Le coup de la panne !

Le coup de la panne !

Nous quittons le mini-gobi, ses dunes de sable et ses chameaux, ses hôtes si accueillants avec leurs enfants attachants… Qu’on appellera maintenant des kido. Plagiat direct et volontaire du jargon approximatif de nos ados, pour qui tout enfant plus jeune qu’elles est forcément un kido. Et comme elles en usent et en abusent, et bien nous ferons pareil pour leur rendre le plaisir de l’overdose verbale. La route est toujours aussi rectiligne, et toujours aussi peu chargée de véhicules puisque nous sommes seuls à l’horizon, lequel est fort loin comme vous le comprenez.

longue route, personne, mais on est en panne
longue route, personne, mais on est en panne

Notre UAZ roule à pleine vitesse, à fond de 4e longue, ce qui nous amène à un bon 70 km/h sur le plat, et descend à 40 dans les montées, fussent-elles légères ou pas.

waouh ça fonce
waouh ça fonce… l’engin a dépassé le million !

Puis on continue à réduire à 30 avec quelques hoquets. Puis on s’arrête. Iggy relance le moteur… sans succès, le vénérable démarreur ne parvient pas à intimer à l’engin la moindre mise en route. Le silence tombe. Il faut dire qu’à part un petit panneau qui indique le kilomètre 301 depuis Ulan Bator, et quelques touffes ébourrifées de végétation agonisant dans l’attente toujours plus longue d’une goutte d’eau qui ne vient bien entendu jamais, il n’y a rien.

Au loin : rien ni personne. De près non plus.
Au loin : rien ni personne. De près non plus.

Nous sommes à plus de 50 km du dernier point habité, lequel rendrait fier d’urbanisation et de densité de population le moindre hameau paumé du fond de la campagne française. Mais ne vous inquiétez pas, puisque notre magicien mécanique a déjà sorti son outillage. Il soulève le capot moteur, qui se trouve à l’intérieur même de la cabine, entre les deux sièges avant : pratique pour réparer sous la pluie ! Après quelques tours de clé anglaise, on referme le capot et hop ça repart comme sur des roulettes… à moteur, bien sûr. Le ronron berce à nouveau le paysage qui défile. Une nouvelle ligne droite. Voici le kilomètre 319. Et voici la seconde panne. C’est sérieux, donc.

Sur la droite, sur un promontoire rocheux, quelques stupas (nous sommes en territoire bouddhiste). Le temps passe, Iggy bidule diverses choses et machins. Ah, vous avez remarqué que la mécanique auto n’est pas mon point fort ? Mais je fais confiance à notre chauffeur, à juste titre. Pendant ce temps, je prends donc une petite vidéo, le vent se lève. Vous aimeriez, vous, être bloqué en plein nulle part, voiture en panne ? Oh bien sûr, il y a du réseau, on peut donc appeler du secours si besoin. Mais avouez que c’est pas marrant, on vient de commencer notre voyage, et en fait voilà le moteur qui redémarre. Iggy, le sourire au lèvres, a vaincu la machine !

les ponts en Mongolie sont parfois étonnants... quand encore il y a des ponts !
les ponts en Mongolie sont parfois étonnants… quand encore il y a des ponts !

On repart. Un petit péage (1000₮, soit ~0,40€), et la route continue direction la vallée et la chute d’Olkhon, et avant cela un petit arrêt aux douches municipales dont je vais laisser Chloé vous parler mais dont il est probable qu’elles causeraient un arrêt cardiaque par panique hystérique à tout expert en sécurité électrique, lequel ne pourrait même pas concevoir dans ses pires cauchemars qu’on puisse réunir en un si petit endroit un tel concentré d’exemples qu’on refuserait en formation sécurité au motif qu’ils seraient non crédibles, vu qu’on y trouve par exemple des fils à nu sous tension à quelques centimètres à peine de l’eau, dans une ambiance tellement sous-ventilée que la condensation goutte dégouline ruisselle sur les câbles. Ne chipotons pas, il y a bien pire, sans chercher loin. Tarif pour la douche : 1500₮ (~0,60€) pour les enfants, 3000₮ (~1,20€) pour les adultes.

Après cet épisode décrassage réellement agréable, car on n’a pas l’habitude encore de rester plusieurs jours sans se laver dans une ambiance poussiéreuse, on se dirige vers le meilleur et surtout le plus grand resto de la ville. Enfin le seul en fait, puisque l’autre a fermé.

la spécialité locale
la spécialité locale

Il y a donc deux tables dans ce resto. On y mangera des beignets fourrés à la viande, version mongole modifiée du pirojki. Le resto se trouve dans l’arrière salle d’une mini-supérette, donc c’est facile de se fournir en boissons. Malin ! Bon par contre, pour les toilettes vous repasserez, il n’y en a pas. On ira faire son pipi derrière un mur, un peu plus loin dans la rue.
Le repas est bon et très copieux, on peut maintenant reprendre la route. Enfin la piste, puisque la route s’arrête là. Maintenant, fini l’enrobé bien lisse et bien plat.

