Port Barton – Roxas

Dramatique murge en bord de mer

Qui n’a jamais rêvé de conquérir ces mondes inconnus, lointains, éthérés à coup de rhum-coca… Il faut dire que le fait est relativement facilité par deux étapes particulièrement subtiles.

vue sur la mer avec un bateau
une belle vue sur mer ça donne soif

Etape 1 : quand les tarifs des boissons alcoolisées du petit resto dont nous parlions à l’instant sont à quelques demi-cacahuètes identiques voire inférieurs à ceux d’un simple jus de fruit, le choix se porte rapidement vers les rhum-coca et autres joyeusetés.

Etape 2 : en sortant du resto et en prenant à pied le chemin du cottage, nous passons par la plage : tournez à gauche après la station Caltek, sinon vous irez dans l’eau. Or, dramatique signe du destin, se dresse juste avant l’établissement qui nous héberge, un restaurant bar boissondrôme. Ici aussi, il y a du rhum coca. Testons quelques verres, pendant que les étoiles se reflètent dans mer, et parlons du bon temps en vérifiant que le rhum a le même goût…

un bateau à Port Barton
un bateau à Port Barton

Non, ça n’a rien à voir avec les litres de vodka éclusés à Iekaterinbourg en 2005 avec Seb & Alex, mais bon avec l’altitude (1m50 ?) ça finit par taper… Allez zou, au dodo. On n’aura pas vu la fin des répétitions du spectacle pour le 50e anniversaire de la fondation de Port Barton. Mais j’en aurai profité pour apprendre qu’Arnaud compte acheter un bien immobilier. On a donc trouvé comment lui tirer les vers du nez ! Nos femmes nous manquent. On réalise qu’on est des privilégiés : pouvoir partir « seuls à deux copains » au bout du monde, c’est une chose que certains couples ne tolèrent pas. Heureusement pour nous, on a ce privilège. On file au lit.

Jour 8 : Jeepney power : Port Barton – Roxas

Il est temps de partir pour Roxas, notre prochaine étape pour rejoindre Taytay. Le route se fera en jeepney. Nous nous levons à l’aube (il doit bien être 9h) pour prendre le jeepney. Il est facile à trouver, il est juste devant le « Bamboo », c’est d’ailleurs le seul jeepney présent. Il est, comme ça semble être la norme, extrêmement bariolé et déjà recouvert d’un bon nombre de bagages, dépassant de loin le nombre de ses passagers. On s’acquitte de notre trajet et on embarque. Il n’y a que des touristes à bord –déception. Le jeepney part tout de suite, et tourne en rond dans le village pour revenir à proximité de la station Caltek. Quelques passagers nous rejoignent, et nous partons.

jeepney à Port Barton, avant le départ
jeepney à Port Barton, avant le départ

A la question « comment on pouvait être sûr que c’est le bon jeepney ? » j’ai donc deux indices essentiels : déjà c’est le seul, mais surtout regardez bien la photo, il est écrit « Roxas » sur la vitre avant, et ça tombe bien nous allons à Roxas !

élèves à Port Barton
élèves à Port Barton

Quelques centaines de mètres après avoir quitté Port Barton et ses banderoles « 50th anniversary foundation Port Barton », dont certaines sont faites de sacs plastique colorés suspendus à un fil de téléphone, la route n’est plus en béton mais devient une voie gravillonnée, puis une voie terreuse, puis boueuse, puis… parfois, on serpente entre les ornières détrempées, d’autres fois on passe sur deux grosses traverses de bois parallèles au sens de la route et qui se révèlent être un pont, une autre fois même on passe à gué pour ne pas utiliser le pont qui semble en trop mauvais état pour supporter le choc… Mais le jeepney avale la route sans encombre, rien ne lui résiste et le pilote (je n’oserai pas l’insulter en le traitant de chauffeur, vu les exploits de conduite constatés) gère son engin d’une main de maître. Le décor passe de la jungle luxuriante aux rizières.

vue de la route depuis le jeepney
pilotage en jungle

De grandes collines ponctuent le paysage. Par endroits, du riz sèche à même la route, sur les quelques dalles de béton présentes; le jeepney contoune.

