Le fameux Lac Danao, à côté de Taytay

L’approche du lac

Il y a beaucoup de vent ce matin.

Palawan, la route de Taytay sous le soleil
Palawan, la route de Taytay sous le soleil

On file rapidement hors du Casa Rosa et on prend un tricycle pour nous emmener au début du chemin d’accès au Lac Danao.

Ce chemin part de la route qu’on a pris pour venir de Roxas, vous vous souvenez, juste avant l’hôpital, il y a un vieux panneau décrépi… C’est donc un chemin de terre qui s’enfonce dans la jungle. On y va confiants, le guide indique qu’il y a quelques centaines de mètres…

Non loin du lac Danao, le riz sèche au soleil
Non loin du lac Danao, le riz sèche au soleil

En réalité un peu plus, mais c’est très faisable même pour un non-sportif en mon genre, il y a environ 30 minutes à marcher d’un pas tranquille. Le truc, c’est que quand on s’attend à 100 m, ça semble long.

Enfin le lac !

Le chemin passe dans la forêt, tourne et retourne, et traverse un microscopique hameau (néanmoins équipé d’un terrain de basket, à défaut de quoi que soit d’autre, mais ne soyons pas de mauvaises langues : il y a aussi une magnifique mention « welcome » en bois), des enfants jouent dans un arbre.

certaines portions du lac sont couvertes de plantes aquatiques
certaines portions du lac sont couvertes de plantes aquatiques

On continue sur ce chemin pour arriver enfin à un champ qui fait cul-de-sac. Devant nous, une zone envahie par des sortes de nénuphars, et le lac Danao. Il vaut le détour !!

Bétail sur le sentier
Bétail sur le sentier

Un bovin nous regarde d’un œil étonné : mais c’est quoi ces deux touristes paumés au milieu de la pampa ?!

Non loin de là, une habitante fait sa lessive depuis une barque
Non loin de là, une habitante fait sa lessive depuis une barque

Le truc, qu’on ne sait pas encore mais qu’on va découvrir, est donc de contourner le lac par la gauche. On commence par le droite, et ça ne donne rien. Là, il y a juste une petite rivière qui s’écoule du lac, avec une vieille qui fait sa lessive. Plus loin, une vachette maigrichonne, et le lac.

Par la gauche, mais en s’éloignant un peu de la rive (au début on a essayé de suivre la rive tout au bord, mais ça ne donne rien non plus), on trouve un petit sentier qui monte et qui semble aller derrière la colline. Une poule picore des grains de riz qui sèchent au soleil.

Passera ou passera pas ?
Passera ou passera pas ?

Arrivés en haut de la butte, il y a une petite barrière fermée, sorte de portillon d’entrée d’une propriété.

N’écoutant que mon courage, j’ouvre la barrière, et là, c’est le drame !

Violation de domicile

Arnaud, vert de terreur et paniqué à l’idée incongrue et dangereuse de s’aventurer sur la propriété d’autrui, lequel autrui pourrait être armé et mal intentionné à l’égard de deux occidentaux envahissant ses terres tels les conquistadors espagnols quelques siècles plus tôt, allant de l’avant au cœur d’espaces vierges et inconnus où la main de l’homme n’a pas encore mis le pied, et… Bref, il me suit. Hop.

le lac Danao
le lac Danao

Le sentier redescend au milieu d’une plantation de maïs. On passe devant une maison surélevée sur des pilotis, et on continue notre descente sur la droite; le sentier traverse une rizière, puis passe un petit ruisseau et nous arrivons sur une plage herbeuse, le lac est à nouveau sur notre droite. A gauche, une autre maison avec des personnes qui nous regardent. L’une d’entre-elles parle un peu anglais, et surtout tagalog. Parmi les autres, aucun ne parle anglais, ni même le tagalog, ils parlent un dialecte local que notre premier interlocuteur semble à peu-près comprendre.

lac Danao : la petite barque qui va nous emmener ?
lac Danao : la petite barque qui va nous emmener ?

