Cascade à Sabang

Jour 5 : Sabang & Castafiore Inc. Ltd.

Ah, mes chers lecteurs ! Vous pensiez avoir réussi à trouver un moment normal dans ce voyage. Un matin serein où le voyageur se réveille au sursaut de l’aube, frais et dispos, souriant et prêt à profiter de l’air marin, de la plage de sable fin et de ce petit on-ne-sait-quoi de bonheur indescriptible que fournit tout moment où l’on choisit de se lever, volontairement et sans aucune autre contrainte. Il est vrai que ce matin du jour 5, à Sabang, aurait pu être de ce genre.

Plus encore, rien n’avait été planifié ou prévu avec détail. Oh bien sûr il est prévu qu’on aille voir cette fameuse Mangrove, mais sans plus de précision. L’agression moustiquienne de la veille aurait pourtant dû nous avertir que ce ne serait pas si simple, la Jungle mérite sa majuscule de noblesse, mais n’allons pas trop vite ! Ce matin était donc propice à un lever « à discrétion ».

Vue depuis notre logement à Sabang
Vue depuis notre logement à Sabang

Mais hélas, c’était sans compter sur les touristes (on reviendra plus tard sur le pourquoi, comme tous les touristes, tel Desproges qui expliquait que l’ennemi est con, il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui, vous voyez l’idée ? mais avouez que vous aussi vous avez pensé pareil au moins une fois pendant vos vacances) et les animaux. Les touristes donc, qui passent sur le chemin à quelques mètres de notre cottage et s’esbaudient s’égosillent hurlent, de bon matin, genre cor de chasse à pleine puissance :

Oh my God, it’s amazing! Beautiful! Look!!

(en anglais dans le texte)

La mégère en question qui tentait d’attirer l’attention du groupe de cloportes qui l’accompagnait montrait du doigt (oui, j’ai vu la fin de la scène par la fenêtre) un boeuf attelé qui prenait son temps sur le chemin.

Boeuf attelé, waouh
Boeuf attelé, waouh

Rien de plus, rien de moins. Autant, j’admets qu’il est assez insolite d’imaginer la même scène sur le périph, autant là en pleine nature, au fin fond des Philippines, dans une zone où les habitants vivent de l’élevage (celui des animaux ou celui des touristes), oui c’est pas inintéressant mais pas au point d’y laisser sa voix. La Castafiore n’aurait pas démérité, mais là le ton de crécelle fielleuse dépassait l’entendement. Heureusement pour mon co-voyageur Arnaud, il s’était muni de bouchons d’oreille, craignant mes ronflements. La loi de Murphy prétend d’ailleurs, à ce sujet, que « ce sont toujours les ronfleurs qui s’endorment en premier ». J’en déduis que soit Arnaud ne ronfle pas, soit je m’endors avant lui.

Bon, bin maintenant qu’on est réveillés (Arnaud a réagi au mouvement que j’ai fait pour observer la greluche, pas au son qu’elle a émis), on se débarbouille vite fait et Arnaud prend la direction de la plage. Pendant ce temps, je file chez la taulière. Il est 9h30.

Le chien maudit

J’aborde la maison de notre hôtesse sereinement, quand tout à coup j’entends l’hymne caractéristique des membres de la race canine : un jappement. Si vous m’avez suivi dans mes précédents épisodes, vous savez que ce n’est pas le requin ou le coyotte que je crains, mais le clebs. J’aime pas les clebs. Sans raison, mais bon c’est comme ça, chacun son truc. Pas une terreur à hurler hein, de toute façon la connasse de ce matin l’a déjà fait pour moi, mais juste une vieille anxiété à la découverte de cette bestiole pourtant fort sympathique en apparence, qui s’approche, la queue remuante et le regard joyeux. Je m’arrête à l’entrée et j’attends qu’un habitant de la maison réagisse au « hello » que je viens de lancer.

chez la taulière
chez la taulière

Un homme sort par la droite de la maison, et la taulière par la gauche. Vous avez remarqué que j’utilise le mot « taulière », c’est à dessein : on l’a utilisé tout le long du voyage, pour chacun des hôtes et hôtesses qui nous hébergeait, sans distinctions d’âge, de catégorie sociale ou de couleur des ongles. La demoiselle de cette fois est assez jeune, et elle s’approche. Je lui explique mon objectif du jour : j’ai une de mes sandales qui a craqué, je cherche donc un shoe repair. Elle m’explique alors qu’elle va le faire, mais si mais si, bon d’accord si vous voulez merci c’est gentil.

