Jour 3 : Puerto et son port

Nous sommes donc à nuit noire. Je roule doucement dans le port de commerce de Puerto Princesa, la capitale de Palawan. A ma gauche, des containers rouillés sont entassés ici et là. A ma droite, des entrepôts sombres. Le tout est vaguement éclairé par l’ampoule fébrile de ma moto. Je m’inquiète alors de ne pas voir Arnaud me suivre. Je fais demi-tour, et alors je le vois au loin, arrêté au passage de la grille entrouverte, en discussion avec les gardes. Bon j’admets, je ne me suis pas arrêté quand je suis entré sur le port, je suis passé comme si c’était normal.

Je vois alors Arnaud faire demi-tour. J’en déduis qu’il vaut mieux que je le rejoigne, et je me dirige donc vers l’entrée. C’est alors que le garde referme la grille et m’attend. Glups…

J’arrive à la grille. Le garde s’approche et me demande

the other motorbike is your friend?

C’est le genre de situations où on n’a aucun moyen de savoir s’il faut dire la vérité ou mentir comme un arracheur de dents. Bon en même temps, je suis à l’étranger, en pleine nuit dans un lieu visiblement où je ne devrais pas être, sur une moto avec un casque (seuls les touristes en ont), et ma tête de petit-blanc ne laisse que peu de doutes. Options pour la solution n°1:

— Yes sir.

— OK! Just take the street on the left, there’s a nice place there!

— Thanks!

Et il m’ouvre la grille, tout souriant. Je file sans demander mon reste. Je rejoins Arnaud et on part dans la direction indiquée. Quelques dizaines de mètres plus loin à peine, on arrive sur la « croisette » de Puerto Princesa.

La croisette de Puerto Princesa by night

Il s’agit d’une longue portion de mer aménagée, avec de petites boutiques ambulantes, des lampadaires colorés tout le long du bord de mer, et des bancs et plantes. Un vrai petit endroit sympa avec plein de gens qui viennent prendre l’air et profiter du soir. C’est très chouette, j’aime beaucoup cet endroit. Avec Arnaud on pose les motos et on se balade un coup à pied. C’est la fin de journée, et même si on s’est levés tard on est assez fatigués. Je profite néanmoins d’un instant d’inattention d’Arnaud pour m’arrêter à un stand de brochettes. J’interroge l’autochtone sur la composition de ses brochettes aux formes étranges. La demoiselle, sans se démonter le moins du monde, m’explique qu’il s’agit bien entendu d’une brochette aux intestins de poulet. Ah… donc ce tortillon gris là c’est de l’intestin de poulet ? Ma foi, pourquoi pas. Je tente ! Pour la modique somme de 7₱ je me régale (eh oui, c’est bon ce truc !).

Il n'y a pas un chat !
Il n’y a pas un chat !

Il est temps de rendre nos motos et d’aller boire un gobelet, non ? Ici non plus personne ne nous a piqué nos engins. On arrive à l’hôtel en quelques instants, on rend nos motos, et on croise… Toto !

Les soiffards de Puerto

Il n’en est visiblement pas à son premier verre de rhum-coke. Le rhum est un truc local, le « Tanduay ». Pour l’avoir goûté (voir plus loin cet épisode dramatique qui a tourné de façon… bah vous verrez bien tout à l’heure), pour y avoir goûté disais-je, le Tanduay est un rhum à très faible degré alcoolique (je dirais à peine 20°), qui se présente sous forme blanc ou ambré. La taille « junior » est celle de la bouteille de 0,375L, et coûte moins de 1€. Elle se présente sous une forme de flasque. Mais le Toto et ses amis, ils tournent à la bouteille complète de 1L. Quand ils nous proposent de partager un verre, vous n’imaginiez pas que j’allais refuser ! Attendez j’ai déjà fait deux fois la Sibérie et sa vodka, alors c’est pas un petit rhum coca qui va m’arrêter !

gargote avec TV
gargote avec TV

Et nous voilà en train de boire un verre pendant qu’Arnaud file acheter son premier paquet de cigarettes local. Il est tout content d’en avoir eu pour 30₱, il en trouvera même sur la fin à 16₱ le paquet. Je n’ose même pas vour dire combien ça fait… Si ? Et bien ça fait un paquet de cigarettes pour 0,30€. Et encore, j’arrondis en comptant les frais de change… Enfin moi je m’en fous, je ne fume pas !

Après avoir éclusé quelques verres, on quitte les lieux et on s’aventure à pied. Au premier croisement on attrape un tricycle et on lui demande de nous emmener au super bar indiqué par le Lonely Planet. Oui je sais, on avait promis d’arrêter de se fier à ce guide dont, à plusieurs reprises que je suis prêt à détailler et à défendre, j’ai eu la certitude absolue que la personne qui l’avait écrit n’était jamais venu là. Ou alors, avait un sens de la description et de la mémoire très embrumé par les vapeurs de Tanduay. Passons. Pour la somme mirobolante de 20₱, le tricycle nous dépose donc à l’endroit demandé : j’ai nommé le bar Kinabuch. Et là, c’est le drame.

Philippines: coucher de soleil
Philippines: coucher de soleil

C’est un endroit bondé de touristes. Certes très « joli » : tout en bois bien lustré, propre, avec de la musique, des tables. Très occidental dans sa façon d’être conçu. Odieusement touristique à mon sens, même si je dois bien admettre qu’on y a passé un bon petit moment, mais sans la moindre once d’immersion locale. Or, c’est quand même ce que je suis venu chercher ici. Bah, je fais mon difficile une fois rentré, mais sur le moment j’ai passé un bon moment, alors soyons honnêtes. On boit donc quelques coups, et on repart tranquillement à pied. On reprend donc la « Rizal av. » qui est cette fameuse route toute droite de l’aéroport à la mer, et qui traverse Puerto Princesa de tout son long. D’ailleurs, je ne vous l’ai pas encore dit, mais l’aéroport est en pleine ville en fait !

Sur le chemin du retour, on passe devant une sorte de stade municipal. C’est une arène couverte, sans côtés fermés, où des philippins jouent au basket. J’en vois un ou deux faire des mouvements de sauts et de danse. La circulation des tricycles et autres véhicules est un peu moins dense, le soir, mais ça reste très chaotique. Un peu plus loin, on s’arrête pour une connexion Internet : un petit cybercafé (sans café) est installé. Le tarif pour utiliser un ordinateur est de 15P de l’heure.

On rentre ensuite à notre hôtel. La gargotte est fermée, il est tard. On se couche, et demain il faudra se lever tôt car Toto nos a indiqué à quelle heure part le bus pour Sabang. Or il faut compter 20 minutes de tricycle pour aller au terminal de bus depuis l’hôtel. En effet, le terminal des bus est situé au Nord de Puerto, au « new market ». Notre projet de demain est donc, vous l’avez compris, de nous rendre à Sabang en bus.

