En route pour El Nido

Nous quittons Taytay pour rejoindre El Nido, en bus

Sur le toit du bus

En ce matin délicat du 10e jour de notre périple dans les tréfonds non-touristiques de l’île de Palawan, nous avons pour projet de quitter Taytay pour El Nido. Pourquoi El Nido me demanderez-vous, ô lecteurs curieux et passionnés ? Je vous accorde à titre de préambule qu’El Nido est bien plus connu des destinations de touristes, en particulier des plongeurs et observateurs marins de tous bords. Et des touristes occidentaux d’une façon générale.

vue depuis le toit du bus (voir plus loin les détails)

Alors le temps est gris, venteux. Alors on prend un tricycle jusqu’au terminal des bus. Alors on se renseigne sur où est le bus qui part à El Nido. Alors on nous indique un vieux tacot rouillé. Alors on y grimpe, et plus précisément sur le toit. Alors on nous demande de payer 150₱ chacun pour le trajet (ci-à-côté : le ticket de bus poinçonné). Alors le bus démarre et après le rond point, prend la route d’El Nido. Alors on arrive après quelques centaines de mètres à une section où il n’y a plus d’enrobé. Alors la poussière nous poursuit, alors la chaleur devient écrasante car les nuages sont partis, alors on met de la crème solaire, on se cale comme on veut entre les ballots et les innombrables choses et passagers entassés là-haut, alors on est serein et on apprécie le voyage dans toute sa couleur.

l’environnement de Palawan le long de la route d’El Nido

Alors, on est bien, là, tranquille. C’est chouette !

A ceux qui trouveront original de se mettre sur le toit d’un bus, je signale que j’ai payé ma place au même tarif, et que comme de toute façon à l’intérieur c’était complet, c’était ça ou debout dans le couloir (et encore, si j’avais bataillé pour atteindre le couloir). Arnaud s’installe lui aussi sur le toit, un peu plus en arrière.

Olivier sur le toit du bus (on voit que je ne suis pas le seul à m’avachir dans les bagages)

Couic la tête

Qu’on n’en déduise pas que l’infrastructure routière est adaptée aux bus surchargés et sur-remplis. On arrive assez vite à un village qui semble préparer une fête locale, ils ont décoré le village avec des tas de petits fanions de couleurs. Ah en fait, quand on approche un peu plus, on voit qu’en fait de fanions ce sont des sacs plastique de couleurs différentes, attachés aux fils électriques. Et qu’ils sont à hauteur de tête. Un cri d’un passager du toit et tout le monde baisse la tête au maximum : on se couche d’un coup ! Hop, le fil électrique et ses sacs sont passés à 10 cm au-dessus de moi !!

Le car continue sa route à travers les rizières, la jungle luxuriante, de petites collines. La route est enrobée sur les portions de forte pente, pas ailleurs. On m’explique qu’il parait qu’un enrobé va être déployé sur toute la longueur d’ici « quelques années »…

Alors que je suis là, serein, sur mon toit, et que je commence à vraiment m’habituer au style de conduite sportif du chauffeur (malgré un moteur poussif et crachotant), au détour d’un virage, l’engin s’arrête. Un passager qui va descendre ?

on s'installe sur le toit pendant les réparations
on s’installe sur le toit pendant les réparations

Non ! Le car est en panne. Par chance, je suis à l’ombre (on a beau dire, en plein soleil, on est mieux à 50km/h qu’à l’arrêt). Notez que je ne vous ai pas fait le coup du drame, hein, alors n’allez pas vous plaindre ! D’ailleurs, personne ne s’énerve, personne ne se plaint. Tout le monde attend bien patiemment, et le chauffeur aidé de deux philippins (qui semblent être ses collègues car ils ont encaissé le trajet et/ou vérifié le chargement au départ) ouvre le compartiment moteur et prend un marteau de taille conséquente, puis tape.

Un vrai film. On se croirait en train de réparer un vieux truc déglingué de l’aire soviétique. Bim bim bim !Le marteau tape. Vroum, le moteur redémarre. Allez comprendre !