Et pourtant, c’est lui qui va nous servir d’intermédiaire-interprète !

Petit rappel des conditions :

  • Objectif pour nous : négocier un petit tour en bangka sur le lac.
  • Conditions de négociation : auprès d’un pêcheur local possédant le seul bateau du lac pouvant être loué à notre connaissance
  • Facilités de communication : ledit pêcheur ne parle pas la langue de notre interprète, qui ne comprend que partiellement la nôtre.
  • Résultat : on y arrive pourtant en moins de deux minutes
  • Conclusion : on n’est pas les premiers à se pointer ici, ou alors nous sommes très chanceux !

La croisière s’amuse…

Notre navigateur du jour
Notre navigateur du jour

Le jeune adulte de la famille nous emmène donc à sa bangka. Et là, c’est le drame !

En effet, l’embarcation et minuscule. Envisager de monter à trois dedans est une hérésie dès le premier coup d’œil. On tente, tant bien que mal, de le signifier à notre interlocuteur, mais sans grand succès. Il insiste pour qu’on monte tous les deux avec lui à bord. Bah, après tout, il a l’habitude ! Allons-y.

Le lac Danao est magnifique et assez étendu
Le lac Danao est magnifique et assez étendu

Et nous voilà partis tous les trois sur le lac. Il est vraiment magnifique, avec par endroit des plantes aquatiques, à d’autres endroits des troncs d’arbres qui émergent, ailleurs encore c’est une petite île toute jolie. L’eau est presque d’un vert très clair.

Le philippin pousse sa bangka d’une petite pagaie, écope un peu d’eau avec un fond de bouteille en plastique. Cette « croisière privée » est tout simplement géniale ! Un vrai moment chouette. Il nous montre des poissons dans l’eau. Ici, c’est un filet de pêcheur qui est accroché à une bouée de fortune faite avec un bidon. Le fond est visible, un peu vaseux on dirait. La maison est visible depuis le lac ; comme souvent aux Philippines, la maison est surélevée et couverte d’un toit de végétaux.

Début de découverte du lac depuis la barque
Début de découverte du lac depuis la barque

La croisière ne s’amuse plus du tout

Deux philippins pêchent sur le lac Danao
Deux philippins pêchent sur le lac Danao

Mais il y a un truc étrange… Je trouve qu’on avance moins bien depuis un petit moment, et que le gars écope plus souvent qu’au début… Et en effet, il y a plus d’eau au fond de l’embarcation qu’au début. Tiens, il y a là-bas une autre petite embarcation, avec deux pêcheurs. Hop, photo. Mais vraiment le gars écope avec de plus en plus de vigueur !

On écope quand on a coulé
On écope quand on a coulé

Tout à coup, il bifurque vers une petite île proche, mais la voie d’eau est trop grosse, je décide avec Arnaud de descendre du bateau et de passer dans l’eau. Le fond est proche, j’en ai à peine jusqu’à la taille. L’appareil photo est sauvé ! Et voilà, les pieds dans l’eau au bord d’une île, tenant la rame pendant que notre « capitaine » vide le bateau de l’eau qui s’y était infiltrée. Le retour sera du même style, on finira dans l’eau. La famille au complet nous observe depuis leur maison. Personne ne semble moqueur, mais on se doute que ça rigole un peu en douce, à juste titre ceci dit.

Après avoir réglé 100₱ à nos bateliers, et avoir passé quelques instants avec leur famille, nous repartons en direction de la rizière. Avant la rizière, en revenant du lac, on passe devant des petits fruits qui sèchent. On traverse ensuite le ruisseau sur un « pont » qui est en fait une branche en travers, puis la rizière.

Une famille habite juste là
Une famille habite juste là

Ensuite, on repasse devant la maison en hauteur et c’est à ce moment-là que deux personnes nous adressent la parole et nous font signe de monter à l’intérieur.

