Départ pour Port Barton

Départ pour Port Barton

Vous m’avez cru quand je vous ai dit qu’il n’y avait pas de drame ? Ah ah ah ! Dire que j’arrive encore à vous avoir après tout ce temps !

Imaginez le décor. Nous sommes le matin, et après un petit break (un coca, quoi), et de nombreux « impacts » (moustiques de m—–), une délicate et fine pluie se met à tomber. Rien de bien méchant, on dirait un crachin anglais réchauffé. Juste assez humide pour mouiller tout ce qu’on porte, pas assez ruisselant pour inciter à se mettre à l’abri. Une saleté de pluie, comme on ne les aime pas.

Heureusement, alors qu’on commence à douter sur la durée de cet épisode pluvieux, les nuages cessent leur vidange intempestive, et le flux des philippins reprend. Ce que j’entend par flux, c’est un nombre dépassant celui qu’on peut compter sur les doigts d’une main, dont chacun des spécimens rencontré présente les mêmes caractéristiques, à savoir :

  • un sourire béat,
  • une grande envie de nous demander comment nous allons, où nous allons,
  • entendant « Port Barton », une envie encore plus chaleureuse de nous vendre des billets de bateau,
  • apprenant que nous les avons déjà, une disparition quasi immédiate à destination du prochain pigeon.

Le même processus se répétera jusqu’à notre arrivée sur le quai/port/socle en béton où nous avons déjà pris le bateau pour la rivière souterraine. Quelques philippins jouent au basket.

Après avoir rempli l’éternel registre, nous pouvons donc accéder au bateau qui est intégralement rempli de touristes à l’exception du personnel de bord.

à bord du bateau
à bord du bateau : que des touristes !

En bateau pour Port Barton

Nous partons pour 3 heures de navigation. Le bateau est une grosse bangka et semble solide, le moteur ne fait pas un bruit aussi indélicat que l’autre. Je suis serein pour cette traversée. Arnaud, qui a développé une aversion pour les rencontres inter-touristes (ce que je peux comprendre, dans une grande mesure), s’enferme dans une contemplation totale de l’immensité bleue. Il faut dire qu’en effet, c’est un chouette décor que nous avons là, nonobstant quelques nuages résiduels.

la vue est belle pendant la navigation
la vue est belle pendant la navigation

Très vite, Sabang devient un mauvais souvenir. Des poissons volants attendaient justement notre passage pour faire les malins, et j’admets que c’est la première fois que j’en vois. La dernière fois, c’était dans un des premiers épisodes des Cités d’Or, et depuis plus rien. Autant dire que là, je suis très enthousiasmé. Et le pire, c’est que ça vole longtemps ces bestioles !

Port Barton

Et nous arrivons à Port Barton, sous un ciel gris et menaçant mais sans pluie. Port Barton est placé sur une petite baie un peu refermée.

Plage à Port Barton, temps couvert
Plage à Port Barton, temps couvert

Nous commençons donc notre exploration de Port Barton par un accueil chaleureux et sympathique d’un placeur local (il s’appelle Dong, notez pour le repérer car nous allons le revoir plus loin dans ce fabuleux et dramatique récit de voyage). Nous nous installons pour un petit repas bien sympa, et une pause sur le hamac. Et nous voilà donc installés au « Elsa’s Beach House Cottages and Restaurant ». Franchement, c’est un excellent compromis. Le tarif est de 700 à 1000P la nuit, pour des cottages individuels directement en bord de mer. Position approximative : 10°24’40″N,119°10’35″E.

la plage vue de l'autre sens
la plage vue de l’autre sens

Arnaud n’ayant pas pris de chaussures, la balade vers le Sud est rapidement abandonnée. Il n’y a rien de bien exceptionnel de ce côté là de toute façon, si ce n’est le plaisir de suivre un petit sentier et d’arriver dans la maison d’un gars réellement sympa après avoir croisé des poules et traversé un petit pont surplombant des embarcations en piteux état.

le basket, sport national aux Philippines
le basket, sport national aux Philippines

Côté Nord, une route (enfin une piste accessible en 4×4) grimpe sur la colline. A l’approche d’une antenne, des aboiements furieux et la vision d’un clebs en liberté nous incitent à rebrousser chemin. Une autre branche de la même route est supposée aller vers un endroit intéressant, mais à part un américain en moto accompagné d’une jolie et très jeune philippine ainsi que de bières fraîches, nous ne rencontrons personne. On finit par faire demi-tour et rentrer à Port Barton.

Elsa's beach resort, Port Barton
Elsa’s beach resort, Port Barton

Port Barton me plait davantage que Sabang. Il y a bien sûr quelques établissements pour touristes au bord de la plage, mais il y a un vrai village dès qu’on revient d’une ou deux rues vers l’intérieur des terres. J’ai pris quelques minutes pour dessiner un plan approximatif pour ceux d’entre-vous qui iront peut-être un jour là-bas.

Première visite de Port Barton

Le village compte 4 rues principales qui partent de la mer et vont parallèlement vers les terres. Seule la 2e en partant du Sud a une longueur raisonnable, et devient ensuite la route qui mène à Roxas et rejoint le reste de l’île.

Dans l’autre direction, il y a 2 rues principales, qui vont Nord-Sud et recoupent les 4 rues. Au Sud, un petit cours d’eau, au Nord un autre ruisseau. Le long de la route de Roxas, on trouve un terrain de basket couvert-ouvert, et l’école de Port Barton, d’un côté l’école élémentaire (énorme) et de l’autre, après le terrain de basket, la High School. ll fait chaud, nous rentrons à notre cottage. Et là, c’est le drame.

l'école de Port Barton
l’école de Port Barton

Il faut dire que ça va maintenant faire 3 fois qu’on revient à la charge à l’accueil au sujet du changement de lit. Pour l’instant on nous a refilé un lit double, et on a bien demandé deux lits séparés, ce à quoi il nous a été dit « oui » sans ambiguité. Arnaud, qui est crevé, s’est allongé sur le lit et dort déjà. J’en profite pour relancer la tenancière des lieux, et je vois alors la création totale en direct de la chambre, avec un gars qui fait le transport de matelas, deux filles qui installent les draps et placent les moustiquaires, et finalement on me remet les clés. J’explique qu’Arnaud roupille dans l’autre cottage, et qu’il faudra donc attendre qu’il se réveille pour le transfert complet.

bangka à port barton
bangka à port barton

Pendant ce temps, je mange un poisson frit avec du riz, et c’est bien bon. Un chat, qui a repéré que je ne suis pas du coin, récupère les arrêtes et s’empiffre. Le staff au complet est, pendant ce temps, scotché devant une espèce de vague série à la télé, un feuilleton local (probablement drôle car il y a des rires de sit-com dedans, même si les spectateurs ne rient pas) où les acteurs sont des mômes.