Panneau de basket à Palawan

Nous reprenons donc notre traversée de Palawan en car. Je remarque à l’usage du visiteur curieux que chaque village, chaque hameau, chaque école a son terrain de basket. Héritage colonial américain (ou pas, mais pour moi oui) le basket est un sport essentiel et particulièrement pratiqué aux Philippines.

El Nido : installation et premiers pas en terre touristique

L’arrivée à El Nido se fait sans histoire, on saute dans un tricycle pour aller trouver un hébergement. Le gars du tricycle (qui fait donc office de guide/aide à la trouvaille d’hébergement/transport/conseil aux voyageurs/animation musicale, rayez la mention inutile mais selon moi il n’y en a pas) nous emmène un peu en retour sur la route. On règle 30₱ et on se retrouve à négocier une chambre sans moustiquaire avec deux lits pour 500₱. On sent qu’on est à El Nido !

Le tricycle retour pour aller à nouveau à El Nido est à 20₱. Je cherche le post office (vous vous souvenez, à Taytay, je n’ai pas pu poster mes cartes postales car à la poste on ne savait pas le tarif pour envoyer une carte postale à l’international), donc ici je le trouve assez facilement. Étrangement, le bureau a l’air dédié à la poste. Encore plus étrangement, il y a un gars derrière le guichet. Terriblement plus étrangement, il comprend ce que je veux. Dramatiquement plus étrangement, il se trouve que mon affranchissement était le bon, il prend mes cartes postales, fin de l’épisode. Waouh ! (pour l’anecdote : elles sont arrivées !)

On se balade « en ville », on fait un petit tour dans El Nido à pied. On découvre qu’il y a de nombreuses officines plus ou moins développées, qui proposent de la plongée et des balades dans les îles du coin. C’est aussi pour ça qu’on est là, c’est très réputé et ça le mérite (vous verrez tout à l’heure les photos). Les prix des « tours island » (ne me reprochez pas l’écriture, je retranscris ça tel quel) varient de 400 à 700₱ et plus, accessoires en sus. Par accessoires ont entend par exemple le masque de snorkelling ou les palmes, ou d’autres trucs du genre.

Allez, remettons nous de nos émotions. On va manger dans une gargote, tenue par une mamie. On y mange bien, c’est discret et sans touristes. Et pas cher, en plus ! Photos : recto, verso !

A la gargote
la même gargote (verso)

Ensuite on continue notre découverte d’El Nido avec la trouvaille qui nous vaut la réjouissance : on réserve un « tour » des îles pour demain, tout inclus, chez Arman pour 500₱. El Nido est une petite ville qui a très nettement moins de charme que Port Barton. C’est plus bétonné et ça pue l’arnaque à touristes à plein nez. Clairement, c’est moche. Il y a pourtant de jolies choses à voir, il faut juste être un peu curieux et ne pas chercher l’esthétique d’un « beau lieu ». L’intérêt, comme souvent, c’est les gens.

On rentre à pied au cottage en 40 minutes.

le long de la route, arrêt aux stands pour ravitaillement !

Arrivant à notre cottage. On avise la tenancière des lieux, et on s’installe à sa terrasse pour y sirotter un petit rhum-coca. Tout a l’air de bien se passer, la dame acquiece à notre demande, mais tout à coup, c’est le drame !

(héhé, vous ne vous y attendiez plus, hein ?)

Le coup de la patate

Le coup de la patate

A force de voyager aux Philippines, on finit par s’attendre à tout. Mais le coup de la patate, pas encore ! Concrètement, à l’intérieur, il y a une troisième personne, outre le chien (faméliquement moisi) dont j’ai parlé tout à l’heure et un petit chaton gris. Ce vieux, car il s’agit d’un vieux, nous prépare une décoction dans des verres. Le breuvage, trouble à l’extrême, ne peut bien sûr pas être refusé.

Pris au piège
Pris au piège

D’autant qu’on est chez lui, entouré de ce qui semble être ses fils ou ses jeunes cousins. Aucun des trois ne maîtrise l’anglais, mais chacun tente sa petite phrase et son sourire pour faciliter une ébauche de conversation. Visiblement il n’y a finalement pas tant de touristes qui passent ici, et ils nous demandent ce qu’on est venu faire dans ce coin. L’idée de faire un tour en bateau sur le lac pour le plaisir semble assez les étonner.

