Les messieurs en blanc sont gentils (laundry service)
Qui n’a jamais rêvé de mondes étrangers, de pays inconnus aux traditions exotiques ? Qui n’a jamais tenté l’aventure du rêve d’un endroit différent et lointain ? Car là est l’intérêt central du voyage : le voyage, et avec qui on le fait. Mais bien sûr la destination, et donc intrinsèquement les rencontres. Sans cela, le voyage devient un produit insipide dédié aux seuls Bidochons, qui au fond de leur hôtel protégé se plaindront qu’il n’y a pas de pain à table.
El Nido, rue principale
Le pari était d’arriver à attraper un tricycle en moins de 3 minutes : gagné !! Nous avons donc, avec Arnaud, décidé bien sûr de profiter de la soirée qui s’offrait à nous pour nous rendre, moyennant un trajet en tricycle (30₱), au cœur de la bête, je veux dire un bar. Pas un truc glauque à danseuses pourries, mais un gentil petit bar local où les *vrais* habitants d’El Nido se rendent le soir. Pour trouver cet endroit, il a fallu user de stratagèmes, en particulier expliquer aux personnes à qui nous demandions « où aller », que
non on ne cherche pas de filles
non on ne cherche pas un truc pour westerns.
Ah tiens, je ne sais pas si je vous ai déjà expliqué ce terme; « western », ça veut dire « occidental », mais plus précisément « blanc qui a du pognon ». Il faut donc convaincre les philippins que nous croisons que nous ne cherchons pas à un truc à touristes. Pas évident à El Nido, qui clairement est une cité qui vit du tourisme. Mais ça reste possible, et on arrive donc dans un bouge du nom de Fun Box. C’est un bar dansant, avec de la musique mal réglée et des spots hors d’âge. La bière est quelconque, les tarifs très raisonnables par contre. Et il n’y a pas un touriste en vue. Personne ne nous fait chier, parfait. Bref une bonne adresse pour nous.
A l’asile, on vous l’avait dit !
Enhardis par cette première étape de l’incursion dans la vie nocturne autochtone, voici donc nos deux compères rassérénés par la fausse facilité, qui tentent de continuer dans la même voie. Nous filons donc dans un autre lieu… et là, c’est le drame : nous finissons à l’asile !
Je passe sur les détails qui n’ont pas vraiment d’importance, si ce n’est celle que le lecteur assidu de nos épopées homériques serait en droit d’espérer assouvir, le veux parler ici de curiosité sur les causes et conséquences… bref normalement là vous avez abandonné toute idée de comprendre la phrase précédente. Cet autre bar dansant, car c’est bien cela dont il s’agit, est un autre lieu fréquenté par la jeunesse philippine à El Nido. L’endroit est crasseux et glauque, et on ne s’étonne donc pas de ne pas y trouver d’autres touristes –tant mieux, c’est cela que nous recherchons. Rappelons au lecteur que s’il veut trouver des pigeons et rester entre touristes, il ira à l’endroit que nous avons testé, le repère des friqués, j’ai nommé l’honni et insupportable Art Café.
L’asile ? Oui, on y est allés : c’est le nom de l’autre bar : l’Asylum. Pourquoi, vous vous attendiez à autre chose ? 😉
l’Asylum à El Nido
Et maintenant, rentrons au dodo. A pied, ça laisse le temps de causer !
En arrivant à notre logement, on récupère nos affaires lavées et séchées : le laundry service est efficace et nous aura coûté à peine 250₱ pour le linge de la semaine. C’est chouette les Philippines !
Quand on vous dit que les îles d’Asie du Sud-Est recèlent de nombreuses surprises, des paysages magnifiques et des gens adorables, on oublie souvent très vite de parler des bestioles. Attention, je parle ici de bêtes sauvages et terrifiantes. Je vais vous parler des moustiques, mais il n’y a pas qu’eux !
D’ailleurs, ça me fait penser, est-ce que je vous ai déjà parlé de la Malarone® ? Non, et pourtant, ne venez pas ici sans en avoir pris une bonne dose. Des moustiques, il y en a partout, des nombreux et des motivés. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils valent largement ceux de Sibérie, ça serait mentir. Mais ceux-là étaient dressés pour la guerre, motivés par un climat qui ne leur laissait que bien peu de temps pour agir : vivre ou mourir aurait-on pu leur donner comme circonstances atténuantes.
Ou pas.
L’autre avantage aux Philippines, c’est que l’habitat touristique est équipé contre les petites bêtes qui volent et qui font bzzzz toute la nuit, tout en se gorgeant de votre sang. Quelqu’un a-t-il déjà tenté de placer une petite coupelle de sang frais à côté, pour qu’ils se servent là est pas directement sur la bête ? Je sais, je passe sous silence la difficulté toute relative de trouver chaque soir un peu de sang frais, mais on n’est plus à ça près si vous me lisez depuis le début.
Donc, disais-je, l’habitat est équipé de moustiquaires. Ajoutez à ça que ladite moustiquaire, vous la recouvrez généreusement d’anti-moustique répulsif intégral toutes régions garanti et plus si affinités oui madame oui monsieur et en prime je vous offre un… pardon, je m’égare. Hum ! Parce que votre corps aussi, se doit d’être antimoustiqué en permanence (pensez-y à la sortie de la douche, à la sortie de la mer, enfin partout et tout le temps), et que les vêtements aussi on les a imbibés de produit. Malgré ça, on a toujours un risque d’impact, mais pour ma part j’avoue que ça a été très efficace malgré l’amour inexplicable que me portent les insectes.
La moustiquaire oui c’est moche, mais je vous assure que vous n’avez pas envie d’en sortir quand vous y êtes. Et seul celui qui n’a jamais été violemment multi-attaqué en traître en plein WC ne comprendra pas le plaisir qu’on peut avoir à se recouvrir d’un produit nocif.
Ah, mais j’oubliais de vous parler de notre visiteur musical d’hier soir. Vous vous souvenez ? Arnaud avait bien raison, et ce matin je l’ai eu en photo !
Ne me demandez pas comment il tient au mur, il est juste accroché comme ça sur une paroi verticale. Il continue à chantouiller son grenouillement bizarre.
Mais le plus intéressant c’est qu’il ne bouge pas, il n’a pas peur de nous. Enfin au bout d’un moment, il s’en va, mais sans peur. Bravo, le gecko !
Allez, en route, il est temps d’aller naviguer !
Jour 12 : Island Hopping, acte II
Alors aujourd’hui nous sommes repartis pour un nouveau périple de découverte d’îles, plages, criques et poissons. El Nido est déjà réveillée, les jeepneys surchargés sont là, les tricycles et les motos se croisent dans un joyeux pétaradement enfumé. On approche du bateau, on embarque, et on est partis pour une grosse journée.
Je vous préviens, ça va piquer les yeux tellement c’est beau.
Prêts ? On y va !
Notre circuit aujourd’hui (poétiquement appelé Tour C, ah l’industrie du tourisme me rendra toujours béat d’admiration) nous conduira à :
secret lagoon
hidden beach
la zone sacrée au temple néoclassique de béton
Je vous laisse savourer les images.
Plage secrète !
Le repas du midi est constitué de poisson grillé (très agréable) accompagnés de riz, oignons violets hachés menu, des bananes en dessert. Je ne me lasse pas. Le repas est préparé sous nos yeux par l’équipage, un mini barbecue est préparé pour nous sur un bord de plage. On visite une île où trône un véritable petit temple avec véritable statue, véritable coupole, véritable ponton en béton moche, véritable croix, bref un endroit tout bizarre dans cet univers tellement différent. Les plages, les lagons cachés, c’est tout simplement génial. L’ambiance est sereine sur le bateau, tout se passe bien. La météo bien sûr est indiscutablement au top.