Reveils programmés, on se couche. Et devinez quoi, au petit matin ?

Jour 3 : prison bikers

Prison bikers

…il se met à pleuvoir ! La route est trempée en quelques minutes. Mais ça

Jungle des Philippines
Jungle des Philippines

ne m’arrêtera pas, surtout que ça s’arrête quasiment aussi vite. Je reprends le guidon et à fond vers le Sud ! Suivi de loin par Arnaud, je trace à travers la prison Iwahig, qui est une sorte de ferme-parc-zone géant où des prisonniers travaillent. J’ai surtout vu des rizières et des bicoques pourries, mais bon, je crois que c’est la première fois que je faisais de la moto en prison !

Rivière sans relief et pont en béton
Rivière sans relief et pont en béton

La route est super belle, il n’y a pour ainsi dire quasiment personne. De temps en temps, on croise un jeepney ou un van. Quand ils nous doublent, les véhicules klaxonnent. Au début ça nous a un peu désarçonnés, on se demandait bien pourquoi.

Prison aux Philippines
Prison aux Philippines

Je pense finalement que, comme dans d’autres pays (j’ai fait le rapprochement plus tard), c’est une mesure de précaution liée au double fait que 1-personne ne regarde dans son rétro-viseur et donc ça évite d’être surpris par un véhicule qui vous double et 2-il y a peu de circulation donc on peut se permettre ce genre de méthode. J’avais déjà vu ça aux Baléares et en Algérie sur la transsaharienne (oui les photos de la wiki sont de moi, héhé je fais mon malin, promis un de ces jours je vous raconterai ce voyage aussi !) — hum hum, revenons donc à nos moutons, à savoir notre balade en brellons.

Le chevalier et sa monture
Le chevalier et sa monture

On finit par tourner dans un village, Arnaud voulant voir la mer. Oui je sais, on est aux Philippines depuis déjà 3 jours, c’est un pays avec des tas d’îles, d’ailleurs on est sur une îe, et on n’est pas encore allés à la mer. Faut savoir faire attendre les bonnes choses !

Panneau de basket en bord de route
Panneau de basket en bord de route

Mais le sieur Arnaud a raison, donc à l’instinct je prends à gauche, je passe devant le panneau de basket, je reprends à gauche après la section en gravier, on fait un peu de trial pour passer un fleuve, enfin une rivière, bon d’accord, c’est un petit ruisseau. Mais je suis sûr qu’il se jette dans la mer, donc c’est un peu un fleuve non ? Et donc, à gauche je disais, on arrive au port de Mangingisda ! Tada !!

Quoi ? Comment ça le panneau de basket ? Ah oui, y’en a un au bord de la route, en pleine jungle. Me demandez pas pourquoi il est là, il y est, il n’y en a qu’un et c’est déjà ça. Non mais, quels curieux, toujours à m’interrompre en plein récit dramatique !

Plus on s'éloigne et moins la route est bonne
Plus on s’éloigne et moins la route est bonne
A l'approche du port
A l’approche du port

Port de Mangingisda

(visible sur Google Earth pour les curieux : 9°41’13.59″N 118°44’59.80″E )

Le port est à la fois simple, mignon, usé et touchant. Je ne sais pas trop comment exprimer ça en fait, mais je l’ai trouvé exactement comme j’aurais voulu en trouver un : un peu par hasard, au bout d’une route, avec ce sentiment de liberté qu’offre la motobylette dans un pays lointain, avec des bateaux et des gens qui traînent, mais en même temps très familial et local. Un chouette petit port, quoi.

Bateaux sur le port
Bateaux sur le port

J’avise une petite boutique (enfin, on appellera ça une boutique, mais à part le fait que j’y vois quelqu’un et que je suppose que les petits pains qu’elle tient sont à vendre, rien ne précise que c’est un commerce). J’achète un petit pain fourré en forme de pain à burger . La femme qui tient ce gourbi me regarde avec un grand sourire, me dit « five pesos only » et me donne le petit pain. Je n’ai aucune idée de ce que peut bien contenir ce petit pain. Après enquête, il s’agit de beurre de cacahuette. Miam! Et je dois vous l’avouer aujourd’hui, j’ai vécu 1 an au Québec, j’ai eu possibilité de manger tout plein de (soi-disant) bon beurre de peanut, et bien celui-là était bien meilleur ! C’est ça, le goût des vacances !!

Vue du port
Vue du port

Sur le port, au bord du quai, il y a plusieurs personnes. Les gens discutent tranquillement entre eux, personne ne s’inquiète de notre présence. L’ambiance est sereine. Au bout du quai, deux véhicules sont en train d’être déchargés sur des bateaux. On s’asseoir là, les pieds pendants, et on regarde les bateaux et la mer. Premier étonnement : tous les bateaux ont ici une sorte de double balancier-stabilisateur, quelle que soit leur taille. La maniabilité au port en est réduite, mais la stabilité en mer est grandement améliorée. On verra d’ailleurs plus tard que c’est une bonne chose (voir : « noyade dans le port de Taytay, bientôt sur vos écrans, suivi de près par « écopant le bateau qui fuyait », également bientôt sur vos écrans même si ce n’est pas le même bateau, mais n’allons pas trop vite, un drame à la fois !)

bangkas de pêcheurs
bangkas de pêcheurs

L’ambiance calme et détendue de ce petit port me plait. Je me sens bien, ici dans cet endroit où je crois percevoir une vie plus tranquille. Je sais pourtant bien que tout le monde ici est dans un niveau de pauvreté important, mais je ne vois pas de malheur. J’ai l’impression que tous ces gens sont sympathiques. Je n’ai pourtant pas été plus loin que cette impression. L’envie de s’approcher, de créer le contact, a été moins forte que le respect que je me dois d’avoir : je ne suis pas dans zoo.

le quai et les bateaux
le quai et les bateaux

L’intrus ici c’est moi, et je me dois d’avoir une certaine retenue, une certaine discrétion. Respect, simplement. J’observe donc doucement ce qui se passe sous mes yeux : scènes simples de vie quotidienne. C’est un chouette

Coucher de soleil sur la même rivière
Coucher de soleil sur la même rivière

moment ! Rare.

On retourne à nos motos, et on rentre. On repasse par le village, on double et on croise de nombreux élèves en uniforme. Les petits se tiennent pas la main, probablement entre frères ou entre sœurs, peut être voisins avec voisins et voisines avec voisines. Plusieurs nous adressent des « hi what’s your name? ». Gasp!

C'est une moto ça ?
C’est une moto ça ?

Je ne m’y ferai jamais de voir des petits de quelques années à peine maîtriser la langue de Dora l’exploratrice (oui je sais, chacun ses références, et on en reparlera quand vous aurez des enfants

en maternelle).