Alors, le vieux prend une poêle qui était sur un vieux fourneau, et nous apporte tout heureux des patates douces tièdes, et une assiette plastique contenant du sucre. Il coupe les patates en quartiers avec un couteau qui démotive toute tentative de refus de goûter. Je ne suis pas forcément grand fan de la patate douce, mais l’ambiance est assez chouette. C’est un délicat mélange de « barrons-nous d’ici » et de « ces gens sont très intéressants mais on n’arrivera pas à communiquer assez pour établir une discussion« . Ajouter du sucre avec les patates douces est une bonne chose.

On va bien manger ce soir !
On va bien manger ce soir !

On prend deux photos, on finit poliment nos portions et on remercie agréablement avant de repartir. Le soleil est toujours là, un petit moment à l’ombre de l’intérieur n’était finalement pas une mauvaise idée.

On s’en va par le sentier avec lequel on est venus. On repasse vers le début du lac, il y a là des animaux qui sont en pleine liberté : veaux, canards… Devant du riz qui sèche au soleil, je ne peux m’empêcher de prendre la pose : « Eh gringo, alors il est comment mon riz ? » — comprenne qui pourra, c’était supposé être avec du café.

Alors gringo, il est bon mon riz ?
Alors gringo, il est bon mon riz ?

Passage humide
Passage humide

Dramatique retour au soleil

Le chemin du retour commence. On le sait, ça sera long jusqu’à la route… Quand tout à coup on réalise qu’il nous attend un drame : car le problème, c’est qu’il n’y a pas de tricycle prévu pour notre retour ! Et la route est un peu longue, non ? Bah, on avisera…

Le chemin en terre jusqu’à la route, à l’ombre de la jungle, nous prend 30 minutes comme à l’aller, pas de surprise. Et là, on commence à marcher au bord de la route en espérant de faire du stop ou de trouver un tricycle… Et il fait chaud. Et la route est longue. Arnaud fatigue mais ne dit rien. Je prends le temps de prendre une photo de la route. Personne à l’horizon.

ça sèche au soleil
ça sèche au soleil

Pas un camion, pas un bus, pas une voiture. De temps en temps, (peut être trois fois en une heure) un minivan bourré de touristes nous double à toute vitesse. Les quelques camions qui passeront ne s’arrêteront pas. Bref, on ira à pied.

On va mettre 1 h 10 à marcher en plein cagnard jusqu’au terminal des bus, au fameux rond-point. Même si le trajet est long et dur sous le soleil, les paysages sont vraiment chouettes, et c’est un vrai plaisir de vivre ces instants au cœur des Philippines, au bord d’une route toute simple, passant ici devant une école-église, là devant un poste de police miniature, ou parfois une simple petite maison.

retour à Taytay à pied, sous le soleil
retour à Taytay à pied, sous le soleil

C’est un de ces moments pénibles sur le coup, mais qui valent vraiment la peine. J’observe la végétation, les zones cultivées et les zones sauvages, la disposition des bâtiments qui jalonnent la route, tous les petits détails qui deviennent visibles quand on marche et qu’on ignore tout simplement quand on circule en véhicule.

Quoi qu’il en soit, je suis très heureux d’avoir fait ce petit bout de trajet, même si je crois que sur le coup, Arnaud a souffert de la chaleur et du manque d’eau. Comment ? Ah oui j’ai oublié de vous préciser qu’on avait épuisé notre gourde, et qu’autant il nous restait de la crème solaire, autant le reste… il fallait attendre d’arriver ! On se sépare donc « en deux groupes de un », jusqu’à l’arrivée au Terminal.

Jean-Mi

Là on se boit un coup, et on saute dans un tricycle, direction le Casa Rosa et Jean-Mi ensuite ! Car une fois au Casa Rosa, après avoir traîné quelques minutes dans nos chambres, on se décide à continuer nos explorations et à retrouver le fameux Jean-Mi.

