La rivière souterraine

Panne de moteur en pleine mer…

Voilà, vous avez compris le drame. Tout à coup, le massacre auditif s’arrête. Puis les trois compères matelots s’activent autour du moteur. Il n’est bien entendu pas utile de vous expliquer que cette coquille de noix ne possède aucun équipement radio pour contacter la côte ou demander de l’aide. Et comme on est le dernier bateau pour la rivière souterraine, pas la peine d’espérer croiser ou être rattrapé par un autre.

La côte n'est pas très loin
La côte n’est pas très loin

C’est dans ce genre de situation qu’on se pose la question : nager vers la côte, oui, mais combien de temps ? A noter que je suis peu entraîné à la natation en mer longue distance (je vais à la piscine, une fois par quinzaine, une heure, juste pour discuter et faire 200m, oui je sais c’est pas beaucoup mais arrêtez de faire les malins la piscine c’est aussi un lieu de convivialité et de détente, pas juste un truc de maniaques de la distance parcourue, non mais, bande de jaloux !)

Bref, ça tapote sur le moteur, ça essaye de redémarrer, en vain. On va donc patienter comme ça un bon petit moment. En fait le bord n’est pas très loin, il serait donc possible d’y aller à la nage, mais on espère bien une réparation de fortune. Et c’est ce qui se passe. Le moteur, chevrotant et crissant encore plus qu’avant, est redémarré, et on finit le trajet au ralenti en observant à la dérobée le vague sourire jaune que décroche le pilote de cet esquif.

Visite de la Rivière Souterraine

Nous arrivons donc enfin à la plage de la fameuse Underground River, perle et joyau de Palawan. Les bangka à moteur ont pour la plupart une sorte d’échelle-escalier à l’avant, dispositif escamotable qui permet d’en descendre et de rejoindre la plage. On ne se mouille donc que le bas des pattes.

devant l'entrée du parc de la grotte
devant l’entrée du parc de la grotte

Une fois sur la plage, on fait quelques photos, et je prends le chemin pour aller à la Rivière Souterraine. Il s’agit d’un joli petit chemin genre ponton en bois, bien préparé, on peut même y marcher pieds nus sans (trop) risquer une écharde. Le long de ce sentier aménagé, des petits panneaux indiquent les essences d’arbres rencontrées. On constate également la présence d’une faune (lézards plus ou moins gros), et il semble y avoir des singes parfois, mais je n’en vois pas.

Après quelques dizaines de mètres, on arrive à un embarcadère. De là, il suffit de monter sur un bateau, et d’aller vers la grotte. En fait, un guide installe une batterie de voiture à l’avant de la barque, et y branchera une lampe. Arnaud, qui est devant, tiendra la lampe pendant la visite de la grotte. Le courant de la rivière est insignifiant, ça pourrait aussi bien être un lac. L’eau n’est pas salée (j’ai vérifié). L’entrée de la grotte est à 15m de l’embarcadère, n’espérez donc pas une jolie balade en bateau avant l’entrée sous terre.

la rivière souterraine
la rivière souterraine

Le bateau est une petite bangka que le guide fait avancer avec une pagaie. La grotte est assez intéressante car pleine de chauves-souris, et le guide passera une grande partie de la visite à nous montrer tel rocher en forme de tête de Jésus, et tel autre rocher en forme de banane, etc. La partie géologique de l’explication est réduite à sa plus simple expression, une ou deux phrases au début. Arnaud, qui est à l’avant alors que le guide est à l’arrière, ne comprendra quasiment rien des explications. Il faut dire que notre gars a un accent à couper au couteau.

Contrairement au bateau maudit qui nous a ammenés à la Rivière, sur cette petite bangka on nous a fait porter des gilets de sauvetage fluo et un casque. Des fois que le plafond (qui est à plus de 70m dans la partie la plus impressionnante) viendrait nous caresser les cheveux. Quoi ? Les chauves-souris ? Ah oui, tiens ! Bon, je passe le détail de la visite, vous trouverez ça en long et en large dans tout Lonely Planet qui se respecte (non, contrairement aux drames de ce récit, ce n’est pas un objectif de répétition !), c’était chouette, mais bon voilà, quoi.

la sortie de la grotte de la rivière souterraine, vu de l'intérieur
la sortie de la grotte de la rivière souterraine, vu de l’intérieur

Premier soir à Sabang

Une fois revenus à quai, on reprend le chemin inverse pour revenir à la plage. La question non-dite est de savoir si on va rentrer en bateau ou si on devra faire le retour à pied, sachant qu’il est déjà 17h passées et que le soir tombe vite, très vite.