Avouez que tout ça ne semble pas vilain ? Alors bien sûr, comme souvent, en photo ça ne rend pas aussi bien qu’en vrai.
Les falaises forment une (fausse) barrièreUne jolie plage bien cachée derrière les rochersles pieds dans l’eaurepas sur la plagedélicieux poissons grillésPhilippines : island hopping à Palawanun temple secret caché dans les îles
Soirée rhum
De retour à El Nido, on savoure le coucher de soleil avec un petit verre à la main. Ah, il y a des spectacles dont on ne se lasse pas : le feu, les nuages, la mer et le coucher de soleil… Étrange comme c’est à chaque fois pareil et toujours différent…
Du coup, on se prépare à aller faire un tour de ville. Le problème, c’est qu’on va finir à l’asile, mais ça, c’est pour la prochaine page de ce récit dramatique !
Après un wake-up call à 8h du matin, on file à El Nido centre en tricycle (30₱ ce matin) pour rejoindre notre Island Hopping Tour A. Le « A » est important, car chaque tour d’îles est désigné par une lettre. Le A c’est pour certaines îles, le B pour d’autres, etc.
en tricycle pour aller faire du island hopping à el Nido
Chacun espère donc avoir fait le meilleur choix. Pour notre part, aujourd’hui, nous allons découvrir
le small lagoon et le big lagoon
la plage payong-payong beach
l’île de Simizu Island et l’île de Intalula Island
la plage Seven Commando Beach
le tout pour la modique somme de 500₱, déjeuner inclus.
Eh oui, c’est la classe totale chez Arman ! Alors qu’on embarque, on observe avec le sourire aux lèvres les couillons qui ont réservé un équivalent au « El Nido Boutique & Art Café » pour la triste escroquerie de 700₱. C’est le prix à payer quand on suit à la lettre les indications du Lonely Planet. Ceci dit, ils ont du ajouter un supplément de 250₱ s’ils voulaient des palmes et un tuba pour le snorkelling. Bin voyons…
Ah au fait, personne ne vous avait prévenus ? Oh, quelle dommage ! Alors moi je vous donne l’info : sur la plage, juste avant d’embarquer, vous avez à débourser 200₱ de taxe d’éco-tourisme. En échange de cette somme, on vous remet un reçu valable 10 jours. Renseignement pris, la différence de tarif entre notre « tour A » et celui de l’Artcafé n’est malheureusement pour eux toujours pas lié à cette taxe qu’ils doivent payer aussi. On aurait pu espérer… Bref, comme on a déjà payé le tour, on ne peut pas faire autrement que payer la taxe. Le système est bien rôdé, on se fait plumer. Saleté ! Il y a des moments où on en a marre d’être des pigeons (et pourtant, on a déjà évité le pire). Allez, embarquons et oublions !
tour « A » à El Nido : les conseils du Lonely Planet sont peu fiables !
Bref il est 9h, tout le monde est là, on part. A bord d’une bangka à moteur, on quitte El Nido, le bateau part sur la gauche et on file droit vers les îles. La journée est tout simplement géniale, les îles et plages sont totalement parfaites, les poissons nombreux et admirables. Un vrai bonheur ! Je vous laisse dévorer des yeux les photos !
El Nido, une rue en plein activité dès le matin
Les îes du tour A : photos garanties sans retouche !
A l’approche des îles, je suis impressionné de voir cette roche noire, à vif, dont on devine que des mains géantes se déchireraient dessus en les caressant tant les falaises immenses ont l’air acérées. C’est magnifique ! La mer a rongé le bas des falaises, mais la roche n’en parait que plus agressive et dangereuse. Véritables murs d’un gris profond, la végétation n’a que peu réussi à coloniser ces parois qui se présentent à la façon d’immenses murs qui nous écrasent.
un lac à double salinité
Le Small Lagoon est un véritable mini-lac. Joli mais pas de quoi se rouler par terre. Dans cet arrêt comme dans plusieurs des suivants, on retrouve à chaque fois une grappe de divers bateaux transportant des meutes de touristes. C’était bien sûr prévisible, mais toujours dommage. En nageant vers le bout du mini-lac, on trouve un petit passage étroit qui mène dans un autre petit lac reculé. C’est assez joli, et on « voit » les différences de salinité par la différence de vision dans l’eau. C’est la première fois que je vois ça, c’est particulièrement intéressant et étonnant. C’est très agréable de nager ici.
la clarté de l’eau contraste avec le gris foncé des falaises à vif
La plage Seven Commando n’a que peu d’intérêt, et le fond marin est joli mais sans rien d’exceptionnel. C’est surtout un moyen de nous occuper un peu et de rajouter quelque chose au programme, qui soit sur la route. La légende dit que cette plage a pris ce nom après que 7 membres d’un commando militaire y aient séjourné. La plage comporte un bar. J’ai eu l’impression que cette plage était située non pas sur une petit île, mais sur Palawan directement.
repas de riz et poisson grillé sur la plage
Le midi, nous prenons notre déjeuner sur une plage. Le repas est préparé par l’équipage et grillé en barbecue. Poissons grillés, riz, légumes, fruits de mer. Le repas est excellent et très agréablement présenté.
dans la baie d’El Nido, à bord d’un bateau touristique
Le Big Lagoon ne sera pas l’occasion d’un arrêt, mais on y passe avec le bateau. L’entrée du « lagon » est une voie très étroite car il y a de nombreux hauts-fonds. Au beau milieu de Big Lagoon se dresse une énorme plateforme, à priori utilisée pour des mariages. Au fait, avez-vous remarqué avec quelle facilité nous autres français passons de la critique à l’éloge, et vice versa ? Héhé, il parait que c’est culturel…
la plage et son bar à touristes
Retour à terre
Il est temps de retourner maintenant à El Nido !
retour à El Nido
Une dernière photo : El Nido, vu de la mer ! Alors quitte à faire mon touriste, je ne trouve pas ça top-joli. Je préfère la vue d’une rue, depuis la terre ferme. Chacun son truc, je sais que c’est la même ville, mais bon. Bref, je n’ai pas d’explication.
Cette journée a été géniale. Nous bookons sans hésiter le « tour C » pour demain, espérant de nouvelles découvertes. Nous ne serons pas déçus, mais d’ici là on a se faire une petite soirée rhum-coca-lecture, après avoir mangé une brochette à 5₱. Excellent ! Décidément, il faut croire qu’ici à El Nido, on sait préparer les brochettes.
On achète un pain de glace dans une mini-boutique, et on rentre vite fait à l’hôtel-lodge-chambre en tricycle, bien sûr !
Le temps passe, la soirée avance. Une petite pause dans le hamac avant l’apéro. On prend un moment pour être au calme –comme si on avait été hyperactifs la journée !
notre chambre
Drame du soir, espoir
Mais alors qu’on a éteint la lumière et que tout se profile bien pour demain, c’est le drame !
le hamac
Arnaud entend à nouveau le cri d’une bête furieuse et dangereuse. Il est certain que c’est un iguane… impossible de le voir quand on rallume la lumière !
Donc, disais-je, la taulière prend note de notre commande de rhum-coca. En fait de taulière, c’est plutôt une de ses filles/esclaves, mais bon le concept reste le même. Un rhum-coca, en bord de mer, par 35° de température, vous l’espérez frais, non ?