Taytay dispose d'un grand bidonville en bord de mer
Taytay dispose d’un grand bidonville en bord de mer

Il nous a raconté hier qu’il aménageait/réparait/préparait un super bateau au bord de la mer, un peu plus loin sur la côte, après le bidonville. On s’engage donc dans cette nouvelle épopée : traverser ledit bidonville, suivre la côte et trouver le bateau et donc Jean-Mi. Ne sachant ni si c’est loin, ni à quoi ressemble le bateau, et encore moins à quoi ressemble la propriété où il est en squat.

Le bidonville s'enfonce dans l'eau croupie
Le bidonville s’enfonce dans l’eau croupie

Sans oublier que le chemin à suivre nous est inconnu, et que le bidonville mérite vraiment cette appellation, l’expédition semble périlleuse… Mais on n’est plus à ça près, hein !

La marée est montante, l’eau s’infiltre dans le bidonville ; l’eau est sale, croupie et polluée de déchets en tous genres (plastique, bois, etc).

Taytay : vue sur la baie avec les rochers noirs
Taytay : vue sur la baie avec les rochers noirs

Ensuite, notre chemin continue et la vue est magnifique : mer bleue, quelques nuages et quelques vagues, une légère brise, la côte est escarpée et pentue mais la promenade est vraiment belle.

Le mariage de la jungle luxuriante avec la mer et les rochers noirs est un beau succès !

Les stabilisateurs du futur bateau de Jean Mi
Les stabilisateurs du futur bateau de Jean Mi

Après avoir marché une vingtaine de minutes, on atteindra notre but : Jean-Michel, son bateau, ses ouvriers. Il est encore démonté (le bateau, pas Jean-Mi) mais a déjà fière allure. Son heureux propriétaire nous explique tous les détails et améliorations de son navire, à bord duquel il espère rapidement pouvoir naviguer mais aussi vivre et dormir.

Jean Mi nous montre son bateau en cours de travaux
Jean Mi nous montre son bateau en cours de travaux

On discute un bon moment, et Jean-Mi nous présente les propriétaires de la superbe villa dont il squatte une partie du terrain. Jean-Mi ? Son parcours est tout simplement hallucinant. Il nous explique sa vie au long cours, sur divers bateaux… et ses quelques échouages sur la côte, dormant alors que l’embarcation l’emmène vers la plage ! Il a vraiment pas mal roulé sa bosse, il a vécu aux Etats Unis où il a également un bateau qu’il destine à son fils… Mais ce qui est vraiment le plus incroyable, c’est son accent 100% frenchy quand il s’exprime en anglais.

l'hôte du squatt de Jean Mi
l’hôte du squatt de Jean Mi

Retour par la mer

Enart, notre hôte de l’instant, a une maison superbe, tout en bois et bien finie, avec bien sûr un petit générateur pour l’électricité et une vue imprenable sur la mer. La mer est d’ailleurs en train de faire des vagues, le temps se dégrade légèrement. Le vent commence à venir un peu. Et devinez comment on va rentrer à Taytay ? Par le sentier ? Non, par la mer !

A bord pour retourner à Taytay
A bord pour retourner à Taytay

Ah, quand je pense que certains croyaient nous avoir déjà vu couler au cours de ce récit, attendez de voir ce qui va arriver.

Là, on n’est plus sur un joli petit lac bien calme par beau temps. On est en mer, bord de mer certes mais mer quand même. Et le temps se gâte salement.

Visiblement, le philippin qui gère la bangka qui nous ramène ne sait pas naviguer par temps de vagues.

la côte vue depuis la mer
la côte vue depuis la mer

Un coup de face, un coup de côté à la limite de chavirer, à chaque fois on embarque un peu d’eau à bord… Les sacs sont sur le dos, le plus haut possible. On garde son calme, la navigation ne devrait pas durer plus de 20 minutes, nous dit-on.

Et tout à coup, une vague que le bareur n’a pas vue venir (ou qu’il a pris n’importe comment). Et là, c’est vraiment… le drame !