Mais le bateau et ses marsouins sont là, on remonte donc à bord et c’est parti pour le retour, à vitesse réduite comme vous vous en doutez. Une fois arrivés à Sabang, on essaye de se faire servir à manger à la gargotte du parking, mais c’est trop tard. On finir donc par manger au « Coco Grove Dining Hall ». Ce haut lieu du tourisme Sabanguien est propicement placé juste à la sortie du bus, là où commence le « chemin de la plage », celui qui longe la plage et les hôtels et autres cottages pour touristes. A tel point qu’il est précisé sur un écriteau qu’on doit consommer si on attend le bus. Ceci dit, c’est minuscule (comptez 10m² murs inclus). Ils vendent des t-shirts souvenir aussi, j’en achète un pour ma fille. Pourquoi un seul alors que j’ai trois mouflettes à la maison ? Allez, je vous raconte que la tenancière ne comprenait rien quand j’ai essayé de lui demander le même t-shirt que celui-là, mais dans une autre taille ? Non, hein, vous avez pigé le truc… Bon en fait, je crois qu’elle comprenait parfaitement, mais qu’elle n’avait que celui-là dans cette taille-là, donc…

à Sabang
à Sabang

On a un peu de temps. Je profite d’un moment pour aller regarder la rue/route de Puerto, avec les habitants et la vie locale. Je vois des enfants qui jouent, des gens qui travaillent. Ici, l’activité de tricycle est inexistante (il y a bien un ou deux engins, mais rien de comparable par rapport à ce qu’on trouve dans les villes et villages). Les quelques boutiques locales que je vois vendent le strict minimum. Un étal de poisson –je ne sais pas en fait si le terme d’étal est vraiment adapté : c’est surtout une balance et une boite en plastique contenant les poissons. Avec une vieille à côté, qui fait la vente.

Il se met à tomber une petite pluie fine. Genre un crachin anglais, mais en plus chaud, et qui s’arrête au bout de 10 minutes. Mieux que l’arrosage automatique des plantes !! On va donc boire une petite mousse à la Villa Verde et on rentre se coucher. On aura donc profité d’un joli coucher de soleil sur la baie de Sabang. Comme sur les cartes postales !

en terrasse
en terrasse

A 23h, le générateur s’arrête. Il est temps de dormir, il fait nuit depuis 18h30.

Une fois l’engin de malheur (qui produit de l’électricité certes, mais qui fait un barouf insoutenable et dont l’entretien et le graissage doivent être certainement être faits une fois par génération) arrêté, le silence est presque total, à part le grognement lointain d’un cochon et le chant en pleine nuit d’un coq. Si si, je vous jure, là-bas les coqs n’attendent pas le petit matin pour se faire remarquer. Une nuit calme, quoi. Et là, pas de drame ! (quoique, au réveil…)

Sabang

A la recherche du lodge perdu…

Car à peine je reprends ma respiration, un gars s’approche et explique que

it’s all fully booked, there is only one lodge available

Gasp, ce triste sire serait-il en train de se foutre royalement de notre gueule ? Bah, allons voir, de toute façons on ne connait pas encore les tarifs des lodges, et il nous faudrait bien un petit bungalow pour dormir ce soir (et demain soir, accessoirement, car on a prévu de rester là sur une base de 2 nuits).

On suit donc Danny, puisque c’est ainsi que notre placier s’appelle. Il nous amène à un lodge, mais visiblement il est complet. On continue donc de marcher, on passe devant un hôtel luxueux (il nous annonce la nuit à 4000₱, avant de se faire quasiment rire au nez). On continue. Nous arrivons enfin à un ensemble de petits bungalows surélevés, appelé « Mary’s Cottages ». Une palissade entoure le tout. Cet endroit est un peu à l’écart, bien après les autres offres touristiques. Nous espérons donc un prix raisonnable.

