La Chine en train couchette : qui dort dîne

La Chine en train couchette : qui dort dîne

Qui dort dîne

L’expression date des temps où on était tenu de manger dans l’auberge où on comptait dormir. Dans la Chine du XXIe siècle, nous avons choisi de dormir dans le
train couchette, en 3e classe (ils appellent ça « couchette dure », par opposition à couchette molle où on est dans des compartiments de 4 comme on l’a vécu en Russie
par exemple).

Dans le train, il y a des strapontins ou des couchettes
Dans le train, il y a des strapontins ou des couchettes

Ici, chacun a apporté ses nouilles, l’eau chaude étant toujours disponible, mais contrairement à la Russie, les toilettes sont « à la turque » (et sales, hélas, en outre apportez votre papier vu qu’il n’y en a pas, à croire que les chinois ne se lavent pas le derrière après avoir déféqué, mais on en reparlera au Japon histoire de rigoler et de vivre des aventures de science fiction, fin de cette parenthèse) et il y a un truc très marrant et insolite qui se passe tout à coup. Vous savez qu’il y a des petits chariots à roulette qui passent avec un employé du train qui vient vendre des fruits, des nouilles, des bières tièdes (non, pas fraîches, ça n’a jamais été proposé) mais là aujourd’hui on découvre une nouveauté : le gars en question distribue un bonbon emballé : on découvre que c’est en forme de pièce de monnaie mais en plus épais, c’est blanc, et ça a le goût d’un petit fromage acide sucré à la façon mongole.

C’est déjà insolite, mais là où le truc devient énorme c’est quand le gars se transforme en vendeur de marché-foire : il prend la parole d’une voix de stentor et
déroule l’argumentaire complet, avec force moulinets des bras et attirant l’attention de ceux qui auraient l’outrecuidance de discuter pendant le discours  commercial !
Puis il vend sans soucis ses sachets (au prix fort, eh oui, on est dans le train !) et il part dans le wagon* suivant pour recommencer. Oui, je sais, on dit « voiture » et pas »wagon », mais tout le monde dit wagon, donc voilà. C’est comme « portable » au lieu de « mobile », les opérateurs ont beau tout faire depuis 15-20 ans, on continue à dire portable au lieu de mobile. Et bien, messieurs-dames, c’est ainsi, voilà tout, fin de la digression 🙂
Ah parce qu’on digresse sacrément aujourd’hui n’est-ce pas ? Tiens, un arrêt en gare.

Contrairement à la Russie, les arrêts sont tristement académiques en Chine. Il faut dire que le pays est tellement sous surveillance généralisée, les check-points
partout, qu’on voit mal comment une babouchka pourraît vouloir venir vendre des trucs sur le quai ! Et pourtant, à titre exceptionnel, nous avons droit à un arrêt où il y
a de la vente. Avec l’expérience (on a pris le train couchette 8 fois en Chine) on a conclu que ces ventes de quai existent si et seulement si les conditions suivantes
sont réunies :

  • a- l’arrêt a lieu entre 18h et 21h
  • b- la gare n’est pas dans le Xinjiang
  • c- l’arrêt dure au moins 40 minutes
  • d- c’est le seul arrêt de train correspondant à ces critères

Alors, quand ça arrive, c’est le rush. Évacuation générale du train, ne restent à bord que les souffreteux et les dormeurs, et encore parfois on les incite à sortir fumer.
Sur le quai, les incroyablement nombreuses babouchka* au nombre hallucinant de trois sont immédiatement assaillies par une horde affamée fébrile qui se bouscule sans scrupule, comme cela semble se faire partout en Chine : on double dans la file sans vergogne, avec hargne même, ou tout au moins avec grande ferveur dans l’intention d’être premier. Digression supplémentaire : au pluriel c’est babouchki et non babouchka, fin de digression.

Sur le quai, peu de choix et beaucoup de clients !
Sur le quai, peu de choix et beaucoup de clients !

Mais nous, ô touristes occidentaux tout autant affamés, arrivons devant le quidam vendeur et lui montrons sans hésiter un truc au hasard –ne cherchez pas à demander ce que c’est, seule l’expérience compte pour vous– et au moment de payer le brave chinois vous montre ses deux index en croix. Oups. Il faut savoir que ça veut dire 10. Eh oui, compter sur ses doigts, ça marche partout sauf en Chine où on compte sur ses doigts mais pas de la même façon, c’est à dire en général pour simplifier : sans utiliser le pouce, et en croisant les index pour dire 10.

Youpi on a eu des dumplings !
Youpi on a eu des dumplings !

Donc, tout ça pour vous dire qu’on a réussi à se trouver de bonnes petites choses (maïs, bidules à croquer, et dumplings : vous vous souvenez c’est le nom qu’on donne en anglais aux méga-raviolis de pâte à pain fourrés à tout sauf à ce à quoi vous vous attendez) et on remonte à bord se régaler en rigolant, sous le regard désabusé des chinois qui sont, sans exagérer, tout aussi épatés que nous qu’on ait réussi cette aventure !

Il n’y a aucun occidental dans les trains couchette de 3e classe. On reste une étrangeté ! C’est donc tout autant plus facile pour quelques rencontres, malheureusement un peu limitées cause barrière linguistique. Pourtant, la Chine a mis en place des programmes d’anglais obligatoire depuis plus de 15 ans pour tous, mais les anciens sont passés entre les gouttes ou tout simplement trop tôt pour y avoir droit. A leur décharge, tout le monde met de la bonne volonté à tenter de comprendre ce qu’on veut, et respecte notre présence ici comme si elle était normale. C’est déjà beau, non ?