La Bête aux grognements

La Bête aux grognements

Je reste dans la gargote, seul face à mon assiette vide et à ma bouteille de Royal, tout également vide. Tremblant à l’idée des sévices que doit subir Arnaud, tant les bruits animaux et les grognements redoublent de force ; on dirait une meute de bêtes sauvages affamées prêtes à se jeter sur un ennemi pourtant supérieur en nombre. Les sons confinent au gargouillement et au couinement. J’entends grincer des planches, des bruits de pas…

Tout à coup, alors que j’en suis à me demander ce qui se passe vraiment en coulisses tant c’est une véritable sérénade animale que j’entends, je vois revenir Arnaud, tout amusé. Il me dit d’aller voir, que « ça vaut le détour »… A mon tour donc d’aller visiter les toilettes !

ça grogne joyeusement : deux beaux cochons !
ça grogne joyeusement : deux beaux cochons !

Et là, horreur, je découvre enfin ce qui faisait tout ce raffut : trois cochons sont enfermés dans un parc fermé par des planches bancales et mal ajustées, à peine fixées et faisant face à une petite cabine de fond de jardin, dans laquelle trône un magnifique siège de WC miniature du genre de ceux qu’on trouve dans les écoles maternelles. Ne cherchez pas, il n’y a bien sûr pas d’eau. Les porcs semblent passionnés par ma présence et se bousculent pour se faire prendre en photo… Il est temps de rejoindre Arnaud !

un WC aux Philippines
un WC aux Philippines

Drame à la Poste de Taytay

Vous vous souvenez que j’ai acheté des cartes postales à Port-Barton. Pour l’instant, malgré une observation attentive, je n’ai vu aucune boite aux lettres. Je décide donc de passer à la vitesse supérieure : je cherche la poste. A Port-Barton, il n’y en avait pas, et le commerce qui faisait office de service postal proposait des tarifs étrangement occidentalisés… Mais ici à Taytay, il y a un vrai bureau de poste !

drame à la poste de Taytay, Palawan, Philippines
drame à la poste de Taytay, Palawan, Philippines

En fait, la poste est un bureau dans une pièce où il y a aussi une mairie, les services fiscaux et un autre service (service du port ? service de la forêt ? police ? je n’ai pas vraiment pu savoir). Dans cette grande salle, il y a donc plusieurs bureaux. Je demande et on m’indique le bureau pour la poste… Pas de chance, il n’y a personne. Je me pose donc devant et j’attends. Arrive alors une personne. Je lui explique que je veux poster mes cartes postales, que j’ai déjà timbrées… Et là, c’est le drame.

En effet, cette personne ne sait pas si mon tarif est le bon. Il faut dire qu’il n’a jamais vu personne envoyer une carte postale vers l’Europe jusqu’ici. Il me dit de revenir dans 2 jours, le facteur officiel sera de passage, peut être qu’il saura… Mais pas de chance, moi je sera à El Nido d’ici là !

Bon là je vous l’ai raconté rapidement, mais cette collecte d’informations m’a pris au bas mot une dizaine de minutes… Chacun son rythme ici !

Rencontre

Revenant au Casa Rosa, nous rencontrons Jean-Michel, un français qui vient traîner sur la terrasse de l’hôtel mais qui est installé aux Philippines. Il nous parle de son bateau, qu’il est en train de faire aménager et transformer. C’est un homme passionnant, qui a déjà bien roulé sa bosse. Rencontre exceptionnelle, qui va nous permettre de passer de l’autre côté du miroir, et de ne plus être seulement observateurs mais d’intégrer temporairement une petite tranche de vie locale –instants privilégiés, typiquement ce que je recherche.

Il nous propose de nous joindre à lui pour une soirée chez un américain installé à Taytay, un certain Brian. On ne peut qu’accepter ! Rendez-vous est pris pour dans une heure, le temps qu’il se douche.

Le courant étant en panne ce soir, on avance dans le noir à la lumière de la petite lampe de poche de Jean-Michel.