Cette partie du trajet est très intéresante en termes de paysages, je dirais presque « décors » tellement on peut trouver ça vraiment beau. Les teintes de vert sont nombreuses, la diversité à chaque virage tend au dramatique. (héhé, vous avez vu comme j’ai réussi à le placer de façon subtile celui-là)

Soudain, la route rejoint une grande route avec enrobé et marquage au sol, qui est certainement celle qui relie Puerto Pricessa à Roxas. Le jeepney file à toute vitesse et arrive à l’heure à la gare routière de Roxas.

Gare routière de Roxas
Gare routière de Roxas

Enfin je dis « à l’heure », vu qu’on n’a pas les horaires et qu’on ne nous a rien promis…

Le marché et la gare routière de Roxas

Deux touristes qui étaient avec nous quittent le jeepney pour aller voir Roxas. On les verra revenir à la gare routière quelques minutes plus tard; apparemment il n’y a rien d’intéressant pour eux à Roxas. Pour nous, la destination suivante est déjà prévue : un autre bus/jeepney/surprise à destination de Taytay.

La gare routière de Roxas ressemble à celle de Puerto Princesa. On repère rapidement qui est « le-gars-à-qui-il-faut-demander », et il nous indique un endroit pour attendre le bus de Roxas. Dans une heure, dit-il. OK, on va attendre là.

marché de la gare routière de Roxas : boutiques, petits véhicules et quelques personnes à pied, sol en terre battue
marché de la gare routière de Roxas

Il y a juste à côté un grand marché couvert, et des boutiques en pagaille qui vont du barbier-coiffeur au vendeur de pièces détachées automobiles en passant par tout et pire encore. Je file au marché, et y trouve des bananes pour 1,50 ₱ ou un burger fait devant vous pour 15 ₱ : un vrai avec un gros bout de viande hachée et des vrais ingrédients « du marché » (et pour cause, on y est au marché !)

marché couvert : poteaux en bois et bananes bien mûres
bananes !

Les toilettes sont payantes (2 ₱ pour un pipi, 4 ₱ sinon, mais n’espérez ni eau ni papier WC ni porte qui ferme bien). Âmes sensibles trop occidentalisées, s’abstenir. De toute façon, le lavabo est pour la déco, il n’y a pas d’eau au robinet et l’évacuation n’est pas branchée.

Mais il y a un bidon d’eau croupie, si vous voulez.

WC à la gare routière, sombre, sale, sans eau
WC à la gare routière

Heureusement, le marché (couvert pour une partie) est un vrai bonheur à lui tout seul, il vaut le temps d’y passer un moment. Il n’y a pas de touristes ici, vous êtes vraiment en plein coeur de la « vraie » vie locale. Il y a beaucoup d’étals, on peut manger sur place avec des petites choses préparées devant vous, comme je l’ai dit plus haut. Les prix sont terriblement bas. J’ai acheté des mini-bananes, mais j’ai été tenté par à peu près tout ce que je voyais. Malgré ma tête bien blanche et mon allure clairement étrangère, je n’ai pas eu (trop) le sentiment d’être pigeonné ; je suppose que l’effet de surprise a joué pour moi.

coiffeur de rue : bicoque en tôle, un seul fauteuil, le coiffeur fume, il n'y a pas de porte ni de devanture.
coiffeur Nick’s master cut !

Le marché est situé à environ 100m de la gare routière à proprement parler, il y a entre les deux une sorte d’avenue de gros gravier blanc et de poussière où circulent les véhicules les plus divers. Juste à côté, il y a une boutique de pneus, un coiffeur qui officie directement sur sa « terrasse », une échoppe de bidules en plastique. Le va-et-vient incessant des personne est un spectacle à part entière. Je passe ainsi quelques secondes à observer, sans pour autant « fixer » qui que ce soit afin d’éviter toute « agression visuelle ».

Les véhicules les plus divers se croisent dans un nuage de poussière. Des enfants jouent au milieu des camions, des bus et des tricycles. La zone est immense, ce qui est étonnant pour une si petite ville.

petite vendeuse de friandises sur un tricycle avec un parasol
une petite vendeuse à la gare routière

Une jeune vendeuse de boissons et de snacks tente de gagner un peu d’argent auprès des passagers qui attendent. Pendant ce temps, des enfants jouent avec des gobelets en plastique pour passer le temps.

jeune philippin qui joue avec deux gobelets en plastique
un bambin patiente en jouant avec des gobelets

Ici, loin au cœur des Philippines et bien qu’étant sur une île touristique, il y a très peu de « blancs » : nous faisons l’attraction. On nous prend en photo !