Petite boutique aux Philippines
Eh bien c’est facile, mais à El Nido, la glace c’est payant. Rien de méchant, et ça tombe bien, car j’ai eu l’audacieuse idée d’acheter un pain de glace sur la route avant de rentrer, j’avais senti le coup venir. Oui je sais, j’aurais pu le dire avant, mais l’effet dramatique aurait été perdu. Bref, ledit pain de glace coûte au bas mot 3₱. Alors bon, faut l’amortir, donc on boit quelques verres à la terrasse de notre complexe hôtelier touristique de grande classe : 4 bungalows de 2 lits chacun. Le nôtre étant du côté de la route où la mer n’est pas. Ah bin oui mon gars, à vouloir pas payer cher, on n’a pas les pieds dans l’eau.
On croise sur la terrasse 3 touristes qui nous donnent le nom d’un opérateur de tours-islands à éviter. Ouf, ce n’est pas le nôtre. Demain, eux vont se louer un bateau privatif avec équipage pour aller à la pêche. Pas bête !
Baignade dans la mer, mais le fond est plat et même à 250 m du rivage vous avez encore pied, y compris quand comme moi on ne fait que 1 m 70. Mais bon, j’arrête de râler, la vue est terrible !
Bah, puisque c’est comme ça, et l’alcool appelant la faim, allons en ville manger un bout. Psst ! Tricycle !
Le commerce miniature
Je ne sais pas si je vous en ai déjà parlé, de ces petites échoppes miniatures qu’on trouve partout aux Philippines. D’une surface totale proche de 5 m² grand maximum : murs, stock et comptoir inclus. On y trouve absolument tout ! La plupart sont sponsorisées par d’affreuses pubs pour des recharges téléphoniques, vraiment toutes aussi laides les unes que les autres. Autant en Sibérie je comprenais qu’on ne souhaite pas chauffer un local surdimensionné, autant là la raison semble plus économique et flegmatique. Car on trouve vraiment tout ce qu’on veut dans cette échoppe (et s’il n’y a pas, on va vous le trouver) !
On y trouve aussi systématiquement une à deux personnes qui font le commerce, discutent, passent le temps, et regardent une télé (qu’on trouve aussi à chaque fois) d’un âge que je qualifierai gentiment de « du siècle passé », télé donc où passent des émissions dignes du même qualificatif tant en qualité qu’en intérêt pour le commerçant comme pour le client.
Sur la photo, c’est quand je suis allé acheter un pain de glace. Je n’avais aucune idée de si elle avait ça ou pas, mais elle en avait. Je savais que sinon, on m’aurait fait attendre et on m’en aurait trouvé ! Et à ceux qui se demande avec quelle eau est faite la glace, je répondrai : je l’ai désinfectée au rhum. D’autres questions ? OK, on peut donc reprendre notre épopée !
Vous finirez tous à l’asile !
Ce n’est pas une promesse, mais je crois que toute personne qui habite ou qui passe par El Nido finit à un moment où un autre à l’asile. Pour ma part, ça m’est arrivé et je vais dans un instant vous expliquer comment.
Ah non, pas d’attente dramatique aujourd’hui, vous en avez déjà subi un il y a quelques lignes à peine.
Palawan, ses plages. El Nido, ses arnaques à touristes…
Nous arrivons donc à El Nido « centre », et là je me mets en quête d’une pitance, quand mon odorat affûté détecte à proximité immédiate une source de réconfort pour mon estomac, j’ai cité : un barbecue. En pleine rue bien sûr, puisqu’on y fait griller des petites brochettes à l’usage des généreux clients. Je constate qu’il n’y a que des locaux sur celui-ci (il y en a d’autres, eh oui on ne peut rien vous cacher). N’écoutant que mon courage et ayant en tête les conseils des médecins occidentaux qui vous mettent en garde contre les légumes crus, souvenez vous bien qu’il faut manger des choses bien cuites, hein, pas de fruits pas de légumes rien de cru, vous aurez le scorbut oui mais bon au moins pas la gastro, bref, là les brochettes elles sont bien grillées, dorées à souhait. Des brochettes de quoi ? Bin, de pattes de poulet bien sûr. J’ai dit pattes, hein, pas cuisses !
Brochette terreur
Gloups. Alors bon, j’ai l’habitude de goûter toutes sortes d’horreurs, vous l’avez déjà constaté, mais le coup des pattes de poulet ça a un côté vaudou plus qu’un côté appétissant. On se demande : ça se mange ça ? Mais on y mange quoi ? Bah, c’est pas cher, 2 pesos, faisons nous une frayeur-souvenir.
Et en tout état de cause, c’est plutôt pas mauvais du tout. OK, ça vaut pas une gargote, mais c’est pas mal. Et j’ai des preuves, en images :
Une brochettte de… on sait pas trop quoi !
Arnaud quant à lui se contentera d’une brochette de saucisse, visiblement bonne aussi vu la vitesse à laquelle elle disparaît.
Allez, on avise un bar, on va boire un petit coup. La nuit tombe, on est dans un bar discothèque resto club un peut tout. C’est rigolo 5 minutes, mais la musique est forte et demain on a une chouette journée. On croise en sortant d’autres touristes (Italie, USA, Australie) : tout ce joli petit monde s’encanaille avec les autres touristes du coin au QG des touristes, j’ai nommé le fameux « art café », un temple pour touriste occidental friqué. L’internet y est « gratuit si on consomme », les consommations à un tarif double de ce qu’on a vu à l’autre bar. De quoi rendre fou ! Mais bon, puisque le Lonely Planet dit que c’est ce qui se fait de mieux, tout le monde y va. Bêêêê !
Non mais c’est vrai, allez, je sais je râle souvent contre ce genre d’approche, mais allez-y et vous verrez : le Artcafé est une île hyper-occidentale en plein océan philippin. Mais si vous venez aux Philippines, à Palawan, c’est pour vous retrouver en occident ?
Arnaud n’est pas forcément fan de cette ambiance, moi non plus. On part aussi vite que possible et on rentre au dodo.
Quoi ? Ah, l’asile ? On y arrivera, plus tard…
A demain, d’ici là rien de dramatique! Ah si, tiens, c’est vrai… (mais en attendant, un joli coucher de soleil nous attend)
Il y a un effet amusant et même étonnant dans cette plage. Dans l’eau, en pleine nuit, on se baigne un coup pour profiter de l’instant; or je constate que quand je nage, mes mains émettent de petites étincelles dans l’eau. Je vous rassure, je ne suis pas devenu un générateur haute tension, c’est juste une sorte de traînée luminescente qui suit mes mouvements dans l’eau. Après observation attentive en bon scientifique, j’en ai conclu que mes mouvements créaient des micro-bulles d’air, et que ces dernières reflétaient la lune qui était très lumineuse cette nuit. N’empêche, ça fait un peu rigolo d’avoir des mains magiques ! Les habitués du phénomène peuvent se marrer, moi je l’ai découvert là-bas. Chacun son tour !