Le temps presse car la nuit approche. On ne s’arrête donc pas à la Crocodile Farm ni aux sources chaudes. De toute façon, y’en aura d’autres. Au retour, je prends une photo depuis le même pont, le soleil commence à bien baisser et la vue est jolie.

Pour les éventuels futurs visiteurs de Palawan je vous laisse le scan de la carte touristique fournie :

Puerto Princesa by night

Philippines: coucher de soleil
Philippines: coucher de soleil

Sur la route du retour, on constate plusieurs stands avec des brochettes. Je m’arrête à l’une d’elles, on achète une brochette pour 5₱. Elle semble composée d’une sorte de barde couverte au pinceau d’une sauce graisseuse. Et c’est pas mauvais du tout. Arnaud bougonne que ce n’est pas un morceau noble. Tu m’étonnes ! Vous découvrirez au fil de ce récit, chers lecteurs attentifs et dramatiques, que je suis curieux des « spécialités » locales, et que donc tout ce qui m’interpelle finit par être goûté, pour le meilleur. Et pas pour le pire, puis-qu’après plusieurs voyages à ce rythme, toujours aucune tourista n’est à déplorer (ça ne garantit rien pour l’avenir, mais c’est déjà ça de gagné).

A la nuit tombée, à Puerto Princessa
A la nuit tombée, à Puerto Princessa

L’arrivée à Puerto est tardive, la nuit est tombée. Il est environ 18h30, et il faut dire qu’on avait annoncé au taulier qui nous a loué les brellons qu’on rentrerait « rapidement, pas tard ». Bah qu’à ça ne tienne, on va quand même faire un détour sur la croisette, et avant ça se faire interpeller par les gardes en voulant entrer en douce sur le port de commerce. Ah zut, j’ai déjà lâché l’info. Bref, ce soir, j’entre sur le port de Puerto Princesa en pleine nuit avec mon engin motorisé à deux roues, et alors qu’Arnaud passe la grille, c’est le drame !

Jour 3 : Puerto Princesa

…je n’ai même pas le temps de finir d’avancer vers le comptoir que la miss me dit

I’m sorry we’re fully booked*

*désolé c’est complet

So Lonely…

Gasp. Toto avait vu juste ! Tant pis, on a un 2e lieu sur le Lonely Planet, on y va ! Et on donne donc cette nouvelle adresse à Toto, qui nous y conduit sans sourciller. La nuit est noire. Le phare est éteint car ça monte un peu (oui enfin je sais, faudrait un niveau laser pour le savoir, mais Toto il est du coin, et faut pas faire chier Toto quand il conduit la nuit sans phare au milieu de la circulation). Bin quoi, vous n’espériez pas que tout le monde irait dormir à 18h, si ?

découverte de Palawan
découverte de Palawan

Bon je vous la fais courte : le 2e hébergement est également complet. On va donc aller chez le pote à Toto. Là, on a une chambre, on est crevés, saleté de décalage horaire. Je crois que je n’ai même pas négocié le prix, c’est dire ! On laissera même un petit pourboire à Toto pour la peine d’avoir subi nos caprices de touristes biberonnés au Lonely Planet, et on prend la décision irrévocable et définitive de se démerder grâce aux tricycles pour trouver des hébergements, et à ne plus utiliser le Lonely pour ça. Excellente décision, comme le confirmera la suite du voyage.

Une fois nos bagages posés, on redescend pour aller faire un tour découverte de Puerto by night à pied.

Mais c’était sans compter sur Toto, qui insiste lourdement pour nous expliquer que le taulier loue des motos. OK Toto, on a compris, et il a bien vu que tu nous l’avais dit, c’est bon. Mais il a déjà du tirer un peu sur la bibine, le Toto. Pas grave, on décanille, et on file en ville à pied. On fait un tour tranquille, j’aime bien cette ambiance de douce pagaille, mais sans la moindre agressivité. Bien sûr il y a des tût-tût et des pouêt-pouêt, mais personne ne crie, personne n’insulte personne. C’est très agréable.

Dîner immersif

On finit par se trouver une belle et tendre gargote bien insalubre et bien « locale ». Je voulais de l’immersion,visiblement Arnaud aussi. On est donc là, tous les deux, à grignoter un plat local fait par une mama locale, sur une table qui n’a pas du voir un touriste depuis 20 ans, dans une petite salle abritée par un toit en feuilles de palmier/cocotier/truc à tronc haut et fin et à longue feuilles pointues. Sur la table à côté il y a deux gars. Tout le monde regarde avec le regard joyeux d’un veau mort une télé mal réglée qui diffuse une sorte d’émission prédigérée où des gens applaudissent des artistes ou des célébrités. Enfin, on dirait un truc de ce genre.

Royal
Royal

Coût total du dîner-spectacle : 90₱ (soit moins de 2€, boissons incluses, eh oui ne cachons rien, on a bu un coca chacun, ah bin oui mon bon monsieur c’est le prix à deux que je vous ai indiqué). Faut dire qu’à l’époque, on demandait encore du coca, on n’avait pas encore découvert le Saint des Saints (qui a dit Sein des Seins) : j’ai nommé le Royal ! Qui n’est en fait que du Fanta renommé. Je suppose que Fanta, en filipino, doit vouloir dire un truc crade ou ridicule.

Retour à pied à l’hôtel, dodo. Demain, on sera des riders !

Jour 3 : Puerto Princesa

Nous nous levons à l’aube, et encore un peu fatigués pourtant. Vérification faite, Arnaud m’indique qu’il est environ 14h30. Oups ! Bon, comme prévu on va louer des motos (enfin, des petites motos, hein, faut pas déconner) à l’hôtelier la personne qu’on trouve en bas de l’escalier. Après quelques échanges de pesos et le squat du passeport d’Arnaud (voyez comme j’ai finement prévu le coup du drame dont on parlera tout à l’heure, et que c’est lui qui laisse son passeport), on nous remet donc les deux motos brellons.

Le chevalier et sa monture
Le chevalier et sa monture

Le mien n’a plus de frein, à part un frein à pied à l’efficacité douteuse. On m’explique rapidement le système des vitesses (bin oui quoi j’ai jamais conduit une moto avant aujourd’hui, moi !) on me donne mon casque, et c’est parti. Notre première destination est donc l’aéroport, car Toto nous a expliqué que c’est le seul endroit où on peut trouver une carte du coin sans se ruiner. On y va. Petite satisfaction personnelle : j’ai un bon sens de l’orientation, donc pas de problème pour trouver l’aéroport. Une fois là-bas, je me fais en effet refiler une « Map of Palawan ». Bon, en fait, c’est surtout une map simplifiée de Puerto, et des alentours touristiques. Un coup d’oeil, et c’est rangé, on ne s’en servira pour ainsi dire plus.