Mais voici le bus qui arrive (paraît-il)… On fonce, histoire d’avoir une bonne place. Et là, c’est le drame !

Le balout : manger un oeuf germé !

Le balout : manger un oeuf germé !

Je crois pouvoir dire sans fausse modestie que j’ai goûté par mal de choses (le lecteur assidu se souviendra avec amusement de mon voyage en Sibérie et du marché de Pékin à titre d’exemples), mais là on dépasse toutes mes espérances les plus imaginatives. Le balut, c’est un œuf qui a été « un peu » couvé, et qu’on cuit comme un œuf dur alors que le poussin est déjà partiellement formé. J’appelle ça un « œuf germé » faute de meilleur terme.

Balut : oeuf germé
Balut : oeuf germé

Une fois la coquille enlevée, vous faites face à un corps cartilagineux blanchâtre (probablement le blanc de l’œuf qui a commencé à travailler), qui entoure une masse jauno-grisâtre. Il est temps de déguster cette horreur.

l'intérieur d'un balut
l’intérieur d’un balut

Le blanc a une texture assez désagréable, un peu comme du cartilage. Le reste a un goût et une texture que je situe entre le jaune d’oeuf dur et le bec de poussin, avec quelques plumets en prime. C’est atroce ! Le sel aide à tout faire passer. Les jeunes philippins qui nous ont vu acheter ça et qui en consomment régulièrement (c’est, semble-t-il, un plat assez apprécié) nous regardent de loin en rigolant.

Philippines : hamac et vacances relax
Philippines : hamac et vacances relax

Bah, c’était pas si dur, et même pas un mal de ventre le lendemain ! Mais non, je ne le referai pas tout de suite, chacun ses goûts. L’important était de goûter, de partir à la rencontre des traditions locales ; c’est fait, et je ne le regrette pas du tout.

Retour au cottage, la douche fuit toujours. Demain, on fera une provision d’eau dans le bidon et on fera couper le robinet.

Il est temps de se coucher pour de bon. Demain, ça sera une dure journée !

Jour 7 : severe glanding in Port Barton

Ah, les vacances… Ce dur moment où, pendant qu’Arnaud se perd sur la plage, des millions de personnes se ruent sur les portes du métro, et que… Quoi ? Ah, comment il a réussi son coup de se perdre ?

Depuis le hamac, la vue est imprenable !
Depuis le hamac, la vue est imprenable !

Sur une plage qui fait (au bas mot) 200m de long, et sachant que notre cottage qui est juste au bord de la plage se situe également non loin du milieu de ladite plage, le tout dans un village avec 4 rues et qu’on squatte déjà de puis plus de 24 heures ?

Beuh, c’est facile. La marée mon cher, la marée ! (ou pas)

Après manger, on se refait donc une petite exploration, cette fois-ci on reprend la rue principale (tous les stands ont été rangés et ont disparu, la fête est bel et bien finie, je pense qu’on a eu beaucoup de chance d’assister à une vraie fête locale), nous repassons devant l’école élémentaire. Là, des dizaines de petits et petites philippines sont dans une cour immense (j’estime à plus de 150 m sur 150 m, le tout entouré de divers bâtiments qui sont visiblement des salles de classe, l’ensemble étant entouré d’une petite barrière. Et au milieu, il y a un drapeau des Philippines; nous arrivons juste au moment où les enfants s’alignent, les enseignants face à eux, et que l’hymne est chanté pendant que le drapeau est monté au mat. On sent que l’héritage du colonialisme américain est encore très fort.

Philippines : les jeunes jouent au basket, influence américaine ?
Philippines : les jeunes jouent au basket, influence américaine ?

C’est à ce genre de détails (sans importance ?!) que je vois partout mais qui se fondent dans l’ensemble : prises aux formes américaines (mais au voltage 230V), lever du drapeau, écoles avec une « mission » et une « vision » écrits en grand sur les murs, sport national qui est le basket alors que la taille moyenne des joueurs est très inférieure à ce qui est d’usage dans ce sport, etc. Un bien ou un mal, je n’ai pas l’intention de juger. C’est un simple constat.