Je suis bien tranquille ici, mais tout à coup, c’est le drame !

Un dîner chez l’habitant à Sabang

Philippines : la mer le soir
Philippines : la mer le soir

Vous avez forcément compris qu’on était à la fois assez motivés, timides, étonnés, curieux, flattés, bref un peu de tout ça, de pouvoir dîner chez l’habitant, en l’occurrence la demoiselle qui s’occupe des quelques locaux où nous dormions. Oh bien sûr, on se doute bien qu’on n’est pas les premiers, et que c’est probablement une partie de ce que la plupart des touristes dans notre genre peut espérer. Néanmoins, on est bien contents d’être invités.

Chez l'habitant aux Philippines
Chez l’habitant aux Philippines

A l’heure où le soleil est couché et où les générateurs permettent aux téléphones portables de fonctionner, nous nous rendons donc au lieu convenu. Nouvelle hésitation à l’arrivée sur site : il semble y avoir deux entrées, et comme je ne sais pas où est planqué le clebs, et que je n’ai pas l’intention de me faire niaquer le mollet pour avoir pris la mauvaise porte, on fait un brin de bruit pour s’annoncer. « Hel-lô-ô ! » (vous voyez le genre)

Table et salon à Palawan
Table et salon à Palawan

En fait, il n’y a tout simplement pas de porte. Le mur, d’ailleurs, est également percé de « fenêtres » (sans vitrage) et de « trous ». Ce qui fait qu’il n’y a aucun doute, on va se faire bouffer par les moustiques. Heureusement, on a pensé à se oindre de truc antibestioles, et tant mieux. On nous fait asseoir dans un « salon » carrelé, sur des canapés un peu fatigués. Le chien me contemple passivement d’un air hagard, tout en observant attentivement… le karaoké à la télé !

Chez des philippins
Chez des philippins

Pendant ce temps, notre hôtesse et son mari préparent la cuisine… dans la cuisine. On s’approche discrètement, et on finit par prendre place sur des chaises dans la salle qui fait cuisine mais aussi chambre, et second salon de télévision. Là, c’est une sorte de film asiatique dans les rizières avec du kung-fu, des samuraïs en armure sur des chevaux et des banquets. Les spécialistes du genre auront bien sûr reconnu le célèbre Taïa-onn-kïhn. Ou pas. Incroyable de voir que dans cette maisonnette il y a 2 télés qui fonctionnent (et que personne ne regarde, à part le chien) mais pas d’eau courante.

les enfants ont l'habitude des touristes
les enfants ont l’habitude des touristes

En effet, l’eau courante n’étant pas arrivée jusqu’à cette maison, le jeune couple qui nous reçoit fait la cuisine avec bidon d’eau. Oui, vous avez bien lu, le « jeune » couple, qui a déjà trois bambins à son actif, ne doit pas dépasser les 45 ans à deux. Le générateur électrique ronronne à fond, le couteau tranche à vif, et la soupe chauffe.

Dîner traditionnel à Palawan
Dîner traditionnel à Palawan

Nous sommes là, bêtas d’admiration devant les choses simples de la vie d’un couple philippin. Vous observerez avec délectation la découverte du citron local, tout petit comme une balle de ping-pong, tout vert, et idéal pour aller avec du gin ou pour arroser le poisson.

Ce soir, c’est poisson. Les quantités en cours de préparation sont impressionnantes…

Négocier, toujours négocier

La mer et quelques petits nuages
La mer et quelques petits nuages

ça me fait penser à vous raconter comment on a négocié notre traversée en bateau pour la prochaine étape.

Le bateau : comment payer moins cher votre traversée de Sabang à Port Barton ?

Le tarif « standard » pour les touristes, est de l’ordre de 1200₱ par personne. Après négociation, et grâce à l’intervention discrète de la taulière, nous avons pu, via son cousin qui était posté au Villa Verde, obtenir nos billets pour 750₱ chacun. Autant dire que Danny, il pouvait toujours se rhabiller ! Et moi, de conclure une fois de plus que Sabang est un nid de vipères où les touristes se font plumer.

Philippines : les fameux bateaux
Philippines : les fameux bateaux

Parce que ce qui me semble certain, c’est :

  • qu’aucun philippin ne prend le bateau pour ce trajet
  • que le tarif reste totalement exorbitant, même d’un point de vue « occidental aisé »

D’ailleurs, et la description que je vous en ai fait aura fini de vous convaincre, Sabang n’est qu’un quasi-village, et surtout un repaire de touristes en bord de mer. Il en faut, mais pas pour moi. Fuyons !

Palawan : joueurs de basket
Palawan : joueurs de basket

Mais avant ça, passons à table car le repas est prêt ! Nappe en toile cirée aux couleurs… d’un style différent de ce que mes goûts auraient pu choisir au premier instinct. Chaises plastiques et bois dépareillées, mais service verrerie de fête : on ouvre en effet le carton où ils sont rangés pour l’occasion !

A table chez la taulière

Monsieur et madame Lataulière passent donc à table, ainsi que leur triple marmaille et nous deux, touristes émérites et impatients de découvrir la cuisine authentique philippine.

On ne sera pas déçus : la quantité est astronomique. On dépasse de très loin ce qui sera nécessaire de nourriture pour si peu de personnes à cette même table.