Nous quittons Taytay pour rejoindre El Nido, en bus
Sur le toit du bus
En ce matin délicat du 10e jour de notre périple dans les tréfonds non-touristiques de l’île de Palawan, nous avons pour projet de quitter Taytay pour El Nido. Pourquoi El Nido me demanderez-vous, ô lecteurs curieux et passionnés ? Je vous accorde à titre de préambule qu’El Nido est bien plus connu des destinations de touristes, en particulier des plongeurs et observateurs marins de tous bords. Et des touristes occidentaux d’une façon générale.
vue depuis le toit du bus (voir plus loin les détails)
Alors le temps est gris, venteux. Alors on prend un tricycle jusqu’au terminal des bus. Alors on se renseigne sur où est le bus qui part à El Nido. Alors on nous indique un vieux tacot rouillé. Alors on y grimpe, et plus précisément sur le toit. Alors on nous demande de payer 150₱ chacun pour le trajet (ci-à-côté : le ticket de bus poinçonné). Alors le bus démarre et après le rond point, prend la route d’El Nido. Alors on arrive après quelques centaines de mètres à une section où il n’y a plus d’enrobé. Alors la poussière nous poursuit, alors la chaleur devient écrasante car les nuages sont partis, alors on met de la crème solaire, on se cale comme on veut entre les ballots et les innombrables choses et passagers entassés là-haut, alors on est serein et on apprécie le voyage dans toute sa couleur.
l’environnement de Palawan le long de la route d’El Nido
Alors, on est bien, là, tranquille. C’est chouette !
A ceux qui trouveront original de se mettre sur le toit d’un bus, je signale que j’ai payé ma place au même tarif, et que comme de toute façon à l’intérieur c’était complet, c’était ça ou debout dans le couloir (et encore, si j’avais bataillé pour atteindre le couloir). Arnaud s’installe lui aussi sur le toit, un peu plus en arrière.
Olivier sur le toit du bus (on voit que je ne suis pas le seul à m’avachir dans les bagages)
Couic la tête
Qu’on n’en déduise pas que l’infrastructure routière est adaptée aux bus surchargés et sur-remplis. On arrive assez vite à un village qui semble préparer une fête locale, ils ont décoré le village avec des tas de petits fanions de couleurs. Ah en fait, quand on approche un peu plus, on voit qu’en fait de fanions ce sont des sacs plastique de couleurs différentes, attachés aux fils électriques. Et qu’ils sont à hauteur de tête. Un cri d’un passager du toit et tout le monde baisse la tête au maximum : on se couche d’un coup ! Hop, le fil électrique et ses sacs sont passés à 10 cm au-dessus de moi !!
Le car continue sa route à travers les rizières, la jungle luxuriante, de petites collines. La route est enrobée sur les portions de forte pente, pas ailleurs. On m’explique qu’il parait qu’un enrobé va être déployé sur toute la longueur d’ici « quelques années »…
Alors que je suis là, serein, sur mon toit, et que je commence à vraiment m’habituer au style de conduite sportif du chauffeur (malgré un moteur poussif et crachotant), au détour d’un virage, l’engin s’arrête. Un passager qui va descendre ?
on s’installe sur le toit pendant les réparations
Non ! Le car est en panne. Par chance, je suis à l’ombre (on a beau dire, en plein soleil, on est mieux à 50km/h qu’à l’arrêt). Notez que je ne vous ai pas fait le coup du drame, hein, alors n’allez pas vous plaindre ! D’ailleurs, personne ne s’énerve, personne ne se plaint. Tout le monde attend bien patiemment, et le chauffeur aidé de deux philippins (qui semblent être ses collègues car ils ont encaissé le trajet et/ou vérifié le chargement au départ) ouvre le compartiment moteur et prend un marteau de taille conséquente, puis tape.
Un vrai film. On se croirait en train de réparer un vieux truc déglingué de l’aire soviétique. Bim bim bim !Le marteau tape. Vroum, le moteur redémarre. Allez comprendre !
Panneau de basket à Palawan
Nous reprenons donc notre traversée de Palawan en car. Je remarque à l’usage du visiteur curieux que chaque village, chaque hameau, chaque école a son terrain de basket. Héritage colonial américain (ou pas, mais pour moi oui) le basket est un sport essentiel et particulièrement pratiqué aux Philippines.
El Nido : installation et premiers pas en terre touristique
L’arrivée à El Nido se fait sans histoire, on saute dans un tricycle pour aller trouver un hébergement. Le gars du tricycle (qui fait donc office de guide/aide à la trouvaille d’hébergement/transport/conseil aux voyageurs/animation musicale, rayez la mention inutile mais selon moi il n’y en a pas) nous emmène un peu en retour sur la route. On règle 30₱ et on se retrouve à négocier une chambre sans moustiquaire avec deux lits pour 500₱. On sent qu’on est à El Nido !
Le tricycle retour pour aller à nouveau à El Nido est à 20₱. Je cherche le post office (vous vous souvenez, à Taytay, je n’ai pas pu poster mes cartes postales car à la poste on ne savait pas le tarif pour envoyer une carte postale à l’international), donc ici je le trouve assez facilement. Étrangement, le bureau a l’air dédié à la poste. Encore plus étrangement, il y a un gars derrière le guichet. Terriblement plus étrangement, il comprend ce que je veux. Dramatiquement plus étrangement, il se trouve que mon affranchissement était le bon, il prend mes cartes postales, fin de l’épisode. Waouh ! (pour l’anecdote : elles sont arrivées !)
On se balade « en ville », on fait un petit tour dans El Nido à pied. On découvre qu’il y a de nombreuses officines plus ou moins développées, qui proposent de la plongée et des balades dans les îles du coin. C’est aussi pour ça qu’on est là, c’est très réputé et ça le mérite (vous verrez tout à l’heure les photos). Les prix des « tours island » (ne me reprochez pas l’écriture, je retranscris ça tel quel) varient de 400 à 700₱ et plus, accessoires en sus. Par accessoires ont entend par exemple le masque de snorkelling ou les palmes, ou d’autres trucs du genre.
Allez, remettons nous de nos émotions. On va manger dans une gargote, tenue par une mamie. On y mange bien, c’est discret et sans touristes. Et pas cher, en plus ! Photos : recto, verso !
A la gargotela même gargote (verso)
Ensuite on continue notre découverte d’El Nido avec la trouvaille qui nous vaut la réjouissance : on réserve un « tour » des îles pour demain, tout inclus, chez Arman pour 500₱. El Nido est une petite ville qui a très nettement moins de charme que Port Barton. C’est plus bétonné et ça pue l’arnaque à touristes à plein nez. Clairement, c’est moche. Il y a pourtant de jolies choses à voir, il faut juste être un peu curieux et ne pas chercher l’esthétique d’un « beau lieu ». L’intérêt, comme souvent, c’est les gens.
On rentre à pied au cottage en 40 minutes.
le long de la route, arrêt aux stands pour ravitaillement !
Arrivant à notre cottage. On avise la tenancière des lieux, et on s’installe à sa terrasse pour y sirotter un petit rhum-coca. Tout a l’air de bien se passer, la dame acquiece à notre demande, mais tout à coup, c’est le drame !
Bon, pas besoin de vous faire un dessin, on est trempés, complètement dégoulinants. Tous à bord, autant que nous sommes, on est rincés. C’est pas que je n’aime pas l’eau de mer, mais quand on a un sac avec appareil photo dedans, on aime moins, surtout quand on a pris le bateau pour rentrer en espérant que le gars savait naviguer. Jean-Mi confirme d’ailleurs, en français dans le texte pour ne pas vexer, que notre philippin de barreur est vraiment un piètre marin. On finit de longer la côte et son bidonville, qui d’ailleurs vu depuis la mer semble nettement moins pourri.
Arnaud à bord
Arrivés au port, c’est donc changement de vêtements, et petite douche pour se dessaler. On va ensuite en « terrasse », car oui madame, oui monsieur, le Casa Rosa a une terrasse panoramique avec une vue exceptionnelle sur la ville de Taytay. Sauf que quand je parle d’aller « en terrasse », c’est autre chose !