L’autoroute des vacances… ou comment se retrouver en prison !

Nous prenons la « National Highway » en direction du Sud. Donc du Nord, bin oui, le Sud faut passer par le Nord pour y aller, à cause de la baie qu’on contourne ensuite.

Pont en béton avec bus local
Pont en béton avec bus local

En fait de Highway, ce qu’on appelle highway à Palawan, c’est une route bétonnée. Sur la portion qu’on va prendre aujourd’hui, il y a même deux voies, le luxe ! On roule donc à fond entre les tricycles bondés, les jeepneys pleins à craquer, les bus surchargés, les camions fumants et quelques voitures (si si, il y a des tarés qui en ont !) ; on fait le plein pour moins de 4€. C’est ce jour-là qu’Arnaud s’est fait refiler sa pièce de 25 sentimos, impossible de l’utiliser ensuite (en même temps, ça vaut environ 0,004€) !

Il est assez facile pourtant de circuler là dedans, et c’est avec plaisir que je découvre l’ivresse de la route en moto. Bon allez, assez rigolé, je vous montre l’engin. Ouais, je sais, c’est à peine une mobylette, mais bon, c’est ce qui se faisait de mieux ! Et ne me demandez pas à quelle vitesse ça monte, le compteur est débranché de toute façon.

En route pour Mangingisda (c’est là qu’on va, même si à ce moment-là on ne le sait pas encore) ! Je m’arrête sur un chouette pont en béton tout neuf (au verso, mais la photo n’a pas été prise, un vieux pont tout pourri). A gauche de la route, c’est la jungle. A droite aussi…

Bienvenue en Prison !
Bienvenue en Prison !

La route est principalement confectionnée en un assemblage de plaques de béton. Parfois, des sections sont recouvertes d’un enrobé douteux. Parfois, il n’y a rien, ni enrobé ni béton, on roule donc à même la terre battue et les graviers. Après une bonne quinzaine de minutes, on arrive à une étrange grille de bienvenue et à un panneau explicatif : nous sommes arrivés en prison. Ne doutant de rien, je sors mon appareil photo, clic-clic, et là, c’est le drame !

Jour 2 : Manille – Puerto Princesa

Le drame ! Notre chambre est un minuscule réduit. C’est tout rikiki ! On est tellement crevés qu’on s’en fout (et d’ailleurs, en fait, je m’en fous vraiment, on n’est juste là que pour dormir une nuit !).

Bref, on se couche et hop au dodo. Réveil positionné pour un lever pas trop tard le matin. On va donc peu dormir !

Demain : l’objectif sera de trouver notre vol pour Palawan (et donc pour sa capitale Puerto Princesa).


Jour 2 : Manille – Puerto

Manille le matin

Le réveil sonne, j’ouvre les yeux. Je me dirige vers la salle de bains/WC. Je découvre une petite casserole en plastique –quelqu’un a du l’oublier là, et je me débarbouille rapidement. Arnaud est prêt également très rapidement, on sort pour découvrir les alentours, sans se douter de ce qui nous attend. Ce sera un des points positivement agréables de ce voyage dramatique (eh oui, un drame par page, ça colore un voyage) : l’efficacité de « démarrage » de notre duo de choc.

Olivier à Manille
Olivier à Manille

Le choc est là : rues grouillantes de voitures, bus, jeepneys, piétons passant partout et en tous sans, klaxons, humidité (il bruine un peu, à moins que ça soit la pollution de l’air qui se condense ?) et odeurs de terre mouillée, de poussière, de fumées d’échappement, de foule, de friture, relents et remugles divers et (a)variés se précipitent en désordre violent à ma vue et à mon nez.

Aoutch ! Premier « vrai » contact avec l’Asie du Sud-Est urbain. Quelle claque !

Et, étrangement, ça me plait bien ! On erre un peu dans le quartier. Je découvrirai plus tard que nous sommes au niveau d’un croisement de deux lignes de métro aérien, au niveau de la station « EDSA ». On prend d’ailleurs le métro à destination d’intramuros, pour cela on remonte vers le Nord via la ligne jaune et on sort à « Central Terminal ». Je suis tout à fait d’accord avec Arnaud qui a dit « on ne connait pas un pays tant qu’on n’a pas visité les chiottes et pris le métro ».

Le prix du billet est très bas (15 ₱). Il est différent selon le trajet prévu. Pour ainsi dire, pas de queue à la caisse. Le métro est climatisé, pas trop bondé. Par chance, pas de pickpockets, nous croiserons plus tard des français qui se seront fait détrousser intégralement dans le métro. J’avoue qu’à ce moment, peut être à cause du décalage horaire, je n’y ai pas du tout pensé, je reste bien sûr toujours attentif mais sans plus. Je m’estime donc chanceux, sur ce coup-là.

Un jeepney
Un jeepney

On sort du métro, et après avoir décliné les propositions financières d’un promeneur de touristes, on arrive à la visite d’Intramuros, le « must see » de Manille. Enfin selon le guide, car j’avoue n’avoir pas été plus emballé que ça. Non pas que ça soit moche ou inintéressant, mais ça ne mérite pas le voyage, à mon humble avis.

Pour vous faire un descriptif sommaire : au milieu de Manille il reste une zone entourée de remparts, qui s’appelle Intramuros. A l’intérieur, quelques bâtiments historiques côtoient des maisons modernes et des segments urbains en quasi-friche ou à l’abandon. Ruelles sordides et rues goudronnées se mélangent. J’aime bien l’ambiance, mais pas plus et pas moins qu’ailleurs.

Jeepneys à Manille
Jeepneys à Manille

Rien d’exceptionnel, donc, mais regardez plutôt ces quelques photos.

 

 

Cet espèce de véhicule étrange, à l’intermédiaire entre une jeep, un bus, un camion et un truc en tôle kitsch est un « jeepney« . Il a les fonctions croisées de tout ce que je viens de décrire.

Manille
Manille

Ci-dessous, à gauche : la cathédrale de Manille (dans Intramuros). A droite : le City Hall de Manille (pas dans Intramuros, mais juste à côté, de l’autre côté de l’avenue Padre Burgos). En t-shirt moulant rose, Arnaud, chacun ses goûts.

Rose à Manille
Rose à Manille

Intramuros donne, quand on en ressort côté avenue Padre Burgos, sur le bout nord du parc Rizal, et sur un golf. En pleine ville, eh oui, ils n’ont peur de rien ! La bruine recommence, et en même temps le soleil est là. Lumière !!

Nous finissons notre visite dans ce quartier et reprenons le métro aérien à destination de notre quartier de base, EDSA.