Kid & food à Palawan
Kid & food à Palawan

Et c’est tout simplement « chouettement bon » : du poisson, du riz, des citrons et de nombreuses sauces accompagnant et arrosant le tout, sortes de patates frites, calamars et autres, c’est varié et goûtu, vraiment un bon moment. Je reste dubitatif sur la quantité servie : peut-être aussi parce que je suis peu au fait des usages locaux, et je me suis posé la question. Est-ce qu’il fallait « tenter » de tout finir pour faire honneur aux plats ? Ou au contraire, fallait-il en laisser beaucoup, pour signifier que la quantité était très suffisante, sous-entendu que la distance financière entre nos deux hôtes et nous était, sur ce point, temporairement effacé, ou…

Mon alter-ego dans la cuisine
Mon alter-ego dans la cuisine

C’est incroyable comme de petites choses comme ça peuvent faire douter : que faire pour ne pas vexer, ne pas tomber dans la condescendance intolérable ou le dédain, ni considérer comme « normal » quelque chose qui ne l’est probablement pas ? Les voyageurs comprendront ce que je veux dire. C’est une petite part du « choc des cultures » (qu’on cherche, hein, ne nous leurrons pas) qui est inévitable quand on veut voyager de cette façon là, proche autant que possible des populations rencontrées. Dans tous les cas, ça vous invite à réfléchir, et c’est déjà pas mal.

Tout ça pour dire que ce repas était très agréable, et qu’il a été accompagné par des enfants pas plus étonnés que ça de nous voir.

Conclusion : la taulière arrondit ses fins de mois en faisant la tambouille aux touristes. Bonne idée !

Il est temps maintenant de nous éclipser. Le repas n’a pas été l’occasion d’une grande rencontre ou de discussions enflammées, c’est un peu dommage. En même temps, on ne parle pas le tagalog, et nos hôtes en ont peut être marre de raconter toujours les mêmes trucs aux occidentaux de passage. C’est un business ici, monsieur. Vous êtes à Sabang !

Ah bon. Et bien allons dormir, demain nous irons prendre le bateau pour Port Barton…

Et d’ici là ? Pas de drame.

Cascade à Sabang

Jour 5 : Sabang & Castafiore Inc. Ltd.

Ah, mes chers lecteurs ! Vous pensiez avoir réussi à trouver un moment normal dans ce voyage. Un matin serein où le voyageur se réveille au sursaut de l’aube, frais et dispos, souriant et prêt à profiter de l’air marin, de la plage de sable fin et de ce petit on-ne-sait-quoi de bonheur indescriptible que fournit tout moment où l’on choisit de se lever, volontairement et sans aucune autre contrainte. Il est vrai que ce matin du jour 5, à Sabang, aurait pu être de ce genre.

Plus encore, rien n’avait été planifié ou prévu avec détail. Oh bien sûr il est prévu qu’on aille voir cette fameuse Mangrove, mais sans plus de précision. L’agression moustiquienne de la veille aurait pourtant dû nous avertir que ce ne serait pas si simple, la Jungle mérite sa majuscule de noblesse, mais n’allons pas trop vite ! Ce matin était donc propice à un lever « à discrétion ».

Vue depuis notre logement à Sabang
Vue depuis notre logement à Sabang

Mais hélas, c’était sans compter sur les touristes (on reviendra plus tard sur le pourquoi, comme tous les touristes, tel Desproges qui expliquait que l’ennemi est con, il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui, vous voyez l’idée ? mais avouez que vous aussi vous avez pensé pareil au moins une fois pendant vos vacances) et les animaux. Les touristes donc, qui passent sur le chemin à quelques mètres de notre cottage et s’esbaudient s’égosillent hurlent, de bon matin, genre cor de chasse à pleine puissance :

Oh my God, it’s amazing! Beautiful! Look!!

(en anglais dans le texte)

La mégère en question qui tentait d’attirer l’attention du groupe de cloportes qui l’accompagnait montrait du doigt (oui, j’ai vu la fin de la scène par la fenêtre) un boeuf attelé qui prenait son temps sur le chemin.

Boeuf attelé, waouh
Boeuf attelé, waouh

Rien de plus, rien de moins. Autant, j’admets qu’il est assez insolite d’imaginer la même scène sur le périph, autant là en pleine nature, au fin fond des Philippines, dans une zone où les habitants vivent de l’élevage (celui des animaux ou celui des touristes), oui c’est pas inintéressant mais pas au point d’y laisser sa voix. La Castafiore n’aurait pas démérité, mais là le ton de crécelle fielleuse dépassait l’entendement. Heureusement pour mon co-voyageur Arnaud, il s’était muni de bouchons d’oreille, craignant mes ronflements. La loi de Murphy prétend d’ailleurs, à ce sujet, que « ce sont toujours les ronfleurs qui s’endorment en premier ». J’en déduis que soit Arnaud ne ronfle pas, soit je m’endors avant lui.

Bon, bin maintenant qu’on est réveillés (Arnaud a réagi au mouvement que j’ai fait pour observer la greluche, pas au son qu’elle a émis), on se débarbouille vite fait et Arnaud prend la direction de la plage. Pendant ce temps, je file chez la taulière. Il est 9h30.

Le chien maudit

J’aborde la maison de notre hôtesse sereinement, quand tout à coup j’entends l’hymne caractéristique des membres de la race canine : un jappement. Si vous m’avez suivi dans mes précédents épisodes, vous savez que ce n’est pas le requin ou le coyotte que je crains, mais le clebs. J’aime pas les clebs. Sans raison, mais bon c’est comme ça, chacun son truc. Pas une terreur à hurler hein, de toute façon la connasse de ce matin l’a déjà fait pour moi, mais juste une vieille anxiété à la découverte de cette bestiole pourtant fort sympathique en apparence, qui s’approche, la queue remuante et le regard joyeux. Je m’arrête à l’entrée et j’attends qu’un habitant de la maison réagisse au « hello » que je viens de lancer.

chez la taulière
chez la taulière

Un homme sort par la droite de la maison, et la taulière par la gauche. Vous avez remarqué que j’utilise le mot « taulière », c’est à dessein : on l’a utilisé tout le long du voyage, pour chacun des hôtes et hôtesses qui nous hébergeait, sans distinctions d’âge, de catégorie sociale ou de couleur des ongles. La demoiselle de cette fois est assez jeune, et elle s’approche. Je lui explique mon objectif du jour : j’ai une de mes sandales qui a craqué, je cherche donc un shoe repair. Elle m’explique alors qu’elle va le faire, mais si mais si, bon d’accord si vous voulez merci c’est gentil.

