Petit guide de survie maritime facile

Petit guide de survie maritime facile

9Pour pouvoir prétendre à une survie en mer, encore faut-il déjà s’y rendre. C’est ce que nous avons donc décidé de faire : prendre la mer. Oubliez les voiliers, aucun de nous cinq ne sait manipuler ce genre d’esquif, on est des continentaux, on préfère un bon vieux diesel de 15 ou 20 000 chevaux. En bon acier riveté soudé, comme ce cher Titanic.

Titanic ? Des lopettes !

Replaçons les choses dans leur contexte. On ne va pas vous refaire le coup de l’iceberg, c’est vu et revu, ça n’amuse plus personne (et donc pas la croisière, voilà hop j’ai pu le replacer, oui je sais Chrystel l’a déjà utilisé dans la newsletter que voulez-vous j’ai un humour limité il faudra faire avec) donc on va se la jouer Typhon.

attente au terminal portuaire de Shanghai
attente au terminal portuaire de Shanghai

Non, Typhon n’est pas le nom d’un nouveau jeu (encore que ça pourrait) mais c’est tout simplement que le typhon qui vient de s’abattre sur la Japon, et bien on en a croisé les effluves en pleine mer.

Rien que ça. Au Nord, les vents de Sibérie, toujours bien chauds à cette époque de l’année vous vous en doutez, viennent chatouiller délicatement la légère brise qu’émet un typhon de classe 4 venant des Philippines et se promenant nonchalamment en direction du Japon. Non loin de sa route, passe un navire au fier nom de Su Zou Hao. Je vous évite la recherche google, c’est un transporteur de containers et marchandises, qui prend à son bord une cinquantaine de passagers et peut ainsi s’étiqueter « ferry ». Toute ressemblance avec un bateau de croisière Costa s’arrête là (encore que, il n’y a pas si longtemps, du côté de l’Italie, mais n’allons pas trop vite).

 

Petite photo sur le quai avant de monter à bord.
Petite photo sur le quai avant de monter à bord.

Nous allons donc au terminal du port, et voici la belle salle d’attente luxueuse. Vous voyez à quel point on sent qu’on va être dans un bateau ultra chic. Il faut dire aussi qu’on aime bien les transports top-sélect en classe business 🙂

Le formulaire

Ah, j’en vois au fond qui doutent au sujet du typhon. Voici donc la carte météo officielle (les plus attentifs aux détails constateront qu’on a moins de retard sur les posts qu’avant) 

Typhon
Typhon (cyclone tropical)

Mais pour l’instant ici c’est encore Shanghai, donc la Chine. Alors, histoire de ne pas perdre le rythme, on commence par un petit contrôle rayons-X, puis un body scanner, et un petit coup de détecteur de métaux suivi d’une fouille-palpation. Et bien sûr, contrôle de passeport, vite fait. Et maintenant mes amis, remplissez le formulaire de sortie de Chine. Quiconque l’a déjà rempli a déjà bien rigolé à la traduction anglaise qui, hélas, est la seule qui nous est compréhensible. Première ligne : « les extra-terrestres ne doivent pas rester plus de 48h sans s’enregistrer auprès de… » (sic). La suite n’est pas mieux. Donc, c’est le drame !

 

Papa, je mets quoi dans la case ? Euh... mets ton prénom peut être.
Papa, je mets quoi dans la case ? Euh… mets ton prénom peut être.

 

C’est ça aussi l’aventure : remplir un formulaire officiel important, sans savoir à quelles questions on répond. Parce qu’au bout de trois ou quatre cases successives où il est indiqué en face « name », on se dit qu’il y a un gars qui a fait un copier coller un peu trop vite. Remarquez la photo (faite d’ailleurs dans un endroit où c’est interdit de faire des photos, mais on n’en est plus à ça près). Ensuite, se rendre au guichet, faire la queue, se faire doubler, puis enfin donner son passeport et le formulaire au douanier préposé.

Il tamponne et rend le passeport : c’est gagné, on a le droit de partir de Chine !

On monte donc à bord du cargo. Nous avons réservé des cabines en classe 2A (ça existe, il y a aussi 2B, 2C… jusqu’à la 4e classe où on dort sur le sol en vrac dans un dortoir). Grand luxe donc, nous avons droit à une cabine avec fenêtre… qui donne sur une plaque de métal, il fallait prendre 1e classe pour être en face d’un trou qui donne sur la mer. Les filles sont dans une cabine de 4 couchettes, et bibi dans une autre avec trois autres gars, dont un super papy japonais à l’anglais parfait. Quand je vous dis que c’est dans les moments les plus improbables qu’on fait les meilleures rencontres : (mention spécial-souvenir à Seb pour la rencontre de l’ex-militaire dans les sanitaires d’un camping à Bryce Canyon) toujours est-il qu’il était un des rares à avoir survécu à cette traversée.

Spoil

Oups, j’ai spoilé. Eh oui, autant vous le dire tout de suite, la traversée a été houleuse, et plus encore que ça. Mais n’allons pas trop vite. Car la sortie du port de Shanghai est facile, un léger clapot tout au plus. Les vagues et les creux de 8-10 mètres nous attendent deux heures après. 

En attendant, il pleut déjà un peu, on en profite pour faire travailler les enfants dans le salon qui donne devant. Les filles profitent aussi du bain chaud du pont supérieur (en tant qu’occidentaux, on nous accorde facilement certaines largesses réservées aux 1e classes et aux VIP normalement).