Aïe, la vache, il était drôlement épicé ce dumpling-là ! Vite, une bière… Et ne me parlez pas de Tsingtao, oui elle existe en Chine comme la Kro en France : massivement et tout aussi imbuvable. Il y a tellement mieux pour peu de chercher un peu ! Mais ça reste de la « bière à l’américaine » : légère, neutre, convenablement convenue. N’espérez aucune originalité au pays du normalisme.

La nuit est passée, réveillé parfois par quelques crachats proches, un de nos voisins de lit doit être mal en point, il a passé la nuit à cracher/tousser/fumer, peut être un fumeur en fin de carrière? En tout cas « au son » aurait vraiment pu y croire… Oh et arrêtez de réagir comme ça, qui vous a dit de lire ça en plein repas aussi ? C’est un des aléas du direct*, c’est ça la Chine 😉

*Oui c’est vrai, on a quelques jours de décalage avec ce qu’on dit, il faut le temps de trier les photos, de trouver un accès Wifi, de rédiger, et d’avoir un trait d’inspiration… En Chine, il faut dire qu’Internet est un vrai problème. Je détaille ?

La censure d’Internet en Chine

OK. Faisons simple : le gouvernement chinois a décidé souverainement qu’il fallait bloquer certaines choses sur Internet. C’est son choix, je constate donc qu’en Chine, il n’y a pas Google
(donc pas non plus de Gmail, pas de Google maps, etc), il a aussi bloqué (dans le désordre) Youtube Facebook Twitter Whatsapp et… sans-avion.net ! Il faut dire que c’est vachement sédicieux comme site ! Donc pour regarder mes mails, envoyer des photos ou poster des articles, pas le choix, il faut tricher et utiliser un VPN. Mais bien sûr, on ne peut pas télécharger l’outils VPN depuis la Chine, puisque les VPN y sont bien sûr interdits… Heureusement bibi a été informaticien réseau pendant assez longtemps pour pouvoir contourner tout ça, mais ça a pris plusieurs jours et c’était pénible. Ah, et si vous voulez utiliser la data de votre forfait Free, voici le tarif… 9,70€/Mo (c’est clairement disssuasif !!)… A comparer à l’Australie (gratuit 25Go) ou à la Mongolie (3.95€/Mo, c’est déjà bien cher). En tout cas c’est le tarif le plus élevé qu’on ait croisé !

Dans la gargote
Dans la gargote

Et nous voici donc arrivés dans le Sichuan. Encore une province chinoise dont vous ignoriez même l’existence ? Pourtant, elle compte plus d’habitants que la France !
Nous sommes aujourd’hui à Chengdu, capitale réputée pour ses plats épicés. Le Sichuan est fîer d’avoir une histoire longue et impériale. Chengdu est une des rares villes chinoises à n’avoir jamais changé de nom au cours du temps. Et on y mange bien !
A peine arrivés, je demande à mon contact sur place (coucou Ecco) de nous emmener dans un resto de nouilles traditionnel, local, bref sans touristes. Marché conclu !

Noodles du Sichuan
Noodles de Chengdu (Sichuan) : l’un des plus beaux souvenirs de Chine !

Nous voici dans une gargote qui s’inscrira dans nos plus beaux souvenirs de Chine : rangez vos temples et vos montagnes sacrées, repliez vos prospectus sur la rivière Li et les tours de Shanghai (on en parlera plus tard d’ailleurs), voici l’endroit qui à lui seul vaut le voyage en Chine. Il doit y avoir à peine de la place pour 20 clients, gros maximum, en débordant sur le trottoir. Ils sont deux à cuisiner, lui est déjà à l’âge de la retraite et ne continue que parce qu’il aime ça, du coup les tarifs ne sont pas là pour l’argent mais juste pour les frais : on mange à prix imbattable.

Mais la qualité est également remarquable : des nouilles qui sont bien sûr faites sur place, à partir de farine et d’eau, cuisinées avec passion et petits légumes hachés, saupoudrez une sacrée dose de piment et de bonne humeur. Pas de musique, l’ambiance de la cuisine est suffisante. D’ailleurs, elle se fait devant vous, au milieu de l’établissement, et non pas cachée derrière quelque comptoir crasseux ou mur sale, non ici est on vous montre ce qu’on fait, comment on le fait. Le gars me montre fièrement qu’il est passé à la télé (CCTV : China Central TV, rien que ça !) avec sa femme qui a le même sourire sincère. Tout ça pour des nouilles ? Oui, exactement. Elles le valent vraiment. Les italiens peuvent réviser leurs basiques, ils ne sont plus les leaders de la pâte réalisée en farine de blé. Comment ? Ah, le prix ? Autour de 10 Yuans, ça fait environ 1,50€ le plat complet.

Chapeau… et photo !

Calligraphie à l'eau
Calligraphie à l’eau

On finit la journée par quelques visites touristiques (il faut bien en faire un peu), dont la visite du parc du peuple (sic) où un monsieur écrit un poème sur le sol, avec un pinceau-brosse et un seau d’eau. La calligraphie au rang d’art évanescent ? Notez, les filles, le cours d’art plastique est sur le terrain aujourd’hui !

Et demain ? On ira au Mont Emei, un des sites sacrés du bouddhisme. Et accessoirement, au sommet duquel on trouve de sympathiques singes multicolores tandis que quelques pigeons s’y chamaillent…. A suivre !

2 réactions au sujet de « La Chine en train couchette : qui dort dîne »

Les commentaires sont clos.

Les commentaires sont clos.