On va en effet se poser devant une petite boutique en pleine rue, assis sur le trottoir et sur une caisse en plastique, et boire là un gobelet tout en grignottant divers bidules de ladite boutique.
Apéro improvisé en pleine rue
Un apéro-squat en devanture… qui semble normal à tout le monde ici. J’aime bien ça ! D’ailleurs, ça ne gêne pas les quelques autres clients qui passent et qui font quand même leurs courses, mais nous ça nous aide bien car la tenancière nous fournit les verres et tout ce qu’on veut en fait.
Bonne ambiance, bon concept !
Cybersieste
Taytay : le cybercafé en peine activité
Il est maintenant temps d’aller faire un tour d’Internet, puisque le courant semble rétabli. Bin oui, vous n’espériez pas faire du net sans électricité non ? Dans la rue pas loin du Casa Rosa, il y a un cyber café. Oh il faut le savoir, rien sur la boutique ne l’indique, mais en demandant on nous explique où c’est. On se trouve un ordi, et alors que je rédige un magnifique mail bourré de belles locutions verbeuses, arrive un autre drame : coupure de courant !!
Cybersieste !
Eh oui, c’est classique, la centrale a lâché. Qu’à cela ne tienne, les gamins qui jouaient à Counter Strike en réseau font une petite sieste sur place, si si j’ai même pris la photo tellement ça m’a étonné.
Le tenancier du gourbi où nous attendons la reprise du courant pour pouvoir continuer à jouir des extatiques bonheurs d’Internet possède, ô heureux homme, un générateur. Il le met en route, enclenche le bon circuit électrique, et tout repart.
Et où va donc ce sentier ?
Après cette épopée, on a faim. On file avec JM au SeaSlugs pour manger un bout. C’est quelconque, ça ne vaut pas mieux que la gargote, mais c’est nettement plus cher et la musique est à fond… comme dans le tricycle devant la gargote, ah oui c’est vrai je ne vous avais pas raconté ça : lorsqu’on a mangé dans la gargote du cochon fou, il y avait un tricycle qui est passé et repassé devant nous un certain nombre de fois, et qui avait, comble du luxe, une sono dont le bouton devait être cassé en position maximum++…
Allez, allons nous coucher. Assez de surprises pour aujourd’hui !
(je vous passe sous silence un drame au niveau du changement de chambres, ça n’a pas l’intérêt d’un chapitre entier).
A force de voyager aux Philippines, on finit par s’attendre à tout. Mais le coup de la patate, pas encore ! Concrètement, à l’intérieur, il y a une troisième personne, outre le chien (faméliquement moisi) dont j’ai parlé tout à l’heure et un petit chaton gris. Ce vieux, car il s’agit d’un vieux, nous prépare une décoction dans des verres. Le breuvage, trouble à l’extrême, ne peut bien sûr pas être refusé.
Pris au piège
D’autant qu’on est chez lui, entouré de ce qui semble être ses fils ou ses jeunes cousins. Aucun des trois ne maîtrise l’anglais, mais chacun tente sa petite phrase et son sourire pour faciliter une ébauche de conversation. Visiblement il n’y a finalement pas tant de touristes qui passent ici, et ils nous demandent ce qu’on est venu faire dans ce coin. L’idée de faire un tour en bateau sur le lac pour le plaisir semble assez les étonner.
Alors, le vieux prend une poêle qui était sur un vieux fourneau, et nous apporte tout heureux des patates douces tièdes, et une assiette plastique contenant du sucre. Il coupe les patates en quartiers avec un couteau qui démotive toute tentative de refus de goûter. Je ne suis pas forcément grand fan de la patate douce, mais l’ambiance est assez chouette. C’est un délicat mélange de « barrons-nous d’ici » et de « ces gens sont très intéressants mais on n’arrivera pas à communiquer assez pour établir une discussion« . Ajouter du sucre avec les patates douces est une bonne chose.
On va bien manger ce soir !
On prend deux photos, on finit poliment nos portions et on remercie agréablement avant de repartir. Le soleil est toujours là, un petit moment à l’ombre de l’intérieur n’était finalement pas une mauvaise idée.
On s’en va par le sentier avec lequel on est venus. On repasse vers le début du lac, il y a là des animaux qui sont en pleine liberté : veaux, canards… Devant du riz qui sèche au soleil, je ne peux m’empêcher de prendre la pose : « Eh gringo, alors il est comment mon riz ? » — comprenne qui pourra, c’était supposé être avec du café.
Alors gringo, il est bon mon riz ?
Passage humide
Dramatique retour au soleil
Le chemin du retour commence. On le sait, ça sera long jusqu’à la route… Quand tout à coup on réalise qu’il nous attend un drame : car le problème, c’est qu’il n’y a pas de tricycle prévu pour notre retour ! Et la route est un peu longue, non ? Bah, on avisera…
Le chemin en terre jusqu’à la route, à l’ombre de la jungle, nous prend 30 minutes comme à l’aller, pas de surprise. Et là, on commence à marcher au bord de la route en espérant de faire du stop ou de trouver un tricycle… Et il fait chaud. Et la route est longue. Arnaud fatigue mais ne dit rien. Je prends le temps de prendre une photo de la route. Personne à l’horizon.
ça sèche au soleil
Pas un camion, pas un bus, pas une voiture. De temps en temps, (peut être trois fois en une heure) un minivan bourré de touristes nous double à toute vitesse. Les quelques camions qui passeront ne s’arrêteront pas. Bref, on ira à pied.
On va mettre 1 h 10 à marcher en plein cagnard jusqu’au terminal des bus, au fameux rond-point. Même si le trajet est long et dur sous le soleil, les paysages sont vraiment chouettes, et c’est un vrai plaisir de vivre ces instants au cœur des Philippines, au bord d’une route toute simple, passant ici devant une école-église, là devant un poste de police miniature, ou parfois une simple petite maison.
retour à Taytay à pied, sous le soleil
C’est un de ces moments pénibles sur le coup, mais qui valent vraiment la peine. J’observe la végétation, les zones cultivées et les zones sauvages, la disposition des bâtiments qui jalonnent la route, tous les petits détails qui deviennent visibles quand on marche et qu’on ignore tout simplement quand on circule en véhicule.
Quoi qu’il en soit, je suis très heureux d’avoir fait ce petit bout de trajet, même si je crois que sur le coup, Arnaud a souffert de la chaleur et du manque d’eau. Comment ? Ah oui j’ai oublié de vous préciser qu’on avait épuisé notre gourde, et qu’autant il nous restait de la crème solaire, autant le reste… il fallait attendre d’arriver ! On se sépare donc « en deux groupes de un », jusqu’à l’arrivée au Terminal.
Jean-Mi
Là on se boit un coup, et on saute dans un tricycle, direction le Casa Rosa et Jean-Mi ensuite ! Car une fois au Casa Rosa, après avoir traîné quelques minutes dans nos chambres, on se décide à continuer nos explorations et à retrouver le fameux Jean-Mi.
Taytay dispose d’un grand bidonville en bord de mer
Il nous a raconté hier qu’il aménageait/réparait/préparait un super bateau au bord de la mer, un peu plus loin sur la côte, après le bidonville. On s’engage donc dans cette nouvelle épopée : traverser ledit bidonville, suivre la côte et trouver le bateau et donc Jean-Mi. Ne sachant ni si c’est loin, ni à quoi ressemble le bateau, et encore moins à quoi ressemble la propriété où il est en squat.