Plage à Sabang
Plage à Sabang

Et je rejoins Arnaud à la plage. Pour aller à la plage, il suffit de traverser la mangrove. A cette heure, grâce à la marée, elle est assez basse. La mangrove, pour ceux qui découvrent le concept, c’est un bras de rivière qui arrive dans la mer, mais c’est tellement plat que les eaux se mélangent un peu, que le courant est quasi-nul et qu’on ne sait pas vraiment où est la limite rivière-mer. Si on rentre un peu dans les terres, la végétation luxuriante de la Jungle va jusqu’à avancer littéralement sur l’eau, on n’arrive donc pas clairement à distinguer les berges non plus. Dans la Mangrove, on peut trouver toutes sortes d’animaux, oiseaux, bestioles rampantes ou nageantes, volantes… Mais rien de dangereux à l’horizon, je traverse.

Au niveau du passage, il y a quelques bateaux en réparation, l’eau monte grosso-modo jusqu’au au niveau des genoux. Ensuite, on rejoint une superbe plage qui doit faire dans les 500m de long, sable fin et décor de carte postale. Arnaud est déjà en train de nager dans la mer. Je prends un petit moment pour faire quelques mouvements (j’ai découvert il y a peu le Qi-Gong et c’est bien sympa de pratiquer dans ce genre d’endroits). Il n’y a que nous. C’est chouette les vacances !

On s’en paye une bonne tranche. C’est vraiment chouette !

On est bien à Sabang !
On est bien à Sabang !

On retourne au Cottage, on se change, et on se dirige vers la Mangrove, à peine plus loin sur le chemin, là où la taulière nous a indiqué un bâtiment pour touristes. Je suppose que c’est de là que partent des petits bateaux pour faire un tour sur la susnommée Mangrove, ça tombe bien c’est notre projet du matin. Let’s go !

Mangrove tour… with real moskitos inside -live!

A quelques dizaines de mètres à peine de notre cottage, la « route » (en terre battue, là où ce matin une maniaque hystérique s’égosillait devant un bœuf) se termine et on trouve là un bâtiment et une sorte d’abri en bois. Et une petite grappe de philippins, qui nous demandent si on est venus pour faire un tour sur la mangrove.

La mangrove, brune et humide
La mangrove, brune et humide

On serait bien allés cueillir des fraises, mais puisqu’on est là, on paye nos 300₱, on signe le registre, et on embarque à bord d’une bangka à rame. Comme ça au moins, pas de risque de panne moteur. Le jeune philippin qui nous guide nous explique d’ailleurs dès le départ qu’il faudra être silencieux, pour entendre la faune et pouvoir l’observer. Nous sommes donc partis à contre-courant (expression bien délicate tant il semble difficile de déterminer le sens du courant autrement que par déduction de la position de la mer).

La Mangrove est habitée d'insectes, de serpents et de quelques singes. Et de touristes.
La Mangrove est habitée d’insectes, de serpents et de quelques singes. Et de touristes.

La bangka file sur l’eau sans un bruit.

Comme le disait un certain chanteur (dont je vous laisse le soin de retrouver le nom), « even tall trees bend ».

Et bien là aussi : les arbres penchent, se courbent, du haut comme du bas. La limite entre la Mangrove et la Jungle est difficile à déterminer avec précision. La végétation empiète sur les deux, et la plupart des plantes, arbres, arbustes ont de grands troncs et de multiples racines, où là aussi il est difficile d’être sûr de soi quant à la détermination des limites : les photos ci-dessous

Petit tour dans la mangrove à bord d'une embarcation locale
Petit tour dans la mangrove à bord d’une embarcation locale

vous laisseront découvrir en images cette balade sur la Mangrove. J’ai peu de photos de faune, mais on a vu de nombreuses bestioles, des petites larves aux crabes en passant par les serpents perchés dans les arbres juste au-dessus de nous (nombreux, pas juste un seul), des sortes de gros lézards, un singe, etc. Cette balade est très agréable et vraiment immersive pour ce qui est de la « non-plage ».