Manille "intramuros"
Manille « intramuros »

On profite de notre petit tour dans le quartier EDSA pour trouver un accès Internet (il y a des cybercafés partout, dans chaque centre commercial, aussi petit soit-il). Le tarif annoncé est de 15₱/h. On fait donc allumer un ordi et on regarde les tarifs en ligne pour les vols de la journée à destination de Puerto Princesa, capitale de l’île de Palawan, où nous voulons passer nos vacances. Les tarifs oscillent autour de 2 800₱ chacun pour l’aller simple. A titre de comparaison, ça fait un vol domestique tous frais inclus d’environ 1h15 à un tarif de 50€. Allez chercher ça chez Air France pour un vol intérieur… On hésite un instant, et on quitte donc le PC pour retourner dans le Shopping Center. Le tenancier du cybertruc n’étant pas là, on ne peut pas payer ! On reviendra… Bref, ceci vu, on avise une petite échoppe qui doit probablement être une agence de voyage, si j’en crois les panneaux « Philippine Airlines » et autres « Negros Navigation » qui ornent le plafond, le sol, les murs… On demande donc à la demoiselle son meilleur prix pour notre vol. Elle nous annonce alors 2 588₱ chacun, taxes incluses. C’est donc OK ! On paye, en cash bien sûr, et là on la voit partir dans son porte-monnaie perso pour y trouver la monnaie, elle fait les fonds de tiroirs, et finalement arrive à nous rendre notre monnaie avec le sourire. Les billets électroniques sont imprimés sur du papier particulièrement fin et de qualité médiocre, avec une imprimante à aiguilles poussive. Mais bon, ça marche, et c’est bien tout ce qu’on veut ! Je retourne alors au cybertruc pour payer notre connexion Internet. Le gars me dit que, vu qu’on l’a très peu utilisé (à peine 10 minutes c’est vrai), c’est cadeau. La classse ! Je commence décidément à bien aimer les Philippines– le pays hein, pas les filles, me faites pas dire ce que j’ai pas écrit[mention spéciale pour Christian qui a réussi à me sortir ce gag le premier !].

On ressort, Arnaud est serein et moi aussi d’avoir nos billets. Le vol est pour 16h, on a le temps de traîner un peu, d’aller manger au resto de l’hôtel (on a découvert le matin qu’on avait, outre les petits déjeuners, le lunch inclus aussi).

Après un repas de riz et de viande en sauce (le fameux « adobo », ce plat qu’on retrouvera partout ensuite), on saute dans un taxi à destination de l’aéroport NAIA, terminal 2. C’est un vrai taxi avec compteur, waouh ! Pour la peine, il gagne un pourboire de 30₱.

Notre vol est celui de Philippine Airlines. Le service est impeccable, l’horaire parfaitement respecté. A noter que quand on veut prendre un vol domestique, on doit payer 200₱ au terminal, sorte de taxe d’aéroport. Lors du retour par vol international, la taxe est de 750₱, et par contre au retour, au départ de Coron-Busuanga, on ne payera que 20₱. A chaque fois, il est possible de payer en dollars américains en lieu et place des pesos si on n’en a pas (le taux de change est, bien sûr, particulièrement défavorable). Je profite de ce que je parle de dollars pour une première remarque sur un fait qui m’a marqué particulièrement pendant tout le voyage aux Philippines : les très nombreuses preuves d’une influence forte américaine. Quelques exemples sous forme de petits détails, qui parleront aux globe-trotters : les feux routiers sont de l’autre côté de l’intersection, les prises électriques sont à deux broches plates parallèles style USA, bien qu’on soit en 220V, les noms des rues sont affichés en blanc sur vert suspendu sous les feux (voir photo ci-dessus), le sport national est le basket… et quand on les cherche, ces détails sont légion. Amusant !

Nous atterrissons et sommes donc enfin à Palawan ! Après avoir récupérés nos bagages, une personne se tient à la sortie du terminal pour récupérer les bandes autocollantes que les compagnies fixent sur les sacs et valises. Je ne sais pas pourquoi, car aucune vérification n’a lieu. J’en déduis que c’est peut être pour éviter que tout le monde jette ça dans le décor, ce serait donc pour moi une action « verte ». Et après tout, pourquoi pas, puisque Palawan est dans un programme « vert et propre ». J’ai d’ailleurs remarqué avec un plaisir réel que toutes les villes et villages, mêmes les plus pauvres, étaient vraiment propres et bien nettoyés. Je tire mon chapeau !

Puerto Princesa

Dès notre sortie du terminal, un chauffeur nous aborde. C’est Toto (on le saura plus tard). Il nous exhibe fièrement son permis/accréditation/autorisation/papier sous plastique et nous indique son tricycle. On s’y rend tout souriants et on se renseigne sur le tarif de la course avant de monter à bord. Vous avez vu, on est bien disciplinés, on a bien lu le guide Lonely Planet, et on suit ses conseils à la lettre (avec le succès qu’on sait, voir plus loin un certain drame). Toto nous annonce donc 50₱ et on monte tout contents dans son tricycle.

On explique à Toto où on veut aller. Pas d’hésitation, il comprend tout de suite, et c’est parti ! Le long du trajet, la nuit tombe (oui, la nuit tombe vite, comme partout d’ailleurs mais je ne m’en étais jamais fait la remarque). Le long du trajet Toto essaye de nous faire changer de destination en nous vantant les mérites d’un super endroit qu’il connait bien. Après enquête (voir plus loin), on comprendra qu’il y passe ses soirées à écluser des rhum-coca avec des potes. Ceci dit, on décline gentiement son offre. Profitons des quelques instants de ce trajet pour décrire précisément ce qu’est un tricycle !

C’est une mobylette (le terme de moto serait inenvisageable, déjà celui de mobylette est exagéré quant à la puissance de l’engin), c’est une mobylette disais-je avant d’être interrompu par moi-même, c’est une mobylette à laquelle on a fixé une sorte de carcasse métallique et ajouté une roue à droite, formant au total un hybride inspiré (vaguement) d’un side car, mais à habitacle commun. Encore que le terme d’habitacle soit douteux. Le compteur de vitesse est bien entendu systématiquement débranché, le moteur hurle à tout rompre qu’on pourrait pourtant aller plus vite en courrant à côté, mais bon, ça transporte son petit monde. Question éclairage, Toto éteindra son phare dans les montées en espérant ainsi récupérer un brin de puissance et éviter de caler (pourtant à fond sur les gaz). Après une dizaine de minutes de ce régime, nous arrivons à l’hébergement. La route de l’aéroport à Puerto est une unique et longue ligne droite. Au dernier moment, Toto tourne et prend à gauche. La ruelle sombre est garnie de trous et de pierres. Nids de poule ? Si seulement ! On se demande si le tricycle tiendra le choc, heureusement oui ! Les tiges de métal grincent, tordent mais ne rompent pas.

L’engin s’arrête juste devant un joli bâtiment de bois bien tenu.