Brian nous accueille dans sa maison, où il vit marié avec une charmante philippine, qui attend un enfant de lui. Bien qu’elle soit clairement bien plus jeune que lui, le couple fonctionne bien. Mon jugement est peut être rapide et hautain, mais je suppose un instant à un arrangement tacite à l’Irakienne (pétrole contre nourriture, sauf que là c’est pas du pétrole). On allume des bougies pour nous recevoir. Pour une personne ayant vécu déjà plusieurs dizaines d’années aux USA et aux Philippines, Jean-Michel s’acharne à avoir un accent abominablement français quand il parle anglais… mais qui semble ne gêner personne, au contraire !

la Casa Rosa
la Casa Rosa

L’accueil est chaleureux. On nous sert à manger du poisson et du riz, on nous fait boire du rhum local. La soirée est sympa, bien arrosée, et les discussions vont bon train, dans un mélange d’anglais et français mâtiné de tagalog. Extraordinaire moment qui à lui seul aurait valu le voyage. Immersion et partage de points de vues, projets, problèmes et espoirs.

Waouh ! De la vraie discussion !

Le retour se fait à bord d’un tricycle bondé (5 passagers + le conducteur)… mais nous arrivons à bon port, et avec le sourire ! Je constate avec amusement qu’ici aussi l’usage est de négocier la course. Jean-Michel nous explique qu’il négocie sa course après le trajet, pas avant. A priori, Brian fait de même. On prend note !

Tiens, l’électricité est revenue… Normalement à Taytay, il y a du courant de 5h du soir à 5h du matin. Mais des fois, eh bien non. C’est ainsi… Les plus riches ont donc un générateur.

Allez, on se couche. Demain, le projet est d’aller au Lac Danao, dont le guide par-déjà honni nous vante les charmes. Et puis, on l’avait mis au planning informel qu’on avait prévu, donc on ne va pas renoncer si près du but. Ah, escalade de l’engagement, quand tu nous tiens… Parce que, je vous raconterai ça tout à l’heure, mais cette balade vers un petit lac de Palawan va être émaillée d’un incident dramatique…

Taytay, ville oubliée

Hunting downtown for a room

en français : à la pêche à la chambre en centre-ville

une rue de Taytay, aux Philippines

On avise un troupeau de tricycles, mais leurs chauffeurs jouent à « on ne comprend rien ». Finalement, un autre qui devait avoir envie de travailler nous embarque. D’après lui il n’y a pas le choix, il n’y a qu’un seul hébergement possible : le Casa Rosa. C’est un véritable hôtel (enfin presque), situé sur la hauteur et qui domine toute la ville. On y grimpe, et là commencent les négociations. Quoi, vous n’aviez toujours pas compris ? Bien sûr que non, nous n’avons aucune réservation, rien n’est prévu.

La peur au ventre, terrorisés à l’idée de ne pas trouver de chambre et de devoir dormir dans la rue, paniqués, affolés, nous ne prenons aucun risque quand la tenancière nous annonce fièrement ses tarifs… Prohibitifs, même pour un occidental.

Bravant la folie qui nous guette et le risque d’être égorgés à chaque coin de rue de cette bourgade qui n’a rien à envier aux quartiers chauds de Bogota un soir d’orage, je me lance à corps perdu dans une négociation digne des meilleurs souks. Il faut dire que je tremble à l’idée de ne pas avoir de chambre.

au bord de la route principale à Taytay

Bon OK, c’est du gâteau. La demoiselle transige très vite pour nous proposer deux chambres, à 350₱ chacune. C’est très raisonnable, la qualité du lieu étant remarquable. Et ne vous inquiétez pas, Taytay n’a rien du descriptif que je viens d’en faire : c’est au contraire une petite ville très simple, particulièrement calme et où toutes les personnes rencontrées ont été adorables. J’ai également ici aussi réalisé un mini-plan.

Taytay peut également s’enorgueillir d’un abominable chef d’oeuvre : un « big sign » qui affiche fièrement le nom de la ville. D’après l’expérience d’Arnaud en Asie du Sud-Est, ça n’est pas un gage de grande réussite en général. Ici, ça sera juste un truc kitsch de plus.