Plage à Sabang
Plage à Sabang

Et je rejoins Arnaud à la plage. Pour aller à la plage, il suffit de traverser la mangrove. A cette heure, grâce à la marée, elle est assez basse. La mangrove, pour ceux qui découvrent le concept, c’est un bras de rivière qui arrive dans la mer, mais c’est tellement plat que les eaux se mélangent un peu, que le courant est quasi-nul et qu’on ne sait pas vraiment où est la limite rivière-mer. Si on rentre un peu dans les terres, la végétation luxuriante de la Jungle va jusqu’à avancer littéralement sur l’eau, on n’arrive donc pas clairement à distinguer les berges non plus. Dans la Mangrove, on peut trouver toutes sortes d’animaux, oiseaux, bestioles rampantes ou nageantes, volantes… Mais rien de dangereux à l’horizon, je traverse.

Au niveau du passage, il y a quelques bateaux en réparation, l’eau monte grosso-modo jusqu’au au niveau des genoux. Ensuite, on rejoint une superbe plage qui doit faire dans les 500m de long, sable fin et décor de carte postale. Arnaud est déjà en train de nager dans la mer. Je prends un petit moment pour faire quelques mouvements (j’ai découvert il y a peu le Qi-Gong et c’est bien sympa de pratiquer dans ce genre d’endroits). Il n’y a que nous. C’est chouette les vacances !

On s’en paye une bonne tranche. C’est vraiment chouette !

On est bien à Sabang !
On est bien à Sabang !

On retourne au Cottage, on se change, et on se dirige vers la Mangrove, à peine plus loin sur le chemin, là où la taulière nous a indiqué un bâtiment pour touristes. Je suppose que c’est de là que partent des petits bateaux pour faire un tour sur la susnommée Mangrove, ça tombe bien c’est notre projet du matin. Let’s go !

Mangrove tour… with real moskitos inside -live!

A quelques dizaines de mètres à peine de notre cottage, la « route » (en terre battue, là où ce matin une maniaque hystérique s’égosillait devant un bœuf) se termine et on trouve là un bâtiment et une sorte d’abri en bois. Et une petite grappe de philippins, qui nous demandent si on est venus pour faire un tour sur la mangrove.

La mangrove, brune et humide
La mangrove, brune et humide

On serait bien allés cueillir des fraises, mais puisqu’on est là, on paye nos 300₱, on signe le registre, et on embarque à bord d’une bangka à rame. Comme ça au moins, pas de risque de panne moteur. Le jeune philippin qui nous guide nous explique d’ailleurs dès le départ qu’il faudra être silencieux, pour entendre la faune et pouvoir l’observer. Nous sommes donc partis à contre-courant (expression bien délicate tant il semble difficile de déterminer le sens du courant autrement que par déduction de la position de la mer).

La Mangrove est habitée d'insectes, de serpents et de quelques singes. Et de touristes.
La Mangrove est habitée d’insectes, de serpents et de quelques singes. Et de touristes.

La bangka file sur l’eau sans un bruit.

Comme le disait un certain chanteur (dont je vous laisse le soin de retrouver le nom), « even tall trees bend ».

Et bien là aussi : les arbres penchent, se courbent, du haut comme du bas. La limite entre la Mangrove et la Jungle est difficile à déterminer avec précision. La végétation empiète sur les deux, et la plupart des plantes, arbres, arbustes ont de grands troncs et de multiples racines, où là aussi il est difficile d’être sûr de soi quant à la détermination des limites : les photos ci-dessous

Petit tour dans la mangrove à bord d'une embarcation locale
Petit tour dans la mangrove à bord d’une embarcation locale

vous laisseront découvrir en images cette balade sur la Mangrove. J’ai peu de photos de faune, mais on a vu de nombreuses bestioles, des petites larves aux crabes en passant par les serpents perchés dans les arbres juste au-dessus de nous (nombreux, pas juste un seul), des sortes de gros lézards, un singe, etc. Cette balade est très agréable et vraiment immersive pour ce qui est de la « non-plage ».

Comme vous le constatez, l’eau est particulièrement boueuse et trouble. La végétation luxuriante se compose principalement d’arbres à feuilles assez hauts et de buissons,

deux touristes heureux se font dévorer par les moustiques
deux touristes heureux se font dévorer par les moustiques

le sol est en terre noire qui ressemble à de la glaise (quand on voit le sol !) et l’ambiance sonore est très variée : on passe du silence à une nuée de cris de toutes sortes d’animaux, parfaitement indifférenciables pour l’européen moyen. On m’aurait transporté là et dit que j’étais en Amazonie, j’y aurais cru. La Mangrove est large d’environ 20 à 30 mètres selon les endroits. D’après ce que j’ai cru comprendre, cette balade en barque est assez récente et a pour l’instant peu de succès face à la célébrissime Rivière Souterraine.

Serpent suspendu dans la mangrove
Serpent suspendu dans la mangrove

A titre personnel, j’ai aimé les deux, et je les recommande les deux.

Je recommande aussi chaudement l’usage intensif de répulsif anti-moustiques, préalablement à la visite de la mangrove. Je dis ça, c’est pour vous, hein… Pour ma part, je n’ai pas subi d’impact pendant la durée de cette visite gérée par la « Mangrove Paddle Boat Tour Guide Association Inc. » (mais si, c’est le vrai nom de ce truc !!)

Mais bon, c’est pas tout, car à Sabang il y a une autre « chose à voir » : une cascade.

La mangrove est large et sinueuse
La mangrove est large et sinueuse

Elle est indiquée sur les quelques documents touristiques que j’ai consulté, j’ai vu un petit panneau qui la mentionne (comme par hasard, juste au niveau de l’arrêt du bus, pas bête hein !) et bien sûr ce cher Lonely Planet en parle. Une fois encore, vous allez voir pourquoi j’ai vraiment des doutes sur la visite réelle sur place du gars qui a rédigé ça !

En route pour la Cascade !

Déjà ? Meunon, il y a mieux à faire avant ça : le fameux et célèbrissime Monkey Trail !

Trek sur le Monkey Trail

Après tout, on a largement le temps. Alors, on se dirige sur la plage après la mangrove (si vous avez bien lu, c’est donc celle où on s’est baignés ce matin). Le Monkey Trail commence au bout de cette plage. Un petit panneau l’indique, et on le voit facilement (un joli escalier de bois presque tout neuf qui part dans la jungle, c’est pas anodin). Le principe de ce Monkey Trail, c’est d’être un sentier entre Sabang et la Underground River, via la jungle et les collines. Il y a aussi un autre trail, mais je n’ai pas réussi à savoir où il commence et se sépare le second du premier, et d’ailleurs ça a peu d’intérêt car c’est le même programme dans les deux cas : balade aménagée en jungle, espoir de voir des singes.