Le bidonville s’enfonce dans l’eau croupie
Sans oublier que le chemin à suivre nous est inconnu, et que le bidonville mérite vraiment cette appellation, l’expédition semble périlleuse… Mais on n’est plus à ça près, hein !
La marée est montante, l’eau s’infiltre dans le bidonville ; l’eau est sale, croupie et polluée de déchets en tous genres (plastique, bois, etc).
Taytay : vue sur la baie avec les rochers noirs
Ensuite, notre chemin continue et la vue est magnifique : mer bleue, quelques nuages et quelques vagues, une légère brise, la côte est escarpée et pentue mais la promenade est vraiment belle.
Le mariage de la jungle luxuriante avec la mer et les rochers noirs est un beau succès !
Les stabilisateurs du futur bateau de Jean Mi
Après avoir marché une vingtaine de minutes, on atteindra notre but : Jean-Michel, son bateau, ses ouvriers. Il est encore démonté (le bateau, pas Jean-Mi) mais a déjà fière allure. Son heureux propriétaire nous explique tous les détails et améliorations de son navire, à bord duquel il espère rapidement pouvoir naviguer mais aussi vivre et dormir.
Jean Mi nous montre son bateau en cours de travaux
On discute un bon moment, et Jean-Mi nous présente les propriétaires de la superbe villa dont il squatte une partie du terrain. Jean-Mi ? Son parcours est tout simplement hallucinant. Il nous explique sa vie au long cours, sur divers bateaux… et ses quelques échouages sur la côte, dormant alors que l’embarcation l’emmène vers la plage ! Il a vraiment pas mal roulé sa bosse, il a vécu aux Etats Unis où il a également un bateau qu’il destine à son fils… Mais ce qui est vraiment le plus incroyable, c’est son accent 100% frenchy quand il s’exprime en anglais.
l’hôte du squatt de Jean Mi
Retour par la mer
Enart, notre hôte de l’instant, a une maison superbe, tout en bois et bien finie, avec bien sûr un petit générateur pour l’électricité et une vue imprenable sur la mer. La mer est d’ailleurs en train de faire des vagues, le temps se dégrade légèrement. Le vent commence à venir un peu. Et devinez comment on va rentrer à Taytay ? Par le sentier ? Non, par la mer !
Là, on n’est plus sur un joli petit lac bien calme par beau temps. On est en mer, bord de mer certes mais mer quand même. Et le temps se gâte salement.
Visiblement, le philippin qui gère la bangka qui nous ramène ne sait pas naviguer par temps de vagues.
la côte vue depuis la mer
Un coup de face, un coup de côté à la limite de chavirer, à chaque fois on embarque un peu d’eau à bord… Les sacs sont sur le dos, le plus haut possible. On garde son calme, la navigation ne devrait pas durer plus de 20 minutes, nous dit-on.
Et tout à coup, une vague que le bareur n’a pas vue venir (ou qu’il a pris n’importe comment). Et là, c’est vraiment… le drame !
On file rapidement hors du Casa Rosa et on prend un tricycle pour nous emmener au début du chemin d’accès au Lac Danao.
Ce chemin part de la route qu’on a pris pour venir de Roxas, vous vous souvenez, juste avant l’hôpital, il y a un vieux panneau décrépi… C’est donc un chemin de terre qui s’enfonce dans la jungle. On y va confiants, le guide indique qu’il y a quelques centaines de mètres…
Non loin du lac Danao, le riz sèche au soleil
En réalité un peu plus, mais c’est très faisable même pour un non-sportif en mon genre, il y a environ 30 minutes à marcher d’un pas tranquille. Le truc, c’est que quand on s’attend à 100 m, ça semble long.
Enfin le lac !
Le chemin passe dans la forêt, tourne et retourne, et traverse un microscopique hameau (néanmoins équipé d’un terrain de basket, à défaut de quoi que soit d’autre, mais ne soyons pas de mauvaises langues : il y a aussi une magnifique mention « welcome » en bois), des enfants jouent dans un arbre.
certaines portions du lac sont couvertes de plantes aquatiques
On continue sur ce chemin pour arriver enfin à un champ qui fait cul-de-sac. Devant nous, une zone envahie par des sortes de nénuphars, et le lac Danao. Il vaut le détour !!
Bétail sur le sentier
Un bovin nous regarde d’un œil étonné : mais c’est quoi ces deux touristes paumés au milieu de la pampa ?!
Non loin de là, une habitante fait sa lessive depuis une barque
Le truc, qu’on ne sait pas encore mais qu’on va découvrir, est donc de contourner le lac par la gauche. On commence par le droite, et ça ne donne rien. Là, il y a juste une petite rivière qui s’écoule du lac, avec une vieille qui fait sa lessive. Plus loin, une vachette maigrichonne, et le lac.
Par la gauche, mais en s’éloignant un peu de la rive (au début on a essayé de suivre la rive tout au bord, mais ça ne donne rien non plus), on trouve un petit sentier qui monte et qui semble aller derrière la colline. Une poule picore des grains de riz qui sèchent au soleil.
Passera ou passera pas ?
Arrivés en haut de la butte, il y a une petite barrière fermée, sorte de portillon d’entrée d’une propriété.
N’écoutant que mon courage, j’ouvre la barrière, et là, c’est le drame !
Violation de domicile
Arnaud, vert de terreur et paniqué à l’idée incongrue et dangereuse de s’aventurer sur la propriété d’autrui, lequel autrui pourrait être armé et mal intentionné à l’égard de deux occidentaux envahissant ses terres tels les conquistadors espagnols quelques siècles plus tôt, allant de l’avant au cœur d’espaces vierges et inconnus où la main de l’homme n’a pas encore mis le pied, et… Bref, il me suit. Hop.
le lac Danao
Le sentier redescend au milieu d’une plantation de maïs. On passe devant une maison surélevée sur des pilotis, et on continue notre descente sur la droite; le sentier traverse une rizière, puis passe un petit ruisseau et nous arrivons sur une plage herbeuse, le lac est à nouveau sur notre droite. A gauche, une autre maison avec des personnes qui nous regardent. L’une d’entre-elles parle un peu anglais, et surtout tagalog. Parmi les autres, aucun ne parle anglais, ni même le tagalog, ils parlent un dialecte local que notre premier interlocuteur semble à peu-près comprendre.
lac Danao : la petite barque qui va nous emmener ?
Et pourtant, c’est lui qui va nous servir d’intermédiaire-interprète !
Petit rappel des conditions :
Objectif pour nous : négocier un petit tour en bangka sur le lac.
Conditions de négociation : auprès d’un pêcheur local possédant le seul bateau du lac pouvant être loué à notre connaissance
Facilités de communication : ledit pêcheur ne parle pas la langue de notre interprète, qui ne comprend que partiellement la nôtre.
Résultat : on y arrive pourtant en moins de deux minutes
Conclusion : on n’est pas les premiers à se pointer ici, ou alors nous sommes très chanceux !
La croisière s’amuse…
Notre navigateur du jour
Le jeune adulte de la famille nous emmène donc à sa bangka. Et là, c’est le drame !
En effet, l’embarcation et minuscule. Envisager de monter à trois dedans est une hérésie dès le premier coup d’œil. On tente, tant bien que mal, de le signifier à notre interlocuteur, mais sans grand succès. Il insiste pour qu’on monte tous les deux avec lui à bord. Bah, après tout, il a l’habitude ! Allons-y.
Le lac Danao est magnifique et assez étendu
Et nous voilà partis tous les trois sur le lac. Il est vraiment magnifique, avec par endroit des plantes aquatiques, à d’autres endroits des troncs d’arbres qui émergent, ailleurs encore c’est une petite île toute jolie. L’eau est presque d’un vert très clair.