Je descends prestement du tricycle. Ce dernier coupe le moteur mais reste là. Il se douterait d’un truc ? J’avance bravement et fièrement vers le comptoir. Une charmante demoiselle, souriante, me regarde et s’enquiert de ma demande.

Et là, alors que je m’apprête à lui expliquer que nous souhaitons une chambre, c’est le drame.

Jour 1 et demi : premier jour aux Philippines

Le drame, c’est qu’il est 1h du matin (heure locale), on a 15h de vol dans les pattes, on est crevés, on ne pense qu’à une chose : un lit ! Et on se retrouve donc dans une antre glauque du commerce philippin. Car on ne dirait pas, mais cet endroit étrange où, au cœur de 8m² mal agencés se concentrent plus de 10 personnes, c’est une agence de voyage. Ou un truc qui y ressemble. Je vous assure, imaginez une pièce crasseuse, vaguement éclairée par une ampoule (écologique, eh oui mon bon monsieur, ici aussi on est écolos, non mais !), des gens le regard vide, l’air hagard, avachis sur des chaises en plastique genre mauvaise terrasse hard discount, un comptoir qui n’en est pas un, et un adolescent plongé en contemplation devant un écran d’ordinateur portable hors d’âge. Voilà donc le décor. On en conclut que la demoiselle nous a donc emmenés là pour essayer de nous vendre des vols pour Puerto Princessa, le lendemain (enfin le jour même, puisqu’on est déjà demain vu qu’il est 1h du matin. Vous me suivez ? On nous annonce deux tarifs, autour de 4500-5000₱.

L’un comme l’autre sont très supérieurs à ce que nous avions vu sur le net (environ 1800 ₱). OK on avait regardé il y a longtemps, les prix ont pu changer. OK, le prix proposé est eut être pour deux (on se posera la question plus tard –la fatigue aidant, on n’a même pas demandé, on s’est rendu compte de ça le lendemain). J’avoue que, n’étant pas encore en mode « Philippines », et que mon cerveau fonctionne donc encore à l’occidentale à ce moment-là, je flaire une arnaque. Arnaud n’étant guère plus enthousiaste, nous déclinons les propositions. Tout à coup surgit alors une nouvelle proposition, vers les 2800₱ (pour un vol l’après-midi). Nous en concluons qu’il est temps de quitter les lieux.

Pour éviter à notre interlocutrice de perdre la face, je lui demande son nom et son téléphone et lui propose de l’appeler le lendemain. Elle tente malgré tout de nous faire acheter tout de suite

maybe tomorrow it will be too late

Ouais, bin ce sera peut être too late, mais là je veux aller dormir. Elle comprend bien qu’on n’achètera pas. Elle abandonne et nous laisse sortir. Conclusion : si à votre arrivée l’aéroport Theresa (09291009921) vous emmène au Samel Travel & Tours, vous savez ce qu’il en retourne. Ah aussi, tiens, dans le même « établissement » se trouve un coin Money Changer, doucement appelé le « Melpop’s Money Changer », tenu par un homme ronflant discrètement. Je dis ça, c’est juste pour couronner le tableau.

On repart donc vers le « taxi » (qui s’embourbe à essayer de nous expliquer que sa voiture blanche est en fait un taxi spécial de l’aéroport, même si aucun compteur ni aucune identification légale ni même le super badge qu’ils ont habituellement tous autour du cou et qu’ils exhibent si fièrement d’habitude aux touristes, bla bla bla). On négocie le trajet à 200₱ pour aller à notre hôtel; j’avais en effet demandé à Arnaud de nous réserver l’hôtel de la première nuit, pour nous éviter ce stress –bonne pioche ! Le chauffeur nous y conduit. Ce n’est pas très loin.

A l’arrivée, il demande 250₱, mais comme on n’a que des billets de 100₱, on en reste à 200₱. Il fait la gueule mais accepte. Avec le recul, c’est un prix tout à fait raisonnable, même à Manille, même la nuit.

Nous découvrons donc le palace qu’Arnaud nous a réservé. Grand hall d’entrée éclairé, gardien, bagagiste, réceptionniste. Tout ce monde sourit, à presque 2h du matin. Chapeau !

Pas de drame : la réservation est bien valide, prépayée. On nous remet notre clé, le bagagiste nous accompagne. Les couloirs sont larges et couverts d’une belle moquette.

Le bagagiste nous ouvre la porte. La lumière s’allume en mettant la clé, comme dans plein d’hôtels. Nous découvrons notre chambre, crevés. On s’avance pour trouver un lit moelleux et confortable, et se jeter dans les bras de Morphée.

Et là, c’est le drame !

Jour 1 : Paris – Hong Kong – Manille

Mesdames et messieurs, l’aéroport n’arrive pas à nous ravitailler, nous devons attendre la signature des certains papiers, nous aurons 40 minutes d’attente…

(je passe le détail, en fait on nous annonce 20′ puis 15′ puis encore 20’…)

Alors que le plein est donc fait (on nous fait même éteindre les trucs électroniques pendant le refuelling) et qu’on pense pouvoir partir, nouveau rebondissement : le plein a été fait mais personne ne peut dire au commandant dans quel réservoir et quelle quantité. Vérifications manuelles et paperasse supplémentaire. On perd encore 45 minutes. Je passe sous silence les attentes entre chaque phase de ce roman.

Bref, au lieu de décoller à 23 h, nous nous envolons de Paris à presque 2 h du matin. Les vacances commencent bien ! Bah, on va pas en faire tout un drame ! (si ?)

Hong Kong

Terminal aseptisé et musique douce (atroce : une reprise à l’accordéon électronique, sans paroles, de « Aux champs-Elysées », beurk). Signalisation impeccable. Sièges confortables. Boutiques ouvertes 24h/24. Personnel souriant (si si, ça existe !!).

Boarding-Pass-HongKong-Manila
Boarding-Pass-HongKong-Manila

Le passage par Hong Kong est rapide et agréable. Un petit SMS est envoyé et nous revoilà à bord d’un avion pour foncer sur Manille ! La fatigue commence à se faire sentir.

On décolle. Le vol est court, environ 1h30. L’arrivée à Manille est sans histoires, une petite fiche d’immigration comme pour tous les pays. C’est alors que je vois une case « transportez-vous plus de 10 000 ₱ » Gloups. Ce serait donc interdit ? Tant pis, je coche non (souvenez vous : nous avons chacun 35 000 ₱ en poche). Le douanier me regarde d’un œil étrange.

Visa-Entree : bienvenue à Manille
Visa-Entree : bienvenue à Manille

Et me tamponne mon passeport. Pas de drame, ah ah, vous y aviez cru ? Je regrette que, comme bien des douaniers de bien des pays, il ait été dispensé de dire « welcome ». Ou alors il faut envisager une prime mondiale de politesse ?