Comme vous le constatez, l’eau est particulièrement boueuse et trouble. La végétation luxuriante se compose principalement d’arbres à feuilles assez hauts et de buissons,

deux touristes heureux se font dévorer par les moustiques
deux touristes heureux se font dévorer par les moustiques

le sol est en terre noire qui ressemble à de la glaise (quand on voit le sol !) et l’ambiance sonore est très variée : on passe du silence à une nuée de cris de toutes sortes d’animaux, parfaitement indifférenciables pour l’européen moyen. On m’aurait transporté là et dit que j’étais en Amazonie, j’y aurais cru. La Mangrove est large d’environ 20 à 30 mètres selon les endroits. D’après ce que j’ai cru comprendre, cette balade en barque est assez récente et a pour l’instant peu de succès face à la célébrissime Rivière Souterraine.

Serpent suspendu dans la mangrove
Serpent suspendu dans la mangrove

A titre personnel, j’ai aimé les deux, et je les recommande les deux.

Je recommande aussi chaudement l’usage intensif de répulsif anti-moustiques, préalablement à la visite de la mangrove. Je dis ça, c’est pour vous, hein… Pour ma part, je n’ai pas subi d’impact pendant la durée de cette visite gérée par la « Mangrove Paddle Boat Tour Guide Association Inc. » (mais si, c’est le vrai nom de ce truc !!)

Mais bon, c’est pas tout, car à Sabang il y a une autre « chose à voir » : une cascade.

La mangrove est large et sinueuse
La mangrove est large et sinueuse

Elle est indiquée sur les quelques documents touristiques que j’ai consulté, j’ai vu un petit panneau qui la mentionne (comme par hasard, juste au niveau de l’arrêt du bus, pas bête hein !) et bien sûr ce cher Lonely Planet en parle. Une fois encore, vous allez voir pourquoi j’ai vraiment des doutes sur la visite réelle sur place du gars qui a rédigé ça !

En route pour la Cascade !

Déjà ? Meunon, il y a mieux à faire avant ça : le fameux et célèbrissime Monkey Trail !

Trek sur le Monkey Trail

Après tout, on a largement le temps. Alors, on se dirige sur la plage après la mangrove (si vous avez bien lu, c’est donc celle où on s’est baignés ce matin). Le Monkey Trail commence au bout de cette plage. Un petit panneau l’indique, et on le voit facilement (un joli escalier de bois presque tout neuf qui part dans la jungle, c’est pas anodin). Le principe de ce Monkey Trail, c’est d’être un sentier entre Sabang et la Underground River, via la jungle et les collines. Il y a aussi un autre trail, mais je n’ai pas réussi à savoir où il commence et se sépare le second du premier, et d’ailleurs ça a peu d’intérêt car c’est le même programme dans les deux cas : balade aménagée en jungle, espoir de voir des singes.

The Monkey Trail, Sabang
The Monkey Trail, Sabang

D’ailleurs, on a vu des singes. Des vrais. Ouais, comme au zoo, mais en vrai. Si si ! Je le dis comme ça, mais j’ai vraiment trouvé ça chouette. Je n’en avais jamais vu des « vrais » avant ! Ils semblent habitués à voir ces bêtas de touristes restant bien sagement sur le trail. Ils n’ont pas peur. Le trail commence donc au bout de la plage, au niveau de quelques rochers noirs bien déchiquetés.

le monkey trail est clairement très facile
le monkey trail est clairement très facile

On monte rapidement sur la colline, en pleine forêt-jungle. Le sentier est parfaitement balisé, délimité, et pour ainsi dire pavé. On sent que c’est vraiment plus pour les touristes que pour un usage autochtone quelconque.

 

Mais tout à coup, on voit un mouvement furtif… Oui, ce sont bien des petits singes ! Ils font la taille d’un chat, sont gris et se promènent avec vivacité et une mangue à la main (ou presque). C’est un spectacle très chouette, qui vaut le détour !

Un singe sur le monkey trail
Un singe sur le monkey trail

Continuant le chemin (qui redescend aussitôt la colline passée), on arrive davant trois gardiens du parc qui nous expliquent qu’il faudra rebrousser chemin. Il faut dire qu’il est 15h15, et que donc il faut rentrer avant la nuit. Ah bin oui, la nuit c’est dans 2h45, faut qu’on s’y mette, hein, ça nous a bien pris 20 minutes pour arriver ici. On promet, on continue un bout de chemin, et après avoir re-monté puis commencé à re-descendre la colline suivante, on fait demi-tour pour ne pas se faire pourrir par les « autorités ». Moralité : faire le trail le matin est une meilleure idée.