Le philippin pousse sa bangka d’une petite pagaie, écope un peu d’eau avec un fond de bouteille en plastique. Cette « croisière privée » est tout simplement géniale ! Un vrai moment chouette. Il nous montre des poissons dans l’eau. Ici, c’est un filet de pêcheur qui est accroché à une bouée de fortune faite avec un bidon. Le fond est visible, un peu vaseux on dirait. La maison est visible depuis le lac ; comme souvent aux Philippines, la maison est surélevée et couverte d’un toit de végétaux.
Début de découverte du lac depuis la barque
La croisière ne s’amuse plus du tout
Deux philippins pêchent sur le lac Danao
Mais il y a un truc étrange… Je trouve qu’on avance moins bien depuis un petit moment, et que le gars écope plus souvent qu’au début… Et en effet, il y a plus d’eau au fond de l’embarcation qu’au début. Tiens, il y a là-bas une autre petite embarcation, avec deux pêcheurs. Hop, photo. Mais vraiment le gars écope avec de plus en plus de vigueur !
On écope quand on a coulé
Tout à coup, il bifurque vers une petite île proche, mais la voie d’eau est trop grosse, je décide avec Arnaud de descendre du bateau et de passer dans l’eau. Le fond est proche, j’en ai à peine jusqu’à la taille. L’appareil photo est sauvé ! Et voilà, les pieds dans l’eau au bord d’une île, tenant la rame pendant que notre « capitaine » vide le bateau de l’eau qui s’y était infiltrée. Le retour sera du même style, on finira dans l’eau. La famille au complet nous observe depuis leur maison. Personne ne semble moqueur, mais on se doute que ça rigole un peu en douce, à juste titre ceci dit.
Après avoir réglé 100₱ à nos bateliers, et avoir passé quelques instants avec leur famille, nous repartons en direction de la rizière. Avant la rizière, en revenant du lac, on passe devant des petits fruits qui sèchent. On traverse ensuite le ruisseau sur un « pont » qui est en fait une branche en travers, puis la rizière.
Une famille habite juste là
Ensuite, on repasse devant la maison en hauteur et c’est à ce moment-là que deux personnes nous adressent la parole et nous font signe de monter à l’intérieur.
Pas forcément étonnés, mais pas forcément rassurés (souvenez-vous, on est au plein milieu d’une propriété cultivée, on y est entrés sans se poser trop de questions, donc bon…),
Nous sommes invités à l’intérieur
on entre dans une enceinte de bambou et donc on monte dans l’habitation via une sorte de passerelle.
Le clebs des gars nous observe d’un regard torve.
On s’attend à tout, mais une fois à l’intérieur, c’est le drame !
Je reste dans la gargote, seul face à mon assiette vide et à ma bouteille de Royal, tout également vide. Tremblant à l’idée des sévices que doit subir Arnaud, tant les bruits animaux et les grognements redoublent de force ; on dirait une meute de bêtes sauvages affamées prêtes à se jeter sur un ennemi pourtant supérieur en nombre. Les sons confinent au gargouillement et au couinement. J’entends grincer des planches, des bruits de pas…
Tout à coup, alors que j’en suis à me demander ce qui se passe vraiment en coulisses tant c’est une véritable sérénade animale que j’entends, je vois revenir Arnaud, tout amusé. Il me dit d’aller voir, que « ça vaut le détour »… A mon tour donc d’aller visiter les toilettes !
ça grogne joyeusement : deux beaux cochons !
Et là, horreur, je découvre enfin ce qui faisait tout ce raffut : trois cochons sont enfermés dans un parc fermé par des planches bancales et mal ajustées, à peine fixées et faisant face à une petite cabine de fond de jardin, dans laquelle trône un magnifique siège de WC miniature du genre de ceux qu’on trouve dans les écoles maternelles. Ne cherchez pas, il n’y a bien sûr pas d’eau. Les porcs semblent passionnés par ma présence et se bousculent pour se faire prendre en photo… Il est temps de rejoindre Arnaud !
un WC aux Philippines
Drame à la Poste de Taytay
Vous vous souvenez que j’ai acheté des cartes postales à Port-Barton. Pour l’instant, malgré une observation attentive, je n’ai vu aucune boite aux lettres. Je décide donc de passer à la vitesse supérieure : je cherche la poste. A Port-Barton, il n’y en avait pas, et le commerce qui faisait office de service postal proposait des tarifs étrangement occidentalisés… Mais ici à Taytay, il y a un vrai bureau de poste !
drame à la poste de Taytay, Palawan, Philippines
En fait, la poste est un bureau dans une pièce où il y a aussi une mairie, les services fiscaux et un autre service (service du port ? service de la forêt ? police ? je n’ai pas vraiment pu savoir). Dans cette grande salle, il y a donc plusieurs bureaux. Je demande et on m’indique le bureau pour la poste… Pas de chance, il n’y a personne. Je me pose donc devant et j’attends. Arrive alors une personne. Je lui explique que je veux poster mes cartes postales, que j’ai déjà timbrées… Et là, c’est le drame.
En effet, cette personne ne sait pas si mon tarif est le bon. Il faut dire qu’il n’a jamais vu personne envoyer une carte postale vers l’Europe jusqu’ici. Il me dit de revenir dans 2 jours, le facteur officiel sera de passage, peut être qu’il saura… Mais pas de chance, moi je sera à El Nido d’ici là !
Bon là je vous l’ai raconté rapidement, mais cette collecte d’informations m’a pris au bas mot une dizaine de minutes… Chacun son rythme ici !
Rencontre
Revenant au Casa Rosa, nous rencontrons Jean-Michel, un français qui vient traîner sur la terrasse de l’hôtel mais qui est installé aux Philippines. Il nous parle de son bateau, qu’il est en train de faire aménager et transformer. C’est un homme passionnant, qui a déjà bien roulé sa bosse. Rencontre exceptionnelle, qui va nous permettre de passer de l’autre côté du miroir, et de ne plus être seulement observateurs mais d’intégrer temporairement une petite tranche de vie locale –instants privilégiés, typiquement ce que je recherche.
Il nous propose de nous joindre à lui pour une soirée chez un américain installé à Taytay, un certain Brian. On ne peut qu’accepter ! Rendez-vous est pris pour dans une heure, le temps qu’il se douche.
Le courant étant en panne ce soir, on avance dans le noir à la lumière de la petite lampe de poche de Jean-Michel.
Brian nous accueille dans sa maison, où il vit marié avec une charmante philippine, qui attend un enfant de lui. Bien qu’elle soit clairement bien plus jeune que lui, le couple fonctionne bien. Mon jugement est peut être rapide et hautain, mais je suppose un instant à un arrangement tacite à l’Irakienne (pétrole contre nourriture, sauf que là c’est pas du pétrole). On allume des bougies pour nous recevoir. Pour une personne ayant vécu déjà plusieurs dizaines d’années aux USA et aux Philippines, Jean-Michel s’acharne à avoir un accent abominablement français quand il parle anglais… mais qui semble ne gêner personne, au contraire !
la Casa Rosa
L’accueil est chaleureux. On nous sert à manger du poisson et du riz, on nous fait boire du rhum local. La soirée est sympa, bien arrosée, et les discussions vont bon train, dans un mélange d’anglais et français mâtiné de tagalog. Extraordinaire moment qui à lui seul aurait valu le voyage. Immersion et partage de points de vues, projets, problèmes et espoirs.