La balade continue. On fait le tour de la High School, puis on prend un petit chemin sur la gauche. On arrive dans une zone avec de belles maisons en bois, puis on revient sur le « centre-ville ». J’en profite pour acheter des cartes postales, et je prends avec des timbres pour l’Europe. J’ai l’impression qu’on m’a escroqué sur le prix des cartes, mais après tout le touriste est là pour ça alors faisons comme si on n’avait rien vu.

De retour au hamac, je commence à rédiger mes cartes, quand je réalise que je n’ai pas encore vu une seule boite aux lettres aux Philippines. Qu’à cela ne tienne, on avisera !

Depuis le hamac, la vue est imprenable !
Depuis le hamac, la vue est imprenable !

Arrivent alors quelques jeunes filles de l’école, en uniforme, qui nous demandent des sous, une « souscription » pour « concrete the fence for the High School of Port Barton ». Mwais… Oui, mais non. Désolé les filles ! D’ailleurs, une petite averse arrive juste à ce moment. Arnaud et moi nous nous réfugions au « Bamboo » (le resto qui vend des cartes postales) pour y

La pluie fine gâche le paysage
La pluie fine gâche le paysage

grignotter un truc. C’est bien, mais sans exploit, ça vaut tout juste une gargotte.

L’autre resto qu’on fera le soir est nettement mieux : c’est le petit « R » marqué sur le petit plan que j’ai fait avec mes petits doigts et le petit clavier de mon petit ordinateur pour illustrer ce petit site, ok j’arrête si ça fait plus rire, fallait le dire aussi non mais c’est vrai d’abord, pourquoi vous me laissez toujours partir dans des délires parce que hein vous êtes là aussi pour réagir et que… on va pas en faire un DRAME !

Si ? Voyons ça…

Dong, l’âme damnée de Port Barton

Dong, l’âme damnée de Port Barton

Tout à coup, alors que je me sens tout tranquille, à manger en terrasse ma fin de poisson frit dans la pénombre d’un éclairage aux ampoules économiques faméliques, arrive Dong.

Vous vous souvenez, c’est le gars qui nous a trouvé la bonne place où nous sommes, et qui a tellement été attentif à notre demande qu’il nous avait refilé le mauvais cottage avec le grand lit simple. Le revoilà maintenant, toujours souriant, il veut me proposer un tour en bateau. Pour aller à El Nido. Je lui explique donc que non, désolé, mais on n’ira pas en bateau.

Il insiste en demandant où nous allons aller, et si nous irons à El Nido. A un touriste qui doute ou dont la représentation géographique est capable d’erreurs, il aurait vite fait de nous faire croire que El Nido est accessible uniquement en bateau.

Mais pas de chance, je sais que c’est faux, et de toute façon la prochaine étape n’est pas El Nido. Et nous irons par la route, comme le lecteur perspicace l’aura deviné.

Alors, Dong s’en va. Mais quelque chose me dit qu’on va encore le recroiser demain…

sur la plage de Port Barton

L’accueil du resort est maintenant tenu par deux jeunes (environ 20 ans), on discute un moment. Arnaud se réveille, on va faire un petit tour le long de la plage, et on découvre avec amusement un resto monstrueusement autoproclamé « meilleur de Port Barton », bardé d’affichages tapageurs qui expliquent en long et en large qu’ils sont les meilleurs, qu’il n’y a quelques privilégiés qui pourront en profiter, qu’il faut réserver (les tarifs, eux, sont tout petits si on s’en tient à le description de la taille des caractères, mais pas pour la valeur financière affichée qui est particulièrement élevée). Mais devinez quoi ? Ledit resto est encensé par le fumiste guide dont je vous ai déjà parlé en presque-bien. Renseignement pris auprès de quelques touristes croisés plus tard dans Port Barton, cette gargote est infâme et chère.

Le visiteur curieux se fera son propre avis, mais ça pue l’arnaque à touristes à plein nez. Déjà, tout est écrit en anglais, c’est louche…

le terrain de basket de Port Barton, Philippines

Après avoir vu les quelques dernières minutes d’un match de basket (commenté au micro, je vous raconte pas la saturation du bidule, vous imaginerez très bien) sur le terrain « officiel » de Port Barton, nous retournons au Elsa’s Beach House Cottages and Restaurant. Il est temps de se coucher, les moustiques se sont levés.

Arnaud sort son oeuf musical MP3, on va pouvoir écouter quelques notes électroniques avant de dormir.

Et là, c’est le drame !