The Monkey Trail, Sabang
The Monkey Trail, Sabang

D’ailleurs, on a vu des singes. Des vrais. Ouais, comme au zoo, mais en vrai. Si si ! Je le dis comme ça, mais j’ai vraiment trouvé ça chouette. Je n’en avais jamais vu des « vrais » avant ! Ils semblent habitués à voir ces bêtas de touristes restant bien sagement sur le trail. Ils n’ont pas peur. Le trail commence donc au bout de la plage, au niveau de quelques rochers noirs bien déchiquetés.

le monkey trail est clairement très facile
le monkey trail est clairement très facile

On monte rapidement sur la colline, en pleine forêt-jungle. Le sentier est parfaitement balisé, délimité, et pour ainsi dire pavé. On sent que c’est vraiment plus pour les touristes que pour un usage autochtone quelconque.

 

Mais tout à coup, on voit un mouvement furtif… Oui, ce sont bien des petits singes ! Ils font la taille d’un chat, sont gris et se promènent avec vivacité et une mangue à la main (ou presque). C’est un spectacle très chouette, qui vaut le détour !

Un singe sur le monkey trail
Un singe sur le monkey trail

Continuant le chemin (qui redescend aussitôt la colline passée), on arrive davant trois gardiens du parc qui nous expliquent qu’il faudra rebrousser chemin. Il faut dire qu’il est 15h15, et que donc il faut rentrer avant la nuit. Ah bin oui, la nuit c’est dans 2h45, faut qu’on s’y mette, hein, ça nous a bien pris 20 minutes pour arriver ici. On promet, on continue un bout de chemin, et après avoir re-monté puis commencé à re-descendre la colline suivante, on fait demi-tour pour ne pas se faire pourrir par les « autorités ». Moralité : faire le trail le matin est une meilleure idée.

 

Un autre singe, ils sont tout près
Un autre singe, ils sont tout près

Tiens, d’ailleurs je réalise qu’il y a un détail que je n’ai pas cité, tant il est devenu banal au cours de ce voyage : c’est la registrationnite aigüe. Je m’explique : où que vous alliez, où que vous passiez, pour quelque raison que ce soit, on vous fera remplir et signer un registre. Pour monter à bord d’un bateau : signez le registre s’il vous plait (avec nom, âge et nationalité… des fois que ça coule, qu’on sache dans quelle langue vous chercher en mer ?) Pour traverser un temple bouddhiste (en allant à la cascade, voir plus loin). Pour loger dans un cottage. Etc. Partout, c’est la registrationnite. Mais comme personne ne demande la moindre pièce d’identité, Tom Sawyer et Jacques Chirack ont visité plein d’endroits des Philippines 😉 mais je tiens à préciser qu’Arnaud a été sérieux et a toujours mis son vrai nom. Heureusement qu’il y en a un qui rattrape le niveau !

 

Les jus de fruits du Villa Verde

Pour aller à la cascade depuis la Mangrove, il faut retraverser la totalité du bled, en longeant la mer. On repasse donc devant les différents cottages majestueux et autres hôtels touristiques.

Fleurs kitsch et nappe à carreaux
Fleurs kitsch et nappe à carreaux

En passant devant le Villa Verde (qui fait d’ailleurs restaurant), on s’arrête pour boire un coup. Bin oui, il fait soif ! Le petit pot de fleurs en papier kitsch ajoute au plaisir de cet arrêt bucolique. Hein ? J’en fais trop ? OK.

Les plus attentifs constateront avec perspicacité qu’Arnaud fume encore et toujours des espèces de cigarettes locales abominables. Et, afin de garder une véritable discrétion sur ce qui s’est passé aux Philippines, je ne dirai pas à quel point c’était de la camelote, vu qu’il n’a pas du tout souffert des conséquences de ces produits.

Une petite clope
Une petite clope

Ou de la quantité. En fait on n’en sait rien, mais bon…

Après avoir bu un jus de mangue (ah non désolé on n’en a plus), un jus d’ananas (ah non désolé on n’en a plus), un coca (ah oui tiens il en reste, mais tiède alors), on achète une bouteille d’eau à la micro-boutique d’à côté (25P les 0.5L, là c’est cher par rapport à ce qu’on peut payer dans d’autres boutiques, vu qu’on en trouvera à 12P à peine plus loin, mais cette boutique là c’est juste à côté des trucs à touristes alors bon…) bref on prend donc le chemin qui longe la mer vers le Sud.

Mais la vue reste épatante
Mais la vue reste épatante

En route pour la cascade ! (bis)

la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan
la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan

Ledit chemin longe le cimetière, puis traverse un ou deux petits ensembles touristiques dont un temple bouddhiste (remplissez le registre s’il vous plaît), puis c’est une plage de gros galets qui commence. Pendant 25-30 minutes, il s’ensuit une marche assez désagréable sur ces gros cailloux arrondis ou instables.

Cascade près de Sabang, Palawan
Cascade près de Sabang, Palawan

A l’arrivée à la cascade, on est donc forcément déçus, car elle est clairement quelconque. Mon avis : ne vaut pas le détour. Mais à vous de juger, voyez donc les photos :

vue en contre-plongée de la la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan
vue en contre-plongée de la la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan

 

On s’en retourne ensuite assez rapidement à Sabang, la nuit va tomber d’ici une heure et il est donc temps de rentrer.

On est galvanisés. On a vu plein de choses, on a passé une super journée.

Coucher de soleil sur la baie depuis la vue en contre-plongée de la la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan
Coucher de soleil sur la baie depuis la vue en contre-plongée de la la plage de cailloux pour aller à la Cascade près de Sabang, Palawan

Et ce soir, nous allons manger chez la taulière. Prêts ?

La rivière souterraine

Panne de moteur en pleine mer…

Voilà, vous avez compris le drame. Tout à coup, le massacre auditif s’arrête. Puis les trois compères matelots s’activent autour du moteur. Il n’est bien entendu pas utile de vous expliquer que cette coquille de noix ne possède aucun équipement radio pour contacter la côte ou demander de l’aide. Et comme on est le dernier bateau pour la rivière souterraine, pas la peine d’espérer croiser ou être rattrapé par un autre.