Waouh ! De la vraie discussion !
Le retour se fait à bord d’un tricycle bondé (5 passagers + le conducteur)… mais nous arrivons à bon port, et avec le sourire ! Je constate avec amusement qu’ici aussi l’usage est de négocier la course. Jean-Michel nous explique qu’il négocie sa course après le trajet, pas avant. A priori, Brian fait de même. On prend note !
Tiens, l’électricité est revenue… Normalement à Taytay, il y a du courant de 5h du soir à 5h du matin. Mais des fois, eh bien non. C’est ainsi… Les plus riches ont donc un générateur.
Allez, on se couche. Demain, le projet est d’aller au Lac Danao, dont le guide par-déjà honni nous vante les charmes. Et puis, on l’avait mis au planning informel qu’on avait prévu, donc on ne va pas renoncer si près du but. Ah, escalade de l’engagement, quand tu nous tiens… Parce que, je vous raconterai ça tout à l’heure, mais cette balade vers un petit lac de Palawan va être émaillée d’un incident dramatique…
en français : à la pêche à la chambre en centre-ville
une rue de Taytay, aux Philippines
On avise un troupeau de tricycles, mais leurs chauffeurs jouent à « on ne comprend rien ». Finalement, un autre qui devait avoir envie de travailler nous embarque. D’après lui il n’y a pas le choix, il n’y a qu’un seul hébergement possible : le Casa Rosa. C’est un véritable hôtel (enfin presque), situé sur la hauteur et qui domine toute la ville. On y grimpe, et là commencent les négociations. Quoi, vous n’aviez toujours pas compris ? Bien sûr que non, nous n’avons aucune réservation, rien n’est prévu.
La peur au ventre, terrorisés à l’idée de ne pas trouver de chambre et de devoir dormir dans la rue, paniqués, affolés, nous ne prenons aucun risque quand la tenancière nous annonce fièrement ses tarifs… Prohibitifs, même pour un occidental.
Bravant la folie qui nous guette et le risque d’être égorgés à chaque coin de rue de cette bourgade qui n’a rien à envier aux quartiers chauds de Bogota un soir d’orage, je me lance à corps perdu dans une négociation digne des meilleurs souks. Il faut dire que je tremble à l’idée de ne pas avoir de chambre.
au bord de la route principale à Taytay
Bon OK, c’est du gâteau. La demoiselle transige très vite pour nous proposer deux chambres, à 350₱ chacune. C’est très raisonnable, la qualité du lieu étant remarquable. Et ne vous inquiétez pas, Taytay n’a rien du descriptif que je viens d’en faire : c’est au contraire une petite ville très simple, particulièrement calme et où toutes les personnes rencontrées ont été adorables. J’ai également ici aussi réalisé un mini-plan.
Taytay peut également s’enorgueillir d’un abominable chef d’oeuvre : un « big sign » qui affiche fièrement le nom de la ville. D’après l’expérience d’Arnaud en Asie du Sud-Est, ça n’est pas un gage de grande réussite en général. Ici, ça sera juste un truc kitsch de plus.
Le Casa Rosa est constitué de bâtiments… ocres ! Non, pas rose. Ne cherchez pas, on n’est plus à une contradiction près ! Discussion sympa avec la responsable du lieu.
la forteresse de Taytay
Depuis la terrasse de l’hôtel, on a une vue magnifique sur la ville et sur la mer. On surplombe le port, et une petite forteresse que même le guide touristique mentionne. On va y aller !
LA Gargotte
On descend donc du Casa Rosa pour aller se balader un peu à pied. On avise un marché, un ou deux petits vendeurs de « trucs qui semblent se manger » (je tente une patate douce caramélisée pour 1₱), le vent se lève un peu pendant qu’on fait le tour du port. Il souffle carrément quand on arrive au fort. Ledit fort est devenu maintenant un agréable petit parc bien entretenu, il y a encore de vieux canons, des bancs, des lampes. La chapelle est bien conservée, à l’exception du toit qui a étéremplacé par une structure de fortune qui fait un rafut abominable à cause du vent. J’imagine à peine ce que ça doit donner par gros temps. Il reste plusieurs canons au fort, datant pour la plupart de l’époque coloniale espagnole.
On croise un touriste motard, on échange quelques mots. Selon le guide touristique, il y a un autre hôtel, mais le motard nous le déconseille (donc, encore une fois le LP dit n’importe quoi). Lui préfère reprendre la route dès l’heure suivante.
Arnaud avise un cybercafé, qui pour l’instant est fermé. Personne à l’horizon pour se renseigner sur les horaires, on verra plus tard. On continue notre exploration et on finit à un boui-boui. Non pas qu’on ait vraiment faim, mais on s’attable quand même. On entend bien une sorte de bruit étrange derrière le mur, mais pour l’instant on ne s’inquiète pas.
une autre vue de la gargote : au premier plan, les plats disponibles
Arrive la « maman » qui tient l’établissement. Faisant environ 10 m², aux murs faits de natte végétale, sol de ciment brut, et avec en tout et pour tout deux tables « et demi », la gargote est simple. Le contenu des popotes est présenté bien en vue aux gourmands. On choisit en montrant ce qu’on veut, et on prend des boissons. Je ne sais pas si je vous ai déjà raconté ça, ici il existe une boissons digne des têtes couronnées : le Royal. C’est en fait le nom local du Fanta orange !
Un groupe d’adolescents s’installe à l’autre table. Armés chacun d’un téléphone portable (dont on se demande comment il peuvent fonctionner, à cette heure-là il n’y a pas encore de courant électrique donc les antennes-relais sont très certainement OFF également, mais qui sait…) ils discutent et prennent une petite soupe. L’après-midi avance bien.
découverte culinaire ou prise de risque ? bienvenue dans une gargote
(Le lecteur passionné aura remarqué la présence sur la photo ci-dessus du sac à dos « plaqué mouton ». Eh oui, le même qu’à Vladivostok en 2010 !)
Ambiance de rue
Cette pause est l’occasion de profiter de l’ambiance. Au bord de la route on voit passer successivement un chien tout décharné, des tricycles, des enfants revenant de l’école. Les plus jeunes reviennent également tous seuls chez eux, parfois accompagnés et tenus par la main par leur « grande sœur » (laquelle aura dans les 6 ou 7 ans grand maximum). Tout semble paisible et serein. Aucune agressivité, personne n’est violent. Nous sommes certainement bien « cachés » dans notre gargote, mais ceux et celles qui nous voient nous observent discrètement. Visiblement, les petits blancs ne courent pas les rues ici. D’ailleurs, nous ne croiserons quasiment aucun occidental à Taytay.
Des enfants jouent sur l’échafaudage voisin. En face, un poteau électrique maintient tant bien que mal une grappe de compteurs et un spaghetti de fils sous tension. Là, un bus passe devant un chien qui dort à même le bas-côté. Chacun vaque à sa vie, et c’est passionnant à regarder. Vous l’avez compris, c’est ça que je recherche : cette immersion réelle au cœur de la vie locale. Aujourd’hui, je suis servi !
un tout petit WC sans eau ni évacuation, le luxe !
Au bout d’une bonne heure à traîner dans ce boui-boui, Arnaud envisage d’aller soulager sa vessie. Les bruits étranges derrière la gargote n’ont pas cessé, et c’est pourtant par là qu’il faut qu’il se rende… Il y va, et là, devinez quoi : c’est le drame !! (promis, un jour je vous raconterai aussi un autre drame : devoir chanter Night Calls de Joe Cocker sans le texte…)