Et toi ton brevet tu l'as révisé où ? Sur un bateau entre la Chine et le Japon, dans une tempête cyclonique de niveau 4, pourquoi ?
Et toi ton brevet tu l’as révisé où ? Sur un bateau entre la Chine et le Japon, dans une tempête cyclonique de niveau 4, pourquoi ? Là sur la photo c’est test d’électricité (puissance et loi d’Ohm)

Sauf que les vagues continent de grossir. Petit à petit, les passagers désertent le restaurant et le pont, pour aller dans leurs couchettes un petit sac bleu à la main. J’avoue que quand j’ai vu arriver la distribution de vomi-bags, j’ai senti le coup venir.

le resto ? désert.
le resto ? désert.

Chacun sa technique : les cachets (je n’ai pas essayé je ne sais pas si ça marche mais je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas), ou avoir le ventre bien rempli et toujours avoir un visuel sur l’extérieur (ça c’est ma technique, et ça a marché) bref tout le monde cherche un moyen magique de ne pas avoir le damné mal de mer.

le bain chaud c'est plein de vapeur... mais personne n'y va, ils sont tous dans leurs cabines
le bain chaud c’est plein de vapeur… mais personne n’y va, ils sont tous dans leurs cabines

Ah ah, ricanez si vous voulez, n’empêche qu’il n’y avait plus foule sur le bateau au bout de quelques heures. J’ai croisé le capitaine et deux staffs du bateau, et le papy. Tous les autres, au tapis.

Dès que j’aurai à nouveau un peu d’espace sur vimeo, je mettrai la vidéo où on voit la proue qui monte et qui retombe dans l’océan. Spectacle à sensation digne des attractions type « bateau pirate », en un peu plus efficace, et surtout qui ne s’arrête pas au bout de deux minutes !

Nous ? ça va merci !
Nous ? ça va merci !

La traversée dure 48 heures. Pour une partie d’entre-nous, ce sont de lonnnngues heures. En réalité, Chrystel a été un peu nauséeuse mais n’a pas été vraiment malade, mais les filles étaient plus mal qu’elle. Sacrée expérience, pas très amusante hélas.

Heureusement, dès qu’on arrive dans l’archipel nippon, la mer est protégée de l’influence des vagues énormes venues du typhon, et comme par enchantement tout va mieux.

choix du personnage
choix du personnage

Les filles et la wii du bateau reprennent vie, et comme ce sont les seules enfants à bord, elles se régalent d’un mario kart… en bon vieux Japonais qu’on ne sait pas lire !  En fond sonore, les cris des chinois recommencent (tiens, eux aussi avaient disparu pendant les grands creux) dans le restaurant du navire.

 

La caméra thermique !

Ouf, tout va bien, nous approchons du port. La première photo que vous verrez de notre périple au Japon ? Non, on ne va pas vous montrer le port ou le métro ou un autre truc du genre, ça je le garde pour demain. Attendez, je vous raconte ! Vu que ça va mieux, j’en profite pour demander au capitaine de pouvoir faire une petite photo.

le capitaine accepte de prendre la photo avec nous
le capitaine accepte de prendre la photo avec nous

Ici, ce n’est pas vraiment l’habitude, mais il accepte facilement… parce qu’on est des occidentaux ! C’est pratique ce pass-miracle qui ouvre toutes les portes dites moi ! J’ai même réussi à obtenir un coup de tampon du bateau sur notre carte du monde.

notre carte du monde
notre carte du monde, petit à petit le trait rouge avance ! Deux jours complets pour ce petit bout de mer, c’est là qu’on se rend compte de la taille du monde !

 

Puis arrive le moment de stress qu’on n’attendait pas : la quarantaine sanitaire. Glups.

à la queue-leu-leu
à la queue-leu-leu

Quand on est montés à bord, on nous a donné une petite carte avec notre numéro de couchette ; habitués à ce genre d’échanges ticket – contre – carte dans les trains chinois, on y a prêté à peine attention. Relecture faite dans la file d’attente qui s’organise maintenant sur le pont principal, on se rend compte qu’il y a un contrôle médical à l’entrée au Japon. Donc, comme ça, on nous aligne gentiment, et on passe l’un après l’autre, carte à la main, face à une caméra thermique tenue comme un pistolet prêt à vous flinguer par une officier (on dit une officière ?) des services d’immigration au regard torve. Comme on ne parle ni chinois ni japonais on ne sait pas si on nous abat sur place ou si on prend la peine de nous étouffer avant l’exécution de la peine en cas de fièvre. En tout cas, ici ça ne rigole pas !

Mais comme vous pouvez vous en douter on nous considère comme sains.

Premières images du Japon !

Nous sommes donc arrivés à Osaka, au Japon. On prend le métro, et on se rend dans une guesthouse que Chrystel a réservé pour nous. A peine débarqués du bateau, on constate un changement radical par rapport à la Chine : un sentiment d’ultra propreté. C’est impossible à décrire tellement c’est frappant ! Peut être tout autant que ce qui se passe à notre entrée dans la guesthouse : un oiseau vient se poser sur la tête d’Eve !

Première photo du Japon
Première photo du Japon : Eve et l’oiseau

Accueil très respectueux, service impeccable, tatamis au sol et propreté irréprochable, pas de doute, nous sommes au Japon.

Conclusion

La vraie question qu’on se pose quand on monte dans un bateau et que le mal de mer frappe à tout va, c’est : mais pourquoi dans des films comme Titanic, il n’y a pas 80% des acteurs en train de vomir en plein écran ?

 

4 réactions au sujet de « Petit guide de survie maritime facile »

  1. Ha le fameux mal de mer. On m’avait aussi conseillé la technique du repas complet pendant mon voyage vers les iles shetlands mais en ce qui me concerne ça n’avait pas marché. 5 minutes après, j’avais tout vomi ! J’avais pas essayé de regarder vers l’extérieur en même temps.

    1. Certains disent que ça vient de la dissonance entre l’oreille interne et la vue… En tout cas, ce qui est sûr ce qu’on n’est pas armés de façon égale face à ça !

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