La côte n'est pas très loin
La côte n’est pas très loin

C’est dans ce genre de situation qu’on se pose la question : nager vers la côte, oui, mais combien de temps ? A noter que je suis peu entraîné à la natation en mer longue distance (je vais à la piscine, une fois par quinzaine, une heure, juste pour discuter et faire 200m, oui je sais c’est pas beaucoup mais arrêtez de faire les malins la piscine c’est aussi un lieu de convivialité et de détente, pas juste un truc de maniaques de la distance parcourue, non mais, bande de jaloux !)

Bref, ça tapote sur le moteur, ça essaye de redémarrer, en vain. On va donc patienter comme ça un bon petit moment. En fait le bord n’est pas très loin, il serait donc possible d’y aller à la nage, mais on espère bien une réparation de fortune. Et c’est ce qui se passe. Le moteur, chevrotant et crissant encore plus qu’avant, est redémarré, et on finit le trajet au ralenti en observant à la dérobée le vague sourire jaune que décroche le pilote de cet esquif.

Visite de la Rivière Souterraine

Nous arrivons donc enfin à la plage de la fameuse Underground River, perle et joyau de Palawan. Les bangka à moteur ont pour la plupart une sorte d’échelle-escalier à l’avant, dispositif escamotable qui permet d’en descendre et de rejoindre la plage. On ne se mouille donc que le bas des pattes.

devant l'entrée du parc de la grotte
devant l’entrée du parc de la grotte

Une fois sur la plage, on fait quelques photos, et je prends le chemin pour aller à la Rivière Souterraine. Il s’agit d’un joli petit chemin genre ponton en bois, bien préparé, on peut même y marcher pieds nus sans (trop) risquer une écharde. Le long de ce sentier aménagé, des petits panneaux indiquent les essences d’arbres rencontrées. On constate également la présence d’une faune (lézards plus ou moins gros), et il semble y avoir des singes parfois, mais je n’en vois pas.

Après quelques dizaines de mètres, on arrive à un embarcadère. De là, il suffit de monter sur un bateau, et d’aller vers la grotte. En fait, un guide installe une batterie de voiture à l’avant de la barque, et y branchera une lampe. Arnaud, qui est devant, tiendra la lampe pendant la visite de la grotte. Le courant de la rivière est insignifiant, ça pourrait aussi bien être un lac. L’eau n’est pas salée (j’ai vérifié). L’entrée de la grotte est à 15m de l’embarcadère, n’espérez donc pas une jolie balade en bateau avant l’entrée sous terre.

la rivière souterraine
la rivière souterraine

Le bateau est une petite bangka que le guide fait avancer avec une pagaie. La grotte est assez intéressante car pleine de chauves-souris, et le guide passera une grande partie de la visite à nous montrer tel rocher en forme de tête de Jésus, et tel autre rocher en forme de banane, etc. La partie géologique de l’explication est réduite à sa plus simple expression, une ou deux phrases au début. Arnaud, qui est à l’avant alors que le guide est à l’arrière, ne comprendra quasiment rien des explications. Il faut dire que notre gars a un accent à couper au couteau.

Contrairement au bateau maudit qui nous a ammenés à la Rivière, sur cette petite bangka on nous a fait porter des gilets de sauvetage fluo et un casque. Des fois que le plafond (qui est à plus de 70m dans la partie la plus impressionnante) viendrait nous caresser les cheveux. Quoi ? Les chauves-souris ? Ah oui, tiens ! Bon, je passe le détail de la visite, vous trouverez ça en long et en large dans tout Lonely Planet qui se respecte (non, contrairement aux drames de ce récit, ce n’est pas un objectif de répétition !), c’était chouette, mais bon voilà, quoi.

la sortie de la grotte de la rivière souterraine, vu de l'intérieur
la sortie de la grotte de la rivière souterraine, vu de l’intérieur

Premier soir à Sabang

Une fois revenus à quai, on reprend le chemin inverse pour revenir à la plage. La question non-dite est de savoir si on va rentrer en bateau ou si on devra faire le retour à pied, sachant qu’il est déjà 17h passées et que le soir tombe vite, très vite.

Mais le bateau et ses marsouins sont là, on remonte donc à bord et c’est parti pour le retour, à vitesse réduite comme vous vous en doutez. Une fois arrivés à Sabang, on essaye de se faire servir à manger à la gargotte du parking, mais c’est trop tard. On finir donc par manger au « Coco Grove Dining Hall ». Ce haut lieu du tourisme Sabanguien est propicement placé juste à la sortie du bus, là où commence le « chemin de la plage », celui qui longe la plage et les hôtels et autres cottages pour touristes. A tel point qu’il est précisé sur un écriteau qu’on doit consommer si on attend le bus. Ceci dit, c’est minuscule (comptez 10m² murs inclus). Ils vendent des t-shirts souvenir aussi, j’en achète un pour ma fille. Pourquoi un seul alors que j’ai trois mouflettes à la maison ? Allez, je vous raconte que la tenancière ne comprenait rien quand j’ai essayé de lui demander le même t-shirt que celui-là, mais dans une autre taille ? Non, hein, vous avez pigé le truc… Bon en fait, je crois qu’elle comprenait parfaitement, mais qu’elle n’avait que celui-là dans cette taille-là, donc…

à Sabang
à Sabang

On a un peu de temps. Je profite d’un moment pour aller regarder la rue/route de Puerto, avec les habitants et la vie locale. Je vois des enfants qui jouent, des gens qui travaillent. Ici, l’activité de tricycle est inexistante (il y a bien un ou deux engins, mais rien de comparable par rapport à ce qu’on trouve dans les villes et villages). Les quelques boutiques locales que je vois vendent le strict minimum. Un étal de poisson –je ne sais pas en fait si le terme d’étal est vraiment adapté : c’est surtout une balance et une boite en plastique contenant les poissons. Avec une vieille à côté, qui fait la vente.

