo – Salto (6h), puis Salto – Concordia (1h si on trouve un bus pour passer la frontière et rentrer à nouveau en Argentine), puis Concordia – Iguazu (11h30 de nuit). Oui, vous pouvez refaire les additions, les 16h viennent de devenir 18h30 mais ça n’est pas grave, on n’est plus à ça près, d’autant que ça va encore enfler un brin, enfin vous allez voir !

Double coup de chaud à Salto

de Montevideo à Salto la route fait de longues lignes droites
de Montevideo à Salto la route fait de longues lignes droites

Et nous voici donc partis, il est environ 6 h du matin, et notre bus part à l’heure exacte. Il est très confortable, sur deux étages, toilettes incluses. Seb m’avait prévenu que dans les bus, parfois on ne pouvait pas y caquer, en tout cas dans celui-là on peut et tant mieux car il n’y aura aucun arrêt en 6h de trajet 🙂

Le bus roule et le paysage évolue petit à petit. C’est l’énorme avantage des déplacements en surface : on a le temps de voir les évolutions progressives du décor. La plaine sèche s’estompe lentement au profit d’arbres nombreux, feuillus genre gros chêne. Je n’y connais rien non plus en plantes (vous aviez remarqué ?) mais au cours de ces 500 km, les larges champs secs sont nombreux dans le début, puis ce sont de grandes étendues herbeuses, avec de plus en plus de palmiers et de cocotiers.

petit village d'Uruguay
petit village d’Uruguay

Par moments, des forêts d’arbres fins ponctuent le voyage. On sent qu’on monte vers le Nord et donc vers le tropique. Il fait chaud à l’extérieur, mais le bus est bien sûr climatisé, donc pour nous c’est indolore. Enfin, jusqu’à Salto, parce qu’on descend, et qu’on apprend qu’on n’est pas au bon terminal de bus. Hop, on remonte in-extremis dans le bus qui nous emmène à l’autre terminal de bus de la ville ! Ouf, merci à Lenny qui parle un peu espagnol et qui compris à temps l’info auprès de l’assistant : vous savez, le petit gars qui est dans le bus mais qui ne conduit pas : il charge les bagages dans la soute, fait payer les tickets pour ceux qui n’en ont pas, etc.

Salto - frontière
Salto – frontière

Enfin puisqu’on est à Salto (et non pas Salta, attention ça n’a rien à voir !) je me dirige benoîtement vers un guichet qui supposément vend les fameux billets pour Concordia. Il fait très agréablement chaud (voir photo). Le gars derrière le comptoir, qui a une troublante ressemblance de visage et de poids avec un ex-président français surnommé d’un sobriquet rappelant sans équivoque un flan mou, me regarde malgré la transpiration à travers ses lunettes crasseuses avec le même regard heureux que celui d’un veau mort. Je ne me décourage pas.

Vous parlez français ?

(no.)

Do you speak english ?

(no…) 

вы говорите по-русски?

(no ?…)

Sprechen Sie Deutsch ?

(no !…)

Gloups. Bon bin alors tant pis, sortons la carte d’Amérique du Sud, on passe en mode Pictionnary mon coco ! Et vous savez quoi ? Coco il parle très bien le Pictionnary. En à peine deux minutes, me voici avec 7 billets pour le bus Salto-Concordia. Youpi, on va repartir dans 20 minutes, juste le temps de manger un truc, et finito l’Uruguay ! Et en plus, j’ai pu négocier un peu le prix, hop merci c’est chouette d’être 7 !

 

La frontière Uruguay – Argentine

Le frontière est marquée par un gros fleuve boueux et on traverse en roulant sur un barrage. Les câbles électriques partent des deux côtés, chaque pays en profite, malin !

frontière Uruguay-Argentine (oui bien sûr il est interdit de faire des photos, et alors ?)
frontière Uruguay-Argentine (oui bien sûr il est interdit de faire des photos, et alors ?)

Pour la sortie de l’Uruguay, il n’y a pas de tampon sur le passeport. Pour l’entrée en Argentine, on a un nouveau joli tampon. Marrant, ça me fait deux entrées en Argentine en moins d’une semaine !

On nous fait sortir nos sacs du bus, les passer au scanner rayons X, et les remettre dans la soute. Comme on s’en doutait, personne n’a vérifié le contenu de la valise qu’on avait délibérément laissée en cabine dans le bus. Bref, encore une fois, ce genre de sécurité est bidon. On remonte dans le bus, et nous voici arrivés à Concordia sous un soleil de plomb. Alors, comme on a une faim de loup et 4 heures devant nous, on file à la gargote d’en face et on va boire un petit coup pendant que les filles se font leur dose quotidienne d’écran-wifi.

les filles, les écrans, le Wi-Fi et une prise !
les filles, les écrans, le Wi-Fi et une prise !

Oui, vous avez bien lu, il y a du wifi gratuit partout, il y en avait dans le bus, et il y en a aussi à la gare routière. Comme d’habitude, il suffit d’aller demander gentiment le code à la personne qui vend des trucs qui kiosque et elle le donne sans rechigner. Et du coup, on lui achète aussi des empanadas : c’est des chaussons en demi-lune mais à pâte non feuilletée, souvent fourrés à la viande ou aux légumes, qui se mangent chauds ou froids comme on veut. Le prix d’un de ces petits grignotons : souvent 10 à 15 Pesos (moins d’un euro), avec souvent le sixième offert quand on en prend cinq.