Pas forcément étonnés, mais pas forcément rassurés (souvenez-vous, on est au plein milieu d’une propriété cultivée, on y est entrés sans se poser trop de questions, donc bon…),

Nous sommes invités à l'intérieur
Nous sommes invités à l’intérieur

on entre dans une enceinte de bambou et donc on monte dans l’habitation via une sorte de passerelle.

Le clebs des gars nous observe d’un regard torve.

On s’attend à tout, mais une fois à l’intérieur, c’est le drame !

La rivière souterraine

Panne de moteur en pleine mer…

Voilà, vous avez compris le drame. Tout à coup, le massacre auditif s’arrête. Puis les trois compères matelots s’activent autour du moteur. Il n’est bien entendu pas utile de vous expliquer que cette coquille de noix ne possède aucun équipement radio pour contacter la côte ou demander de l’aide. Et comme on est le dernier bateau pour la rivière souterraine, pas la peine d’espérer croiser ou être rattrapé par un autre.

La côte n'est pas très loin
La côte n’est pas très loin

C’est dans ce genre de situation qu’on se pose la question : nager vers la côte, oui, mais combien de temps ? A noter que je suis peu entraîné à la natation en mer longue distance (je vais à la piscine, une fois par quinzaine, une heure, juste pour discuter et faire 200m, oui je sais c’est pas beaucoup mais arrêtez de faire les malins la piscine c’est aussi un lieu de convivialité et de détente, pas juste un truc de maniaques de la distance parcourue, non mais, bande de jaloux !)

Bref, ça tapote sur le moteur, ça essaye de redémarrer, en vain. On va donc patienter comme ça un bon petit moment. En fait le bord n’est pas très loin, il serait donc possible d’y aller à la nage, mais on espère bien une réparation de fortune. Et c’est ce qui se passe. Le moteur, chevrotant et crissant encore plus qu’avant, est redémarré, et on finit le trajet au ralenti en observant à la dérobée le vague sourire jaune que décroche le pilote de cet esquif.

Visite de la Rivière Souterraine

Nous arrivons donc enfin à la plage de la fameuse Underground River, perle et joyau de Palawan. Les bangka à moteur ont pour la plupart une sorte d’échelle-escalier à l’avant, dispositif escamotable qui permet d’en descendre et de rejoindre la plage. On ne se mouille donc que le bas des pattes.

devant l'entrée du parc de la grotte
devant l’entrée du parc de la grotte

Une fois sur la plage, on fait quelques photos, et je prends le chemin pour aller à la Rivière Souterraine. Il s’agit d’un joli petit chemin genre ponton en bois, bien préparé, on peut même y marcher pieds nus sans (trop) risquer une écharde. Le long de ce sentier aménagé, des petits panneaux indiquent les essences d’arbres rencontrées. On constate également la présence d’une faune (lézards plus ou moins gros), et il semble y avoir des singes parfois, mais je n’en vois pas.

Après quelques dizaines de mètres, on arrive à un embarcadère. De là, il suffit de monter sur un bateau, et d’aller vers la grotte. En fait, un guide installe une batterie de voiture à l’avant de la barque, et y branchera une lampe. Arnaud, qui est devant, tiendra la lampe pendant la visite de la grotte. Le courant de la rivière est insignifiant, ça pourrait aussi bien être un lac. L’eau n’est pas salée (j’ai vérifié). L’entrée de la grotte est à 15m de l’embarcadère, n’espérez donc pas une jolie balade en bateau avant l’entrée sous terre.

la rivière souterraine
la rivière souterraine

Le bateau est une petite bangka que le guide fait avancer avec une pagaie. La grotte est assez intéressante car pleine de chauves-souris, et le guide passera une grande partie de la visite à nous montrer tel rocher en forme de tête de Jésus, et tel autre rocher en forme de banane, etc. La partie géologique de l’explication est réduite à sa plus simple expression, une ou deux phrases au début. Arnaud, qui est à l’avant alors que le guide est à l’arrière, ne comprendra quasiment rien des explications. Il faut dire que notre gars a un accent à couper au couteau.