Il se met à tomber une petite pluie fine. Genre un crachin anglais, mais en plus chaud, et qui s’arrête au bout de 10 minutes. Mieux que l’arrosage automatique des plantes !! On va donc boire une petite mousse à la Villa Verde et on rentre se coucher. On aura donc profité d’un joli coucher de soleil sur la baie de Sabang. Comme sur les cartes postales !

en terrasse
en terrasse

A 23h, le générateur s’arrête. Il est temps de dormir, il fait nuit depuis 18h30.

Une fois l’engin de malheur (qui produit de l’électricité certes, mais qui fait un barouf insoutenable et dont l’entretien et le graissage doivent être certainement être faits une fois par génération) arrêté, le silence est presque total, à part le grognement lointain d’un cochon et le chant en pleine nuit d’un coq. Si si, je vous jure, là-bas les coqs n’attendent pas le petit matin pour se faire remarquer. Une nuit calme, quoi. Et là, pas de drame ! (quoique, au réveil…)

Sabang

A la recherche du lodge perdu…

Car à peine je reprends ma respiration, un gars s’approche et explique que

it’s all fully booked, there is only one lodge available

Gasp, ce triste sire serait-il en train de se foutre royalement de notre gueule ? Bah, allons voir, de toute façons on ne connait pas encore les tarifs des lodges, et il nous faudrait bien un petit bungalow pour dormir ce soir (et demain soir, accessoirement, car on a prévu de rester là sur une base de 2 nuits).

On suit donc Danny, puisque c’est ainsi que notre placier s’appelle. Il nous amène à un lodge, mais visiblement il est complet. On continue donc de marcher, on passe devant un hôtel luxueux (il nous annonce la nuit à 4000₱, avant de se faire quasiment rire au nez). On continue. Nous arrivons enfin à un ensemble de petits bungalows surélevés, appelé « Mary’s Cottages ». Une palissade entoure le tout. Cet endroit est un peu à l’écart, bien après les autres offres touristiques. Nous espérons donc un prix raisonnable.

Et là, après nous avoir fait visiter un cottage, on nous annonce 1000₱. Déjà, c’est avec un grand lit double, donc pas question. On demande donc deux lits séparés. On nous montre alors un autre truc, à 1500₱. Bof bof… On demande donc à Danny de nous trouver moins cher. Il hésite, puis reprend le sentier. On traverse une zone en friche, puis on arrive dans un nouvel endroit avec des cottages. Le lieu semble abandonné, un « reste » de bâtiment en béton à moitié détruit et oublié est là au milieu des herbes folles. La propriétaire des lieux, qui n’a visiblement pas plus de 25 ans, arrive et nous présente un cottage. Étonnamment, celui-ci est bien entretenu, il y a deux lits et des moustiquaires. De 800₱ la nuit je négocie à 600₱, et on se met d’accord.

Home sweet home, sauf que...
Home sweet home, sauf que…

Impact fourbe

A ce moment là, Arnaud subit la première attaque directe d’un moustique. Vif et discret, cet dernier l’impacte avec violence en plein bras. Alors qu’il réagit hélas trop tard, la propriétaire nous regarde d’un air navré et explique qu’on est juste à côté de la mangrove… Il y avait bien un truc ! Bah c’est pas grave, on a apporté des produits anti-bzzzz on va les tester ! Sur les photos que vous voyez ci-contre, vous allez découvrir à quoi sert le bidon qu’on a trouvé dans les toilettes : à tirer la chasse ! Eh oui, ici, pas d’eau courante pour les WC, juste un filet pour la douche, mais alors vraiment un filet, hein. Pour l’électricité, vous passerez entre 18h et 23h (et encore, pas assez de jus pour recharger le téléphone ou l’appareil photo, ça éclaire déjà à peine malgré le joyeux ronflement d’un groupe électrogène poussif, mais n’allons pas trop vite, on y reviendra). La petite casserole en plastique, elle est là aussi ! Je comprends alors qu’elle sert à se doucher, tout simplement ! Eh oui !!

décor rural
décor rural : une charrette à boeuf à Sabang

Quelques illustrations : par ordre d’apparition à l’écran, votre humble serviteur en pleine action, l’extérieur de notre cottage, l’intérieur du cottage, la route chemin piste menant à notre cottage.

jungle en forme de terrain vague
jungle en forme de terrain vague
chasse d'eau
chasse d’eau
lits avec moustiquaires
lits avec moustiquaires

C’est alors que Danny entreprend de nous vendre les billets pour aller à Port Barton. Pas bête, il sait qu’il y a peu de places à bord du bateau, que c’est le seul moyen d’aller à Port Barton (ou alors un sacré détour par la route). Le tarif est de 1200₱ par personne, il faut régler tout de suite pour avoir la certitude d’avoir une place. Il sort son carnet à souches.

A ce moment là, je vois notre propriétaire qui me fait clairement signe que non, il ne faut pas acheter (elle est dans son dos, à une dizaine de mètres, il ne la voit pas). J’explique alors à Danny que c’est trop tôt, qu’on verra demain, qu’on sait qu’il est Danny et qu’on verra demain. Oui demain. Mais barre toi Danny !

En route pour la Rivière Souterraine

Il est maintenant parti, on s’est installés dans le cottage. En fait, à part le cottage, le reste des lieux est visiblement une grande friche en cours de réhabilitation, à la vitesse philippine. La proprio revient, je lui dis que je l’ai vue et que je n’ai pas pris les billets de Danny. Elle me dit que le vrai prix c’est 900₱ et qu’elle nous les réservera, et qu’on n’aura plus qu’à payer plus tard auprès de son cousin/frère/ami qui s’en occupe. Soit, on fait une belle économie, dont acte ! Je lui dis donc OK. L’avenir prouvera qu’on a rudement bien fait d’accepter cette proposition, le tarif de 1200₱ étant quasiment généralisé sur Sabang.

Un petit mot au sujet de Sabang. J’avais probablement (encore) trop fait confiance aux descriptions de l’honni planète, car en réalité Sabang n’existe pas en tant que ville ou village. Sabang, administrativement parlant, fait partie de Puerto Princesa. Physiquement parlant, c’est un ensemble de cottages, lodges et hôtels pour touristes. Il y a quelques maisons pour les locaux le long de la route qui part à Puerto, mais à peine sur 200m. Aucune autre rue, donc en fait seulement ceux qui vivent du tourisme habitent là. Sabang n’est en fait qu’un nid à touristes, un piège à gogos et le racket y est magnifiquement bien organisé. Parfois c’est fait avec tact (exemple ci contre avec une pub distribuée pour des sandwiches), des fois c’est beaucoup plus vicelard. Mais voyez par vous-mêmes…

Exemple : nous avons prévu, comme tout touriste qui se respecte, d’aller à la rivière souterraine. Cette fameuse rivière souterraine est mise en avant sur tous les guides, toutes les brochures. Tout le monde en parle. Elle est énorme, la plus grande du monde. Waouh, allons-y !