 

Un autre singe, ils sont tout près
Un autre singe, ils sont tout près

Tiens, d’ailleurs je réalise qu’il y a un détail que je n’ai pas cité, tant il est devenu banal au cours de ce voyage : c’est la registrationnite aigüe. Je m’explique : où que vous alliez, où que vous passiez, pour quelque raison que ce soit, on vous fera remplir et signer un registre. Pour monter à bord d’un bateau : signez le registre s’il vous plait (avec nom, âge et nationalité… des fois que ça coule, qu’on sache dans quelle langue vous chercher en mer ?) Pour traverser un temple bouddhiste (en allant à la cascade, voir plus loin). Pour loger dans un cottage. Etc. Partout, c’est la registrationnite. Mais comme personne ne demande la moindre pièce d’identité, Tom Sawyer et Jacques Chirack ont visité plein d’endroits des Philippines 😉 mais je tiens à préciser qu’Arnaud a été sérieux et a toujours mis son vrai nom. Heureusement qu’il y en a un qui rattrape le niveau !

 

Les jus de fruits du Villa Verde

Pour aller à la cascade depuis la Mangrove, il faut retraverser la totalité du bled, en longeant la mer. On repasse donc devant les différents cottages majestueux et autres hôtels touristiques.

Fleurs kitsch et nappe à carreaux
Fleurs kitsch et nappe à carreaux

En passant devant le Villa Verde (qui fait d’ailleurs restaurant), on s’arrête pour boire un coup. Bin oui, il fait soif ! Le petit pot de fleurs en papier kitsch ajoute au plaisir de cet arrêt bucolique. Hein ? J’en fais trop ? OK.

Les plus attentifs constateront avec perspicacité qu’Arnaud fume encore et toujours des espèces de cigarettes locales abominables. Et, afin de garder une véritable discrétion sur ce qui s’est passé aux Philippines, je ne dirai pas à quel point c’était de la camelote, vu qu’il n’a pas du tout souffert des conséquences de ces produits.

Une petite clope
Une petite clope

Ou de la quantité. En fait on n’en sait rien, mais bon…

Après avoir bu un jus de mangue (ah non désolé on n’en a plus), un jus d’ananas (ah non désolé on n’en a plus), un coca (ah oui tiens il en reste, mais tiède alors), on achète une bouteille d’eau à la micro-boutique d’à côté (25P les 0.5L, là c’est cher par rapport à ce qu’on peut payer dans d’autres boutiques, vu qu’on en trouvera à 12P à peine plus loin, mais cette boutique là c’est juste à côté des trucs à touristes alors bon…) bref on prend donc le chemin qui longe la mer vers le Sud.

Mais la vue reste épatante
Mais la vue reste épatante

En route pour la cascade ! (bis)

la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan
la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan

Ledit chemin longe le cimetière, puis traverse un ou deux petits ensembles touristiques dont un temple bouddhiste (remplissez le registre s’il vous plaît), puis c’est une plage de gros galets qui commence. Pendant 25-30 minutes, il s’ensuit une marche assez désagréable sur ces gros cailloux arrondis ou instables.

Cascade près de Sabang, Palawan
Cascade près de Sabang, Palawan

A l’arrivée à la cascade, on est donc forcément déçus, car elle est clairement quelconque. Mon avis : ne vaut pas le détour. Mais à vous de juger, voyez donc les photos :

vue en contre-plongée de la la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan
vue en contre-plongée de la la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan

 

On s’en retourne ensuite assez rapidement à Sabang, la nuit va tomber d’ici une heure et il est donc temps de rentrer.

On est galvanisés. On a vu plein de choses, on a passé une super journée.

Coucher de soleil sur la baie depuis la vue en contre-plongée de la la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan
Coucher de soleil sur la baie depuis la vue en contre-plongée de la la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan

Et ce soir, nous allons manger chez la taulière. Prêts ?

Sabang

A la recherche du lodge perdu…

Car à peine je reprends ma respiration, un gars s’approche et explique que

it’s all fully booked, there is only one lodge available

Gasp, ce triste sire serait-il en train de se foutre royalement de notre gueule ? Bah, allons voir, de toute façons on ne connait pas encore les tarifs des lodges, et il nous faudrait bien un petit bungalow pour dormir ce soir (et demain soir, accessoirement, car on a prévu de rester là sur une base de 2 nuits).