Concordia, l'imprimante...
Concordia, l’imprimante…

Ah, voici qu’arrive l’heure de notre bus. Chrystel s’inquiète et me demande d’imprimer les billets que j’avais en version électronique. Je vais donc au petit boui-boui en face qui vend tout, où on peut imprimer pour 4 Pesos par page (0,16€) en couleurs sur une imprimante jet d’encre antédiluvienne, laquelle est planquée entre une pile de cahiers scolaires pour la rentrée et des maracas en plastique ou de la peinture pour textile, ça rappelle les marchés de Sibérie. Vingt minutes plus tard, oui vingt minutes que ça m’a pris pour imprimer 7 pages, me revoilà. Le bus est à 20h, il est 20h, mais bien sûr pas de bus. Mais la gentille dame de l’information, qui ne parle pas un mot d’espagnol non plus, est très forte en Mime-Moi-Quand-Mon-Bus-Arrivera, il faut donc patienter une petite heure, rien de grave ! Après tout quand on a vécu l’attente à la frontière Mongolie-Chine, on n’est pas à une heure d’attente dans une salle climatisée !

Grand Luxe à bon prix, pourquoi il faut voyager en Cama !

Le Cama, c’est la classe-catégorie du bus qu’on a choisi pour ce trajet de nuit. Littéralement ça veut dire que votre siège est large (il n’y en a que 3 par rangée) et qu’il peut s’incliner presque à plat.

bus de Concordia à Iguazu classe Cama
bus de Concordia à Iguazu classe Cama

Et comme au niveau du siège devant vous, il y a beaucoup d’espace et un support à pieds, en fait vous avez un lit légèrement incliné. Le rêve !

On part donc vers 21h, et très vite on se prépare à s’endormir, quand tout à coup l’assistant arrive et nous sert de dîner ! Ah, le dîner était inclus ? Je ne savais pas. On nous fournit ensuite les boissons (eau, sodas, ou même vin sont inclus) et après avoir tout rangé on récupère couvertures et oreillers pour bien dormir. La grande classe !

vue le matin en arrivant à Iguazu
vue le matin en arrivant à Iguazu

Le repas terminé, on s’endort comme des bébés,  bercés par le doux mouvement du véhicule. Contrairement aux vols qu’on a pris récemment (et encore c’était dans des « vraies » compagnies, pas en low cost), on dort vraiment bien, on ne regrette pas un instant d’avoir choisi des places de bonne qualité. Tarif pour la nuit, incluant les 12h30 de route (860 km) et les deux repas (ah oui, le petit déjeuner aussi est inclus j’ai oublié de le dire), par personne : 64€. Moins cher qu’un simple hôtel en fait. Pouf pouf. Bien sûr, écrans, films, etc. Mais je n’en parle même pas.

Au réveil, le décor a changé et la météo aussi. Un ciel gris accompagne une terre rouge et humide, sur laquelle se déploie un tapis végétal d’un vert intense. Bienvenue en zone tropicale humide, la jungle n’est pas loin !

Iguazu, nous voici !

Mais que se passera-t-il ? Quelle aventure vont vivre nos héros ? Vous le saurez dans le prochain épisode…

en approche d'Iguazu : jungle et eau partout
en approche d’Iguazu : jungle et eau partout

 

4 réactions au sujet de « Un road-trip en bus qui finit à l’eau »

  1. Ah oui, la Ca redevient de l’aventure !!
    Heu la fontaine de l’amour avec des louches et spatules en bois ?🙄
    Sinon hâte de voir les photos de votre nouvelle destination !! Terres rouges , jungle et cascades (Ca c’est pour les filles !😁), encore un beau dépaysement !
    Bisous

    1. Les louches et spatules sont en métal doré, mais oui en effet tu as bien vu, ici il y a ça aussi (je suppose que c’est des ajouts d’un artiste, je n’ai pas l’explication officielle)

  2. Hihihi!! Ca me rappelle quelques souvenirs ! j’avais fait iguazu buenos aires : 17 h de bus (respectés)

    Et dans la série « attention au bus », en Bolivie, j’ai pris un bus pour un trajet de 14h pour aller dans la jungle depuis La Paz. Il n’est pas rare en saison des pluies que ce bus prenne 40 à 48 h plutôt que 14h pour ce trajet.

    A ta place, j’aurais tenté d’abord l’allemand avant le russe. Il y a eu un peu d’immigration fin des années 40… :-p

    Comme tu as pu le constater, tu peux négocier et c’est souvent moins cher au comptoir (mais cela veut dire souvent le prendre à la dernière minute) que sur le net.

    Tu utilises quel site pour prendre tes billets de bus?

    Sinon les filles ont apprécié le cama?

    buena suerte!

    PS : et pour les lecteurs :
    semi cama : siège pas trop large (4 par rangée) et qui se penche à 140°
    cama : siège large (3 par rangée) et qui se penche à 160°
    standing ou autre nom (style luxe, real cama, etc…) : siège large se transformant en lit 1 place avec souvent « desayuno, almuerzo y cena con un poco de vino o agua » exactement comme dans les avions. 🙂

    A noter que selon les compagnies et les pays, pour un même standing (cama ou semi-cama principalement), le niveau de service peut être très variable ; par exemple, dans certaines compagnies, vous aurez l’écran individuel avec choix des films, pour d’autres, 3 à 4 écrans dans le couloir central pour tout le bus. Et c’est rigolo d’avoir de temps en temps des films français doublés en espagnol!

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