Et là, après nous avoir fait visiter un cottage, on nous annonce 1000₱. Déjà, c’est avec un grand lit double, donc pas question. On demande donc deux lits séparés. On nous montre alors un autre truc, à 1500₱. Bof bof… On demande donc à Danny de nous trouver moins cher. Il hésite, puis reprend le sentier. On traverse une zone en friche, puis on arrive dans un nouvel endroit avec des cottages. Le lieu semble abandonné, un « reste » de bâtiment en béton à moitié détruit et oublié est là au milieu des herbes folles. La propriétaire des lieux, qui n’a visiblement pas plus de 25 ans, arrive et nous présente un cottage. Étonnamment, celui-ci est bien entretenu, il y a deux lits et des moustiquaires. De 800₱ la nuit je négocie à 600₱, et on se met d’accord.

Home sweet home, sauf que...
Home sweet home, sauf que…

Impact fourbe

A ce moment là, Arnaud subit la première attaque directe d’un moustique. Vif et discret, cet dernier l’impacte avec violence en plein bras. Alors qu’il réagit hélas trop tard, la propriétaire nous regarde d’un air navré et explique qu’on est juste à côté de la mangrove… Il y avait bien un truc ! Bah c’est pas grave, on a apporté des produits anti-bzzzz on va les tester ! Sur les photos que vous voyez ci-contre, vous allez découvrir à quoi sert le bidon qu’on a trouvé dans les toilettes : à tirer la chasse ! Eh oui, ici, pas d’eau courante pour les WC, juste un filet pour la douche, mais alors vraiment un filet, hein. Pour l’électricité, vous passerez entre 18h et 23h (et encore, pas assez de jus pour recharger le téléphone ou l’appareil photo, ça éclaire déjà à peine malgré le joyeux ronflement d’un groupe électrogène poussif, mais n’allons pas trop vite, on y reviendra). La petite casserole en plastique, elle est là aussi ! Je comprends alors qu’elle sert à se doucher, tout simplement ! Eh oui !!

décor rural
décor rural : une charrette à boeuf à Sabang

Quelques illustrations : par ordre d’apparition à l’écran, votre humble serviteur en pleine action, l’extérieur de notre cottage, l’intérieur du cottage, la route chemin piste menant à notre cottage.

jungle en forme de terrain vague
jungle en forme de terrain vague
chasse d'eau
chasse d’eau
lits avec moustiquaires
lits avec moustiquaires

C’est alors que Danny entreprend de nous vendre les billets pour aller à Port Barton. Pas bête, il sait qu’il y a peu de places à bord du bateau, que c’est le seul moyen d’aller à Port Barton (ou alors un sacré détour par la route). Le tarif est de 1200₱ par personne, il faut régler tout de suite pour avoir la certitude d’avoir une place. Il sort son carnet à souches.

A ce moment là, je vois notre propriétaire qui me fait clairement signe que non, il ne faut pas acheter (elle est dans son dos, à une dizaine de mètres, il ne la voit pas). J’explique alors à Danny que c’est trop tôt, qu’on verra demain, qu’on sait qu’il est Danny et qu’on verra demain. Oui demain. Mais barre toi Danny !

En route pour la Rivière Souterraine

Il est maintenant parti, on s’est installés dans le cottage. En fait, à part le cottage, le reste des lieux est visiblement une grande friche en cours de réhabilitation, à la vitesse philippine. La proprio revient, je lui dis que je l’ai vue et que je n’ai pas pris les billets de Danny. Elle me dit que le vrai prix c’est 900₱ et qu’elle nous les réservera, et qu’on n’aura plus qu’à payer plus tard auprès de son cousin/frère/ami qui s’en occupe. Soit, on fait une belle économie, dont acte ! Je lui dis donc OK. L’avenir prouvera qu’on a rudement bien fait d’accepter cette proposition, le tarif de 1200₱ étant quasiment généralisé sur Sabang.