Manille

Nous récupérons nos bagages, et alors qu’on sort dans le terminal et que des taxis se précipitent pour nous proposer leurs services, Arnaud me rappelle une idée folle : nous avons prévu de nous renseigner à l’arrivée, aux comptoirs des compagnies, pour notre vol de demain pour Palawan. On avise alors un escalator : arrêté. Un autre : il marche ! Alors qu’on s’avance vers lui, une flic s’interpose et nous demande ce que nous voulons. Après échange d’explications, elle nous indique une personne « là bas » (guère plus précis, hélas) vers la porte de sortie. Nous avisons la personne en question, qui nous amène à une voiture. Arnaud s’inquiète. Je doute. La fatigue aidant, on s’enquiert rapidement de ce qui se présente, on veut juste des prix de billets d’avion, pas un taxi. La demoiselle qui nous a amenés ici nous explique vaguement qu’il faut aller à un certain endroit, qu’on y va en voiture, que c’est gratuit.

Really free ? Well, OK let’s go.

On monte à bord, la voiture démarre, roule quelques centaines de mètres. Arnaud s’inquiète : est ce qu’on va se faire détrousser ? On est pris dans un piège ? Finalement la voiture traverse une 2×3 voies, et s’arrête dans un parking glauque, devant une échoppe fermée et une petite vitrine crasseuse dans laquelle on voit des gens regarder une télé. Là, la femme sort de la voiture et nous plante là. On se regarde avec Arnaud. Hésitation. On s’avance vers cette étrange boutique lugubre. Et là, c’est le drame.

Jour 0, suite : Lyon – Paris – Hong Kong – Manille (2e partie)

ENFIN ON VA PARTIR OUI ?!

Le drame ! Parce que, quand on a laissé nos portefeuilles et autres trucs chez Arnaud avant de partir, j’ai bien sûr laissé ma carte Famille Nombreuses, qui n’a aucun intérêt à Manille ! C’était oublier que pour avoir droit à un ticket de tramway « famille », il faut la carte, et l’avoir sur soi en cas de contrôle.

Gasp.

Se faire prendre en fraude avant même le départ, c’est grotesque. Donc, Arnaud en grand prince me refile un ticket plein pot, et tant pis pour moi. On arrive finalement à la gare sans contrôle, on a donc payé pour rien. J’en vois déjà bondir, mais je suis désolé pour moi le fait de payer des tickets à un prix aussi élevé est un vrai scandale, alors quand en plus on voit que ça n’a servi à rien, on est frustré. Bin oui je suis radin économe, vous aviez déjà oublié ?

Lyon – Paris

Le TGV Lyon Paris est à l’heure, pas de retard en arrivée à l’aéroport. L’aéroport Charles de Gaulle est à mon sens un exemple parfait de laideur et de non-ergonomie. Je passe sous silence le point commun avec tant d’autres de la disparition des sièges où l’on pourrait s’allonger, piètre démonstration d’une politique anti-squatteurs qui a bien du mal à se justifier une fois passé le contrôle des billets. A moins que la place soit si chère qu’il faille rogner sur quelques sièges. Pourtant, j’ai vu des banquettes dédiées aux dodos « décalage horaire » dans les terminaux d’Heathrow, de Hong Kong, et de Manille. Et à l’occasion d’autres voyages, à San Francisco (c’est planqué mais ça existe), et à Frankfort. Je crois me souvenir qu’à Zurich aussi… Bref, je n’aime pas l’aéroport Charles de Gaulle. Il est moche, les boutiques Duty Free sont déjà fermées à 22h et ne proposent de toute façon que des produits à prix supérieur à ce qu’on trouve en magasin. C’est lamentable. Vivement les vacances, histoire d’oublier tout ça. J’en profite pour m’étonner de l’absence (dans tous les aéroports, hélas) de produits en vente à mini-prix, pour pouvoir « écluser » les dernières pièces et billets. J’aurais été capable, à Manille au retour, d’acheter des bonbons à l’unité pour me débarrasser de quelques pièces. Rien de disponible ? Tant pis.

Dans l’avion !

Nous prenons donc place dans notre avion. Siège 57G, bien placé sur la rangée centrale, 4 sièges juste pour nous deux, Arnaud est tout content il pourra essayer de roupiller un peu pendant les 13h de vol jusqu’à Hong Kong.

On nous fait donc attacher nos ceintures, et nous regardons avec lassitude la n-ième réitération des consignes de sécurité. A quand un « certificat de sécurité », délivré pour 1 ou 2 ou 5 ans après un petit « examen » réalisé en aéroport, qui permettrait aux compagnies d’éviter ce travail répétitif aux personnels naviguants ? D’autant que ce petit « examen », s’il existait, serait une bonne occasion de s’occuper pendant les longues heures d’attente qu’on nous impose. La dernière mode est en effet de convoquer les passagers 3 heures avant le vol, rien que ça !

Bref, alors qu’on va partir, le commandant de bord fait une annonce. Et là, c’est le drame !

Jour 0, suite : Lyon – Paris – Hong Kong – Manille (1e partie)

 

Le drame ! Je ne sais pas coudre, ni même réparer un simple bouton. Oh oui, tout le monde sait faire ça. C’est super simple ! D’ailleurs, c’est bien pour ça que je n’ai jamais appris : il y a toujours quelqu’un pour le faire pour moi ! 😉

Bref, Arnaud décide donc d’emporter son petit nécessaire de recousage de bouton, et on le verra plus tard ça n’aura pas été en vain.

Ajoutons à ça les masque, tuba, palmes et autres accessoires de tout plongeur chevronné (je n’ai rien emporté de tout ça), et les sacs étaient complets. Ah si, une casquette et des lunettes de soleil. C’est utile !

Nous étions donc prêts pour parler d’argent, car qui dit voyage à l’étranger dit devises, et les questions qui vont avec.

L’argent : les pesos philippins ₱

La question qu’on s’est posés un bon paquet de fois : combien emporter, retirer sur place ou changer de l’argent avant (ou sur place), espèces ou carte bancaire, travellers chèques, etc. Je crois que tout le monde se pose cette question avant un voyage, et pourtant alors que nous avons écumé les guides et sites internet, la réponse n’était pas évidente.

Pesos-Philippines-200-100-10-5-1
Pesos-Philippines-200-100-10-5-1

Combien ? Quel budget ?