Contrairement au bateau maudit qui nous a ammenés à la Rivière, sur cette petite bangka on nous a fait porter des gilets de sauvetage fluo et un casque. Des fois que le plafond (qui est à plus de 70m dans la partie la plus impressionnante) viendrait nous caresser les cheveux. Quoi ? Les chauves-souris ? Ah oui, tiens ! Bon, je passe le détail de la visite, vous trouverez ça en long et en large dans tout Lonely Planet qui se respecte (non, contrairement aux drames de ce récit, ce n’est pas un objectif de répétition !), c’était chouette, mais bon voilà, quoi.

la sortie de la grotte de la rivière souterraine, vu de l'intérieur
la sortie de la grotte de la rivière souterraine, vu de l’intérieur

Premier soir à Sabang

Une fois revenus à quai, on reprend le chemin inverse pour revenir à la plage. La question non-dite est de savoir si on va rentrer en bateau ou si on devra faire le retour à pied, sachant qu’il est déjà 17h passées et que le soir tombe vite, très vite.

Mais le bateau et ses marsouins sont là, on remonte donc à bord et c’est parti pour le retour, à vitesse réduite comme vous vous en doutez. Une fois arrivés à Sabang, on essaye de se faire servir à manger à la gargotte du parking, mais c’est trop tard. On finir donc par manger au « Coco Grove Dining Hall ». Ce haut lieu du tourisme Sabanguien est propicement placé juste à la sortie du bus, là où commence le « chemin de la plage », celui qui longe la plage et les hôtels et autres cottages pour touristes. A tel point qu’il est précisé sur un écriteau qu’on doit consommer si on attend le bus. Ceci dit, c’est minuscule (comptez 10m² murs inclus). Ils vendent des t-shirts souvenir aussi, j’en achète un pour ma fille. Pourquoi un seul alors que j’ai trois mouflettes à la maison ? Allez, je vous raconte que la tenancière ne comprenait rien quand j’ai essayé de lui demander le même t-shirt que celui-là, mais dans une autre taille ? Non, hein, vous avez pigé le truc… Bon en fait, je crois qu’elle comprenait parfaitement, mais qu’elle n’avait que celui-là dans cette taille-là, donc…

à Sabang
à Sabang

On a un peu de temps. Je profite d’un moment pour aller regarder la rue/route de Puerto, avec les habitants et la vie locale. Je vois des enfants qui jouent, des gens qui travaillent. Ici, l’activité de tricycle est inexistante (il y a bien un ou deux engins, mais rien de comparable par rapport à ce qu’on trouve dans les villes et villages). Les quelques boutiques locales que je vois vendent le strict minimum. Un étal de poisson –je ne sais pas en fait si le terme d’étal est vraiment adapté : c’est surtout une balance et une boite en plastique contenant les poissons. Avec une vieille à côté, qui fait la vente.

Il se met à tomber une petite pluie fine. Genre un crachin anglais, mais en plus chaud, et qui s’arrête au bout de 10 minutes. Mieux que l’arrosage automatique des plantes !! On va donc boire une petite mousse à la Villa Verde et on rentre se coucher. On aura donc profité d’un joli coucher de soleil sur la baie de Sabang. Comme sur les cartes postales !

en terrasse
en terrasse

A 23h, le générateur s’arrête. Il est temps de dormir, il fait nuit depuis 18h30.

Une fois l’engin de malheur (qui produit de l’électricité certes, mais qui fait un barouf insoutenable et dont l’entretien et le graissage doivent être certainement être faits une fois par génération) arrêté, le silence est presque total, à part le grognement lointain d’un cochon et le chant en pleine nuit d’un coq. Si si, je vous jure, là-bas les coqs n’attendent pas le petit matin pour se faire remarquer. Une nuit calme, quoi. Et là, pas de drame ! (quoique, au réveil…)