Un petit mot au sujet de Sabang. J’avais probablement (encore) trop fait confiance aux descriptions de l’honni planète, car en réalité Sabang n’existe pas en tant que ville ou village. Sabang, administrativement parlant, fait partie de Puerto Princesa. Physiquement parlant, c’est un ensemble de cottages, lodges et hôtels pour touristes. Il y a quelques maisons pour les locaux le long de la route qui part à Puerto, mais à peine sur 200m. Aucune autre rue, donc en fait seulement ceux qui vivent du tourisme habitent là. Sabang n’est en fait qu’un nid à touristes, un piège à gogos et le racket y est magnifiquement bien organisé. Parfois c’est fait avec tact (exemple ci contre avec une pub distribuée pour des sandwiches), des fois c’est beaucoup plus vicelard. Mais voyez par vous-mêmes…

Exemple : nous avons prévu, comme tout touriste qui se respecte, d’aller à la rivière souterraine. Cette fameuse rivière souterraine est mise en avant sur tous les guides, toutes les brochures. Tout le monde en parle. Elle est énorme, la plus grande du monde. Waouh, allons-y !

Renseignement pris sur place, pour y aller, il y a deux solutions :

  • en bateau (A/R à 700₱ à partager entre les passagers)
  • à pied par le monkey trail ou jungle trail, un long sentier difficile à suivre et dont personne ne sait vraiment d’où il part ni combien de temps il prend.
vue depuis le port de Sabag
vue depuis le port de Sabag

Dans tous les cas, un « permit » de 200₱ par touriste est obligatoire pour accéder à ce secteur, et comprend la visite de la rivière souterraine en bateau avec un guide. On va donc payer notre permis (c’est dans un bâtiment en dur, sur le port, vers le terrain de basket, marqué « tourist information »). Sur la photo ci contre, vous voyez le chien crevé qui dort, ensuite le parking, puis au fond derrière le bus le bâtiment des touristes. Puis il faut aller réserver le bateau sur le quai, à côté du terrain de basket là aussi. Ensuite, il faut attendre le bateau et le prendre. Penser à contourner les joueurs de basket à se placer sous la petite tente 3×3 au nom du maire/député/sénateur/mafieux qui a fait don de cette dernière. Le bateau donc, car oui, vous avez bien compris que la description du trajet à pied nous a refroidis. Héhé, c’était fait pour, vous verrez dans le récit de demain qu’on s’est (encore) fait arnaquer.

Sabang, entre les hôtels et les lodges à touristes
Sabang, entre les hôtels et les lodges à touristes

Histoire d’oublier, on boit un coup dans une gargote (de l’autre côté du parking). Tiens, depuis Puerto, le Coca a doublé de prix…

le clebs crevé
le clebs crevé

Comme on s’y prend tard, bizarrement on est seuls dans notre bateau, c’est le dernier de la journée. Mais qu’à cela ne tienne, on prend le bateau (on a donc 3 membres d’équipage pour nous deux). Le moteur émet un bruit abominablement fort. On se croirait dans une caricature de machinerie infernale. Imaginez le son d’un diesel qui « cogne », mélangé à la douce mélodie d’une enclume frappée à toute force par une barre de fer. Vous avez un petit début d’idée de ce qu’on a subi. Et pourtant, les 3 gaillards semblent sereins. Le bateau est un bangka à moteur, petit modèle (le bateau, le moteur aussi d’ailleurs). On appelle parfois ces bateaux des pumpboat, parce que le moteur est un moteur de pompe. Voilà, c’était la séquence techniques maritimes, merci à Jean-Michel pour cette info. A la montée à bord du bateau on nous demande le permit. Le temps que je le trouve, ils s’en foutent et ne le vérifient pas. Je pense qu’une habile photocopie couleur aurait parfaitement fait l’affaire. Pareil pour le paiement du bateau d’ailleurs ! Pour nos amis faussaires, vous pouvez visualiser ci dessous le scan de mon permit et de mon reçu pour le bateau, (le permit est imprimé en format Letter US)… Mais je décline toute responsabilité si vous êtes assez tordu pour vraiment le faire ! D’ailleurs, je ne vous fournis pas le verso…

On s’éloigne un peu mais surtout on longe la plage, puis une deuxième (séparée par un petit rien, d’ailleurs notre cottage donne sur cette seconde plage plus tranquille), on longe ensuite une première crique, puis une deuxième et on se rapproche de la plage. Mais tout à coup, alors qu’on s’attend à débarquer d’ici quelques minutes à peine, c’est le drame !