Le Casa Rosa est constitué de bâtiments… ocres ! Non, pas rose. Ne cherchez pas, on n’est plus à une contradiction près ! Discussion sympa avec la responsable du lieu.

la forteresse de Taytay

Depuis la terrasse de l’hôtel, on a une vue magnifique sur la ville et sur la mer. On surplombe le port, et une petite forteresse que même le guide touristique mentionne. On va y aller !

LA Gargotte

On descend donc du Casa Rosa pour aller se balader un peu à pied. On avise un marché, un ou deux petits vendeurs de « trucs qui semblent se manger » (je tente une patate douce caramélisée pour 1₱), le vent se lève un peu pendant qu’on fait le tour du port. Il souffle carrément quand on arrive au fort. Ledit fort est devenu maintenant un agréable petit parc bien entretenu, il y a encore de vieux canons, des bancs, des lampes. La chapelle est bien conservée, à l’exception du toit qui a étéremplacé par une structure de fortune qui fait un rafut abominable à cause du vent. J’imagine à peine ce que ça doit donner par gros temps. Il reste plusieurs canons au fort, datant pour la plupart de l’époque coloniale espagnole.

On croise un touriste motard, on échange quelques mots. Selon le guide touristique, il y a un autre hôtel, mais le motard nous le déconseille (donc, encore une fois le LP dit n’importe quoi). Lui préfère reprendre la route dès l’heure suivante.

Arnaud avise un cybercafé, qui pour l’instant est fermé. Personne à l’horizon pour se renseigner sur les horaires, on verra plus tard. On continue notre exploration et on finit à un boui-boui. Non pas qu’on ait vraiment faim, mais on s’attable quand même. On entend bien une sorte de bruit étrange derrière le mur, mais pour l’instant on ne s’inquiète pas.

une autre vue de la gargote : au premier plan, les plats disponibles

Arrive la « maman » qui tient l’établissement. Faisant environ 10 m², aux murs faits de natte végétale, sol de ciment brut, et avec en tout et pour tout deux tables « et demi », la gargote est simple. Le contenu des popotes est présenté bien en vue aux gourmands. On choisit en montrant ce qu’on veut, et on prend des boissons. Je ne sais pas si je vous ai déjà raconté ça, ici il existe une boissons digne des têtes couronnées : le Royal. C’est en fait le nom local du Fanta orange !

Un groupe d’adolescents s’installe à l’autre table. Armés chacun d’un téléphone portable (dont on se demande comment il peuvent fonctionner, à cette heure-là il n’y a pas encore de courant électrique donc les antennes-relais sont très certainement OFF également, mais qui sait…) ils discutent et prennent une petite soupe. L’après-midi avance bien.

découverte culinaire ou prise de risque ? bienvenue dans une gargote

(Le lecteur passionné aura remarqué la présence sur la photo ci-dessus du sac à dos « plaqué mouton ». Eh oui, le même qu’à Vladivostok en 2010 !)

Ambiance de rue

Cette pause est l’occasion de profiter de l’ambiance. Au bord de la route on voit passer successivement un chien tout décharné, des tricycles, des enfants revenant de l’école. Les plus jeunes reviennent également tous seuls chez eux, parfois accompagnés et tenus par la main par leur « grande sœur » (laquelle aura dans les 6 ou 7 ans grand maximum). Tout semble paisible et serein. Aucune agressivité, personne n’est violent. Nous sommes certainement bien « cachés » dans notre gargote, mais ceux et celles qui nous voient nous observent discrètement. Visiblement, les petits blancs ne courent pas les rues ici. D’ailleurs, nous ne croiserons quasiment aucun occidental à Taytay.

Des enfants jouent sur l’échafaudage voisin. En face, un poteau électrique maintient tant bien que mal une grappe de compteurs et un spaghetti de fils sous tension. Là, un bus passe devant un chien qui dort à même le bas-côté. Chacun vaque à sa vie, et c’est passionnant à regarder. Vous l’avez compris, c’est ça que je recherche : cette immersion réelle au cœur de la vie locale. Aujourd’hui, je suis servi !

un tout petit WC sans eau ni évacuation, le luxe !