Waouh
Waouh

En route pour deux heures de piste en mode 4×4 trophy, au milieu de collines et d’une longue vallée hérissée de roches volcaniques : c’est facile de les reconnaître, elles sont noires et plutôt de formes rectangulaires, et ça tranche avec le reste du paysage. Bida nous explique que ça vient d’une coulée volcanique d’il y a bien longtemps. On croise alors une voiture en panne à proximité d’un gué.

On s’arrête pour aider (enfin Iggy, vu qu’il est le seul à bord à avoir des compétences sur le sujet), mais visiblement le monsieur a fait un gros poc sous sa voiture dans un rocher, et ce n’est pas réparable, le moteur dégouline. On repart. On passe le gué, puis un autre, puis on traverse littéralement des champs de rochers, Iggy fait la preuve de son talent en évitant chaque rocher potentiellement dangereux pour notre véhicule. A bord, ça gigote, ça remue, ça cahote, mais chacun se tient à ce qu’il peut : Chrystel à une sangle, moi à une poignée, les filles à leurs DS.

Et puis, tout à coup, on arrive vers un grappillon de yourtes (car 3, c’est pas assez pour une grappe n’est ce pas ?). Moteur à l’arrêt. Bida descend et cause. Elle revient avec le sourire : on va dormir ici, la famille nous accueille, au débotté. Hop.
Et du coup, on nous invite à nouveau pour l’accueil des nomades. Ah c’est vrai que je ne vous ai pas raconté !
Quand on arrive dans une famille nomade en Mongolie, il y a un certain rituel d’accueil.

Sacré décor
Sacré décor

Vous entrez dans la yourte en baissant la tête par respect (et de toute façon si vous ne la baissez pas vous allez vous éclater le front sur la porte qui est basse), puis on s’installe au sol ou sur de petits tabourets, à défaut sur des lits, à gauche puis petit à petit vers le fond. La droite, c’est pas pour nous. Ensuite, les hôtes (souvent la dame) nous servent du thé au lait dans un bol, à prendre par la main droite impérativement. Ledit thé est donc du lait chauffé, souvent du lait de yak puisque c’est la bête qu’ils élèvent ici pour le lait, et dans ce lait on fait infuser le thé directement, puis un coup de passoire et hop on vous le sert. Souvent est ajouté une pincée de sel. Et rangez moi vos mines dégoûtées, c’est tout simplement délicieux. Très doux, et ça fait du bien quand on a le gosier sec de poussière de piste. Ensuite passe un plat (une grosse assiette creuse) avec ce que j’appellerai du beurre de crème, puisque c’est un peu un intermédiaire entre les deux. On en prend un petit bout avec la main, et on goûte. Respect, tout ça.

Troupeau des nomades
Troupeau des nomades

Et ayant été élevé dans la religion du « bon beurre de ferme », ça vous met une bonne petite claque.

les yourtes où nous nous installons
les yourtes où nous nous installons

Les lamentables horreurs insipides des supermarchés français qu’on ose malgré tout estampiller du mot « beurre » font déjà honte en temps normal, alors là vous redécouvrez la vraie notion de ce qu’est une saveur doublée d’une flaveur au sens généreux du terme. Ensuite on peut goûter aux abats si on veut, mais là ça n’est pas obligatoire. Puis chacun peut vaquer à ses occupations, vous êtes maintenant chez vous, et vous ferez comme si tout était aussi simple que si vous aviez toujours été là. Les nomades sont particulièrement ouverts d’esprit, et pour peu d’être un brin respectueux et curieux, vous découvrez la vie en l’observant. Bien sûr, reste la montagne de la barrière de la langue, mais un sourire ou même un regard suffisent souvent. Vous pouvez aller dans « votre yourte » où vous avez lits et poêle, mais vous pouvez aller dans la yourte familiale et vous installer à côté d’eux. Vous êtes libre et accepté. Notez ce dernier mot, il prend tout son sens. Vous avez remarqué que personne n’a demandé combien de temps on reste, où on va, ce qu’on fait… Vous êtes là ? Eh bien voilà, vous êtes là. Dont acte, et bienvenue. Et ne vous étonnez pas du mouton égorgé pendu dans la yourte, il faut bien manger, le premier supermarché est à 2h d’ici en 4×4, et on n’a pas de 4×4.

Et puis le troupeau est là, il est prévu pour nourrir la famille et les visiteurs éventuels.
Alors, question choc culturel, je crois que cet accueil ouvert et inconditionnel est un excellent jalon également.
Bon je vous laisse, je vais mettre le sac de couchage en place et vérifier que Chloé a bien appris sa carte du ciel. Car ici, la pollution lumineuse, c’est aussi théorique que la propreté des rues à Paris. Et donc, comme la lune est absente, on va se régaler : pour vous dire, la petite ourse semble totalement brillante, et Véga éclaire comme jamais !

Coucher de soleil en Mongolie
Coucher de soleil en Mongolie

 

2 réactions au sujet de « Le coup de la panne ! »

  1. Bon, j’avoue que certaines visualisations m’ont un peu fait peur.
    Les rencontres et les échanges … de regard, de recettes, de sourires, … sont à mon avis l’essence même du voyage …
    Merveilleux partages
    Merci

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