Port Barton by night

Les piles sont mortes ! Tant pis. De toute façon, il n’y a pas l’eau non plus, la douche reste donc à sec, et on verra ça demain. Demain ? Non, je vais faire mon râleur à l’accueil. Un gars, avec une lampe, vient ouvrir un robinet à l’extérieur et en effet, on a l’eau… mais ça fuit ! Impossible de fermer le plic-ploc dans la salle de bain. On comprend donc pourquoi le robinet extérieur était fermé…

Mais il est temps de retourner faire un tour « en ville », on n’a pas envie de dormir tout de suite. Chance, c’est soir de fête à Port Barton : le match de basket n’était que le début d’une fête de village. Les stands se sont installés le long de la rue pricipale : j’achète une brochette de banane braisée (2 ₱), Arnaud tente une sorte de saucisse. Il y a des jeux d’argent aussi, et même les très jeunes enfants font des paris sur une sorte de jeu de hasard : vous placez un billet sur une combinaison de deux couleurs (vert-vert, vert-rouge, rouge-jaune, etc) et on lâche 3 énormes dés retenus sur un axe, et en fonction des couleurs obtenues par les dés, on gagne ou on perd. Il y a aussi une sorte de « roue de la fortune » avec des couleurs. Les joueurs jouent des petits montants (2 ou 5 ₱) mais jouent vraiment en espérant gagner. J’ai l’impression que la pauvreté a un rôle non négligeable dans cette addiction au jeu.

Malgré cela, l’ambiance de cette fête de village est agréable. Il y a une véritable petite foule, les enfants courent et jouent, les adultes discutent tranquillement et il y a très peu de touristes.

Plus loin, Arnaud a repéré un petit vendeur qui propose des « balout » dans un vieux tupperware. Euh, je sais pas, c’est quoi un balout ?

Et là, c’est le drame !

Départ pour Port Barton

Départ pour Port Barton

Vous m’avez cru quand je vous ai dit qu’il n’y avait pas de drame ? Ah ah ah ! Dire que j’arrive encore à vous avoir après tout ce temps !

Imaginez le décor. Nous sommes le matin, et après un petit break (un coca, quoi), et de nombreux « impacts » (moustiques de m—–), une délicate et fine pluie se met à tomber. Rien de bien méchant, on dirait un crachin anglais réchauffé. Juste assez humide pour mouiller tout ce qu’on porte, pas assez ruisselant pour inciter à se mettre à l’abri. Une saleté de pluie, comme on ne les aime pas.

Heureusement, alors qu’on commence à douter sur la durée de cet épisode pluvieux, les nuages cessent leur vidange intempestive, et le flux des philippins reprend. Ce que j’entend par flux, c’est un nombre dépassant celui qu’on peut compter sur les doigts d’une main, dont chacun des spécimens rencontré présente les mêmes caractéristiques, à savoir :

  • un sourire béat,
  • une grande envie de nous demander comment nous allons, où nous allons,
  • entendant « Port Barton », une envie encore plus chaleureuse de nous vendre des billets de bateau,
  • apprenant que nous les avons déjà, une disparition quasi immédiate à destination du prochain pigeon.

Le même processus se répétera jusqu’à notre arrivée sur le quai/port/socle en béton où nous avons déjà pris le bateau pour la rivière souterraine. Quelques philippins jouent au basket.

Après avoir rempli l’éternel registre, nous pouvons donc accéder au bateau qui est intégralement rempli de touristes à l’exception du personnel de bord.

à bord du bateau
à bord du bateau : que des touristes !

En bateau pour Port Barton

Nous partons pour 3 heures de navigation. Le bateau est une grosse bangka et semble solide, le moteur ne fait pas un bruit aussi indélicat que l’autre. Je suis serein pour cette traversée. Arnaud, qui a développé une aversion pour les rencontres inter-touristes (ce que je peux comprendre, dans une grande mesure), s’enferme dans une contemplation totale de l’immensité bleue. Il faut dire qu’en effet, c’est un chouette décor que nous avons là, nonobstant quelques nuages résiduels.

la vue est belle pendant la navigation
la vue est belle pendant la navigation

Très vite, Sabang devient un mauvais souvenir. Des poissons volants attendaient justement notre passage pour faire les malins, et j’admets que c’est la première fois que j’en vois. La dernière fois, c’était dans un des premiers épisodes des Cités d’Or, et depuis plus rien. Autant dire que là, je suis très enthousiasmé. Et le pire, c’est que ça vole longtemps ces bestioles !