Au bout d’une bonne heure à traîner dans ce boui-boui, Arnaud envisage d’aller soulager sa vessie. Les bruits étranges derrière la gargote n’ont pas cessé, et c’est pourtant par là qu’il faut qu’il se rende… Il y va, et là, devinez quoi : c’est le drame !! (promis, un jour je vous raconterai aussi un autre drame : devoir chanter Night Calls de Joe Cocker sans le texte…)

Bus trip dramatique pour Taytay

Un bus bien chargé aux Philippines
le bus est plein à craquer

En route pour Taytay ! Après quelques pérégrinations qui sont devenues presque la norme (le bus est là-bas… ah non il est ailleurs… ah non c’est bien bien celui là-bas… ah non… ah si…) on monte à bord d’un bus presque pas flambant neuf. Le seul truc qui flamberait ça serait le carburant… et la couleur des sièges, d’un rouge plastifié vif, ambiance Happy Days à bord !

Et là, ainsi que je vous l’avais dit : c’est le drame !

Le bus est particulièrement plein, bondé, débordant de passagers à tel point que 2 philippins sont accrochés sur le marchepied de chacune des deux portes. Je passe sous silence le fait que le toit est couvert d’une épaisseur importante de bagages, surmontés d’une égale épaisseur de passagers supplémentaires. Je pense qu’on doit atteindre, sans mentir, un bon double du nombre de passagers prévus par le constructeur de l’engin.

Musique !

De toute façons, la peinture fait tenir la carrosserie, mais ce qui marche bien c’est le système son du chauffeur. Remplacé astucieusement et dramatiquement par un bricolage de sa confection, nous aurons droit à un remix de Barbie Girl à plein tube pendant une bonne demi-heure, avant que le bidule finisse par changer de chanson et à déverser de la dance à des volumes sonores que pourraient lui envier les discothèques les plus équipées !

bus à fond dans la descente
à fond dans la descente

Ceux qui me connaissent ne doutent pas de mon affection pour la musique électronique et pour la dance, mais là au milieu de nulle part, avec poussière à droite et casier à provisions à gauche, forêt luxuriante devant et route défoncée ne méritant même pas le terme vaniteux de sentier, traversant cet univers digne d’un delirium tremens à la vitesse d’un escargot essoufflé (en montée) ou d’une avalanche de classe 5 (en descente), je trouve que ça donne un peu de décalage (je parlais de la musique, si vous avez suivi).

rizière à Palawan
rizière vue depuis le bus

Dans certaines montées, malgré l’élan maximum pris par le chauffeur au mépris de toute raison et parfois même au défi des lois de la physique, il faut que certains passagers sautent en marche (mais ils vont plus vite à pied que nous) pour que le bus continue son ascension. Le paysage est superbe, là aussi particulièrement varié : des montagnes, des rizières, de la jungle, de petits villages…

la jungle luxuriante de Palawan
la jungle luxuriante de Palawan

Tout à coup, la route devient toute neuve. C’est un véritable billard, je n’avais pas vu une telle qualité de route depuis l’Europe. Le bus fonce à pleine vitesse, marquant parfois des arrêts dans les endroits les plus inattendus. A chaque étape, le ballet des colis qui montent et descendent du véhicule est passionnant. Ici c’est une série de casseroles qu’on dépose, là c’est une grappe d’enfants qui monte à bord. Le bus fait clairement le service des livraisons. Parfois, les arrêts sont vraiment au milieu de nulle part…

Après un panneau touristique antédéluvien annonçant fièrement un lac que nous irons voir ensemble plus tard (ce sera dramatique, je vous le promets), nous passons à toute vitesse devant ce qui semble être un hôpital, puis arrivons à un rond-point ! Oui, ici aussi cette gangrène dépensière et mafieuse est arrivée. Jouxtant ledit rond-point, c’est la gare routière de Taytay.

panneau indiquant le Lac Danao
un panneau touristique décrépi

Anecdote amusante : pendant le trajet, le « contrôleur » a parcouru tout le bus, majoritairement par les extérieurs (ne cherchez pas, ce n’étant pas prévu par le constructeur mais il l’a fait quand même). Pour preuve : voici mon billet qui a bien été grignoté par le poinçon !