On suit donc Danny, puisque c’est ainsi que notre placier s’appelle. Il nous amène à un lodge, mais visiblement il est complet. On continue donc de marcher, on passe devant un hôtel luxueux (il nous annonce la nuit à 4000₱, avant de se faire quasiment rire au nez). On continue. Nous arrivons enfin à un ensemble de petits bungalows surélevés, appelé « Mary’s Cottages ». Une palissade entoure le tout. Cet endroit est un peu à l’écart, bien après les autres offres touristiques. Nous espérons donc un prix raisonnable.

Et là, après nous avoir fait visiter un cottage, on nous annonce 1000₱. Déjà, c’est avec un grand lit double, donc pas question. On demande donc deux lits séparés. On nous montre alors un autre truc, à 1500₱. Bof bof… On demande donc à Danny de nous trouver moins cher. Il hésite, puis reprend le sentier. On traverse une zone en friche, puis on arrive dans un nouvel endroit avec des cottages. Le lieu semble abandonné, un « reste » de bâtiment en béton à moitié détruit et oublié est là au milieu des herbes folles. La propriétaire des lieux, qui n’a visiblement pas plus de 25 ans, arrive et nous présente un cottage. Étonnamment, celui-ci est bien entretenu, il y a deux lits et des moustiquaires. De 800₱ la nuit je négocie à 600₱, et on se met d’accord.

Home sweet home, sauf que...
Home sweet home, sauf que…

Impact fourbe

A ce moment là, Arnaud subit la première attaque directe d’un moustique. Vif et discret, cet dernier l’impacte avec violence en plein bras. Alors qu’il réagit hélas trop tard, la propriétaire nous regarde d’un air navré et explique qu’on est juste à côté de la mangrove… Il y avait bien un truc ! Bah c’est pas grave, on a apporté des produits anti-bzzzz on va les tester ! Sur les photos que vous voyez ci-contre, vous allez découvrir à quoi sert le bidon qu’on a trouvé dans les toilettes : à tirer la chasse ! Eh oui, ici, pas d’eau courante pour les WC, juste un filet pour la douche, mais alors vraiment un filet, hein. Pour l’électricité, vous passerez entre 18h et 23h (et encore, pas assez de jus pour recharger le téléphone ou l’appareil photo, ça éclaire déjà à peine malgré le joyeux ronflement d’un groupe électrogène poussif, mais n’allons pas trop vite, on y reviendra). La petite casserole en plastique, elle est là aussi ! Je comprends alors qu’elle sert à se doucher, tout simplement ! Eh oui !!

décor rural
décor rural : une charrette à boeuf à Sabang

Quelques illustrations : par ordre d’apparition à l’écran, votre humble serviteur en pleine action, l’extérieur de notre cottage, l’intérieur du cottage, la route chemin piste menant à notre cottage.

jungle en forme de terrain vague
jungle en forme de terrain vague
chasse d'eau
chasse d’eau
lits avec moustiquaires
lits avec moustiquaires

C’est alors que Danny entreprend de nous vendre les billets pour aller à Port Barton. Pas bête, il sait qu’il y a peu de places à bord du bateau, que c’est le seul moyen d’aller à Port Barton (ou alors un sacré détour par la route). Le tarif est de 1200₱ par personne, il faut régler tout de suite pour avoir la certitude d’avoir une place. Il sort son carnet à souches.

A ce moment là, je vois notre propriétaire qui me fait clairement signe que non, il ne faut pas acheter (elle est dans son dos, à une dizaine de mètres, il ne la voit pas). J’explique alors à Danny que c’est trop tôt, qu’on verra demain, qu’on sait qu’il est Danny et qu’on verra demain. Oui demain. Mais barre toi Danny !

En route pour la Rivière Souterraine

Il est maintenant parti, on s’est installés dans le cottage. En fait, à part le cottage, le reste des lieux est visiblement une grande friche en cours de réhabilitation, à la vitesse philippine. La proprio revient, je lui dis que je l’ai vue et que je n’ai pas pris les billets de Danny. Elle me dit que le vrai prix c’est 900₱ et qu’elle nous les réservera, et qu’on n’aura plus qu’à payer plus tard auprès de son cousin/frère/ami qui s’en occupe. Soit, on fait une belle économie, dont acte ! Je lui dis donc OK. L’avenir prouvera qu’on a rudement bien fait d’accepter cette proposition, le tarif de 1200₱ étant quasiment généralisé sur Sabang.