Port Barton

Et nous arrivons à Port Barton, sous un ciel gris et menaçant mais sans pluie. Port Barton est placé sur une petite baie un peu refermée.

Plage à Port Barton, temps couvert
Plage à Port Barton, temps couvert

Nous commençons donc notre exploration de Port Barton par un accueil chaleureux et sympathique d’un placeur local (il s’appelle Dong, notez pour le repérer car nous allons le revoir plus loin dans ce fabuleux et dramatique récit de voyage). Nous nous installons pour un petit repas bien sympa, et une pause sur le hamac. Et nous voilà donc installés au « Elsa’s Beach House Cottages and Restaurant ». Franchement, c’est un excellent compromis. Le tarif est de 700 à 1000P la nuit, pour des cottages individuels directement en bord de mer. Position approximative : 10°24’40″N,119°10’35″E.

la plage vue de l'autre sens
la plage vue de l’autre sens

Arnaud n’ayant pas pris de chaussures, la balade vers le Sud est rapidement abandonnée. Il n’y a rien de bien exceptionnel de ce côté là de toute façon, si ce n’est le plaisir de suivre un petit sentier et d’arriver dans la maison d’un gars réellement sympa après avoir croisé des poules et traversé un petit pont surplombant des embarcations en piteux état.

le basket, sport national aux Philippines
le basket, sport national aux Philippines

Côté Nord, une route (enfin une piste accessible en 4×4) grimpe sur la colline. A l’approche d’une antenne, des aboiements furieux et la vision d’un clebs en liberté nous incitent à rebrousser chemin. Une autre branche de la même route est supposée aller vers un endroit intéressant, mais à part un américain en moto accompagné d’une jolie et très jeune philippine ainsi que de bières fraîches, nous ne rencontrons personne. On finit par faire demi-tour et rentrer à Port Barton.

Elsa's beach resort, Port Barton
Elsa’s beach resort, Port Barton

Port Barton me plait davantage que Sabang. Il y a bien sûr quelques établissements pour touristes au bord de la plage, mais il y a un vrai village dès qu’on revient d’une ou deux rues vers l’intérieur des terres. J’ai pris quelques minutes pour dessiner un plan approximatif pour ceux d’entre-vous qui iront peut-être un jour là-bas.

Première visite de Port Barton

Le village compte 4 rues principales qui partent de la mer et vont parallèlement vers les terres. Seule la 2e en partant du Sud a une longueur raisonnable, et devient ensuite la route qui mène à Roxas et rejoint le reste de l’île.

Dans l’autre direction, il y a 2 rues principales, qui vont Nord-Sud et recoupent les 4 rues. Au Sud, un petit cours d’eau, au Nord un autre ruisseau. Le long de la route de Roxas, on trouve un terrain de basket couvert-ouvert, et l’école de Port Barton, d’un côté l’école élémentaire (énorme) et de l’autre, après le terrain de basket, la High School. ll fait chaud, nous rentrons à notre cottage. Et là, c’est le drame.

l'école de Port Barton
l’école de Port Barton

Il faut dire que ça va maintenant faire 3 fois qu’on revient à la charge à l’accueil au sujet du changement de lit. Pour l’instant on nous a refilé un lit double, et on a bien demandé deux lits séparés, ce à quoi il nous a été dit « oui » sans ambiguité. Arnaud, qui est crevé, s’est allongé sur le lit et dort déjà. J’en profite pour relancer la tenancière des lieux, et je vois alors la création totale en direct de la chambre, avec un gars qui fait le transport de matelas, deux filles qui installent les draps et placent les moustiquaires, et finalement on me remet les clés. J’explique qu’Arnaud roupille dans l’autre cottage, et qu’il faudra donc attendre qu’il se réveille pour le transfert complet.

bangka à port barton
bangka à port barton

Pendant ce temps, je mange un poisson frit avec du riz, et c’est bien bon. Un chat, qui a repéré que je ne suis pas du coin, récupère les arrêtes et s’empiffre. Le staff au complet est, pendant ce temps, scotché devant une espèce de vague série à la télé, un feuilleton local (probablement drôle car il y a des rires de sit-com dedans, même si les spectateurs ne rient pas) où les acteurs sont des mômes.

Je suis bien tranquille ici, mais tout à coup, c’est le drame !