Pour notre part, nous avons choisi la solution de simplicité : on change de l’argent avant le départ, et en emporte les CB et un brin de cash (50€) en cas de SOS. J’avais sur moi aussi 100 US$ en petites coupures, prévus en cas de SOS, qui ne m’ont pas servi. Nous sommes partis avec un budget de 70 000 ₱ (Pesos Philippins) à deux, soit environ 1300€. Cette somme comprend la totalité des dépenses aux Philippines, y compris les vols domestiques et autres transports. Seul le vol A/R France/Manille est hors de ce budget. Cette somme a été trop, il nous est resté environ 6 500 ₱ à la fin. Pourtant, nous n’avons jamais hésité à une dépense pour des questions de prix. Arnaud a fait le change sur le site internet Multichange.com : le service a été impeccable et nous avons reçu les billets très vite. Les « petites coupures » (100 ₱) demandées étaient peu nombreuses, mais on en avait. La majorité étaient des billets de 1 000 ₱ et 500 ₱.

50 Pesos
50 Pesos

Conclusion : je pense qu’il est donc tout à fait possible de s’en sortir sans aucun problème avec un budget inférieur à 2 000 ₱ par jour et par personne.

Notre budget total par personne tout inclus y compris les vols depuis Lyon a été de 1470€ (dont 840€ d’aérien international). Nous avons volé avec Cathay Pacific en janvier et février 2011. Au retour, il nous reste des Pesos inutilisés en grande quantité.

Retraits

A noter que nous n’avons jamais eu besoin de faire appel aux distributeurs de billets, et que tant mieux car à Palawan il y en a assez peu surtout une fois sorti de Puerto Princesa. J’ai entendu Jean-Michel dire qu’il y avait une tirette à Roxas. J’en ai vu à Coron (mais je ne garantis pas que ces machines fonctionnent sur nos cartes, ou encore le montant pouvant être retiré). Il n’y a pas de distributeur de billets à ma connaissance à Taytay, El Nido, Sabang ni Port Barton. Je le comprends d’autant plus compte tenu des aléas électriques de ces villes, on y reviendra.

Autre détail suite à ce que j’ai lu à plusieurs reprises : il m’est arrivé très rarement d’avoir du « sorry no change » lors de mes achats et dépenses. Peut être parce que je n’ai jamais osé présenter un billet de 1 000 ₱ pour un achat à 30 ₱, et qu’on a pris soin de « casser » des billets à chaque occasion. En fait, comme partout, c’est aussi une question de bon sens ! On profite donc d’une dépense à 2 600 ₱ pour récupérer 400 ₱ de monnaie, etc.

Philippines : billet et pièces
Philippines : billet et pièces

J’ai trouvé au cours de notre voyage des billets de 1 000₱, 500₱, 200₱ (rares), 100₱, 50₱ (souvent usés), 20₱ (souvent très usés), et des pièces de 10₱ (double couleur genre 1€), 5₱ (pièce jaune), 1₱ (pièce blanche genre quarter américain). Arnaud s’est fait refiler une 0.25₱ à la station essence, on n’a jamais pu s’en débarrasser.

Revenons donc à nos moutons : le départ pour Paris où nous attendait fièrement l’avion. Eh oui, dans ce beau pays, tous les vols partent de Paris. Pour un provincial, soit le départ est à Lyon et on va tourner dans un hub (Frankfort ou Londres par exemple), soit on se fait chier à aller à Paris. On a choisi cette option, hop un TGV.

Donc, nous prenons le tramway pour aller à la gare de la Part-Dieu, et là, au moment du compostage du billet, c’est le drame !

Un voyage aux Philippines

Jour 0 : pré-acheminement et départ pour Manille

Nous sommes lundi matin. Il est 7h30 et je suis à Chambéry. Arnaud habite à Lyon, mon jour 0 commence donc par un transit en auto : je remercie au passage mon locataire Aloïs pour m’avoir déposé à la gare ! Donc il me dépose à la gare, et là je saute dans un train pour Lyon Part-Dieu. Les TER de Rhône-Alpes sont confortables et arrivent parfois à l’heure. Le coût de ce déplacement (1h15 environ) est cependant à mon humble avis odieusement cher, j’ai beau avoir une carte de famille nombreuses -30% j’ai quand même payé 23€ pour l’aller-retour. Eh oui, il faudra bien revenir ! Bref, arrivé à Lyon, je saute dans un tramway et je rejoins Arnaud.

Il est temps de faire un dernier check du contenu des sacs, vérifier qu’on n’a rien oublié, qu’on n’emporte rien d’inutile, etc.

bientôt, les fruits des Philippines !
bientôt, les fruits des Philippines !

Bagages pour un voyage aux Philippines

Nous sommes d’accord pour essayer de partir léger. Une petite course non officielle à l’allègement des sacs s’est déclenchée et c’est finalement moi qui remporte (de peu) la timbale avec un total d’un peu moins de 15 kg de bagages. Pour ma part, j’ai choisi de prendre l’essentiel et indispensable à mon humble avis, sachant qu’au retour je me rends compte que j’avais trop emporté de choses, à savoir :

  • 1 grand sac à dos pouvant tout contenir
  • 1 petit sac à dos, emporté vide dans l’autre, pour les choses qu’on veut transporter en journée, sans avoir à prendre le gros sac
  • 1 crème solaire (indice 30, résistant à l’eau, merci Lidl, un tube souple a été suffisant pour 18 jours malgré une utilisation permanente)
  • 1 produit anti-insectes : j’ai pris un petit spray « 5 sur 5 enfants » qui a été parfait. Pourquoi enfants ? Eh, pourquoi pas ?!
  • 1 produit anti-insectes pour vêtements (en fait, la vaporisation avant le départ a largement suffi, donc on peut s’en dispenser sauf si on fait du laundry service en cours de route, ce qui a été notre cas)
  • 7 t-shirts & caleçons
  • 2 paires de chaussettes
  • 1 paire de sandales (nous y reviendrons dans le chapitre « Arnaud craque et s’achète des tongs malgré tout », prochainement sur vos écrans)
  • 1 maillot de bain
  • 2 serviettes (une pour l’eau salée, une pour l’eau douce, douilletterie qui finalement s’est révélée inutile, la quasi totalité de nos hébergements nous ayant fourni des serviettes)
  • appareil photo, téléphone solaire, livre électronique (choses très superflues donc totalement indispensables)
  • 2 boites de Malarone : c’est cher mais c’est efficace et ça ne m’a pas rendu malade du tout
  • quelques nécessaires de toilette et médocs de base
  • 1 jeu de cartes, 5 dés (je suis un joueur invétéré, je ne peux pas imaginer 18 jours sans jouer, ce serait un vrai calvaire)
  • 1 sac plastique genre sac poubelle pour stocker le sale
  • 1 moustiquaire pré-imprégnée
  • 1 ficelle + 2 punaises pour fixer la moustiquaire

Le sac étant vérifié, on est prêts. A ce moment-là, je soulève la question du « bouton qui saute » et de son raccommodage. Et là, c’est le drame (ok, ceux qui me connaissent s’attendaient à ça, n’empêche, vous allez encore en manger !)