Un petit mot au sujet de Sabang. J’avais probablement (encore) trop fait confiance aux descriptions de l’honni planète, car en réalité Sabang n’existe pas en tant que ville ou village. Sabang, administrativement parlant, fait partie de Puerto Princesa. Physiquement parlant, c’est un ensemble de cottages, lodges et hôtels pour touristes. Il y a quelques maisons pour les locaux le long de la route qui part à Puerto, mais à peine sur 200m. Aucune autre rue, donc en fait seulement ceux qui vivent du tourisme habitent là. Sabang n’est en fait qu’un nid à touristes, un piège à gogos et le racket y est magnifiquement bien organisé. Parfois c’est fait avec tact (exemple ci contre avec une pub distribuée pour des sandwiches), des fois c’est beaucoup plus vicelard. Mais voyez par vous-mêmes…

Exemple : nous avons prévu, comme tout touriste qui se respecte, d’aller à la rivière souterraine. Cette fameuse rivière souterraine est mise en avant sur tous les guides, toutes les brochures. Tout le monde en parle. Elle est énorme, la plus grande du monde. Waouh, allons-y !

Renseignement pris sur place, pour y aller, il y a deux solutions :

  • en bateau (A/R à 700₱ à partager entre les passagers)
  • à pied par le monkey trail ou jungle trail, un long sentier difficile à suivre et dont personne ne sait vraiment d’où il part ni combien de temps il prend.
vue depuis le port de Sabag
vue depuis le port de Sabag

Dans tous les cas, un « permit » de 200₱ par touriste est obligatoire pour accéder à ce secteur, et comprend la visite de la rivière souterraine en bateau avec un guide. On va donc payer notre permis (c’est dans un bâtiment en dur, sur le port, vers le terrain de basket, marqué « tourist information »). Sur la photo ci contre, vous voyez le chien crevé qui dort, ensuite le parking, puis au fond derrière le bus le bâtiment des touristes. Puis il faut aller réserver le bateau sur le quai, à côté du terrain de basket là aussi. Ensuite, il faut attendre le bateau et le prendre. Penser à contourner les joueurs de basket à se placer sous la petite tente 3×3 au nom du maire/député/sénateur/mafieux qui a fait don de cette dernière. Le bateau donc, car oui, vous avez bien compris que la description du trajet à pied nous a refroidis. Héhé, c’était fait pour, vous verrez dans le récit de demain qu’on s’est (encore) fait arnaquer.

Sabang, entre les hôtels et les lodges à touristes
Sabang, entre les hôtels et les lodges à touristes

Histoire d’oublier, on boit un coup dans une gargote (de l’autre côté du parking). Tiens, depuis Puerto, le Coca a doublé de prix…

le clebs crevé
le clebs crevé

Comme on s’y prend tard, bizarrement on est seuls dans notre bateau, c’est le dernier de la journée. Mais qu’à cela ne tienne, on prend le bateau (on a donc 3 membres d’équipage pour nous deux). Le moteur émet un bruit abominablement fort. On se croirait dans une caricature de machinerie infernale. Imaginez le son d’un diesel qui « cogne », mélangé à la douce mélodie d’une enclume frappée à toute force par une barre de fer. Vous avez un petit début d’idée de ce qu’on a subi. Et pourtant, les 3 gaillards semblent sereins. Le bateau est un bangka à moteur, petit modèle (le bateau, le moteur aussi d’ailleurs). On appelle parfois ces bateaux des pumpboat, parce que le moteur est un moteur de pompe. Voilà, c’était la séquence techniques maritimes, merci à Jean-Michel pour cette info. A la montée à bord du bateau on nous demande le permit. Le temps que je le trouve, ils s’en foutent et ne le vérifient pas. Je pense qu’une habile photocopie couleur aurait parfaitement fait l’affaire. Pareil pour le paiement du bateau d’ailleurs ! Pour nos amis faussaires, vous pouvez visualiser ci dessous le scan de mon permit et de mon reçu pour le bateau, (le permit est imprimé en format Letter US)… Mais je décline toute responsabilité si vous êtes assez tordu pour vraiment le faire ! D’ailleurs, je ne vous fournis pas le verso…

On s’éloigne un peu mais surtout on longe la plage, puis une deuxième (séparée par un petit rien, d’ailleurs notre cottage donne sur cette seconde plage plus tranquille), on longe ensuite une première crique, puis une deuxième et on se rapproche de la plage. Mais tout à coup, alors qu’on s’attend à débarquer d’ici quelques minutes à peine, c’est le drame !