Renseignement pris sur place, pour y aller, il y a deux solutions :

  • en bateau (A/R à 700₱ à partager entre les passagers)
  • à pied par le monkey trail ou jungle trail, un long sentier difficile à suivre et dont personne ne sait vraiment d’où il part ni combien de temps il prend.
vue depuis le port de Sabag
vue depuis le port de Sabag

Dans tous les cas, un « permit » de 200₱ par touriste est obligatoire pour accéder à ce secteur, et comprend la visite de la rivière souterraine en bateau avec un guide. On va donc payer notre permis (c’est dans un bâtiment en dur, sur le port, vers le terrain de basket, marqué « tourist information »). Sur la photo ci contre, vous voyez le chien crevé qui dort, ensuite le parking, puis au fond derrière le bus le bâtiment des touristes. Puis il faut aller réserver le bateau sur le quai, à côté du terrain de basket là aussi. Ensuite, il faut attendre le bateau et le prendre. Penser à contourner les joueurs de basket à se placer sous la petite tente 3×3 au nom du maire/député/sénateur/mafieux qui a fait don de cette dernière. Le bateau donc, car oui, vous avez bien compris que la description du trajet à pied nous a refroidis. Héhé, c’était fait pour, vous verrez dans le récit de demain qu’on s’est (encore) fait arnaquer.

Sabang, entre les hôtels et les lodges à touristes
Sabang, entre les hôtels et les lodges à touristes

Histoire d’oublier, on boit un coup dans une gargote (de l’autre côté du parking). Tiens, depuis Puerto, le Coca a doublé de prix…

le clebs crevé
le clebs crevé

Comme on s’y prend tard, bizarrement on est seuls dans notre bateau, c’est le dernier de la journée. Mais qu’à cela ne tienne, on prend le bateau (on a donc 3 membres d’équipage pour nous deux). Le moteur émet un bruit abominablement fort. On se croirait dans une caricature de machinerie infernale. Imaginez le son d’un diesel qui « cogne », mélangé à la douce mélodie d’une enclume frappée à toute force par une barre de fer. Vous avez un petit début d’idée de ce qu’on a subi. Et pourtant, les 3 gaillards semblent sereins. Le bateau est un bangka à moteur, petit modèle (le bateau, le moteur aussi d’ailleurs). On appelle parfois ces bateaux des pumpboat, parce que le moteur est un moteur de pompe. Voilà, c’était la séquence techniques maritimes, merci à Jean-Michel pour cette info. A la montée à bord du bateau on nous demande le permit. Le temps que je le trouve, ils s’en foutent et ne le vérifient pas. Je pense qu’une habile photocopie couleur aurait parfaitement fait l’affaire. Pareil pour le paiement du bateau d’ailleurs ! Pour nos amis faussaires, vous pouvez visualiser ci dessous le scan de mon permit et de mon reçu pour le bateau, (le permit est imprimé en format Letter US)… Mais je décline toute responsabilité si vous êtes assez tordu pour vraiment le faire ! D’ailleurs, je ne vous fournis pas le verso…

On s’éloigne un peu mais surtout on longe la plage, puis une deuxième (séparée par un petit rien, d’ailleurs notre cottage donne sur cette seconde plage plus tranquille), on longe ensuite une première crique, puis une deuxième et on se rapproche de la plage. Mais tout à coup, alors qu’on s’attend à débarquer d’ici quelques minutes à peine, c’est le drame !

Puerto Princesa – Sabang

Puerto Princesa – Sabang

Ce n’est pas au moment de se lever qu’est le drame, mais au moment où on réalise que, bien qu’étant rapides et efficaces au démarrage le matin, il est quand même déjà 9h30 et que le bus part à 10h d’un endroit distant de 20 minutes en tricycle.

le bus s'arrête faire le plein
le bus s’arrête faire le plein

Et bien sûr, là, on est encore à l’hôtel à régler la note et à récupérer le passeport d’Arnaud.

On s’avance donc un peu dans la rue, et on tombe rapidement sur un tricycle. A la question « how much », le conducteur nous répond « 100P ». On avait espéré arranger ça, je tente une négo, mais c’est l’échec. Faut dire qu’on a peu de temps devant nous, et que du coup on n’a pas vraiment le choix.

C’est parti ! Le tricycle roule comme un dingo. Il se faufile entre les autres tricycles, les camions et les jeepneys surchargés. Il double à droite, à gauche, par le trottoir… La poussière est très présente sur ce trajet. Sans oublier qu’on n’a pas encore trouvé le truc pour bien se tenir dans le tricycle, et donc qu’on est encore de front tous les 2, dans le siège passager. On finira par se mettre en face à face, comme les philippins, c’est bien plus pratique. En fait, comme pour bien des choses, il faut observer comment font les autres !

Oui, aux Philippines, on transporte des poulets
Oui, aux Philippines, on transporte des poulets

On finit malgré tout par arriver à l’endroit prévu. Ce mélange étrange de zone de marché, de gare routière et de système à sens unique autour de bâtiments branlants à la destination incertaine est visiblement un standard puisqu’on le retrouvera plusieurs fois, comme à Roxas par exemple.

Le tricycle nous dépose donc devant un bus et nous l’indique comme étant celui pour Sabang. Il fait chaud. Le sol en terre battue est irrégulier et porte les marques de roues ayant labouré la terre par temps de pluie. Le bus est abrité sous une sorte de hangar sans côtés. Je m’approche et obtiens confirmation, c’est bien le bus pour Sabang. Un gars nous déleste de nos sacs et les envoie sur le toit. Sur le moment, je ne pense pas à entourer mon sac à dos de la superbe housse rouge imperméable dont il est doté (heureusement pour moi, il n’y aura pas de drame, car pas de pluie pendant ce trajet, haha avouez que vous aviez cru voir venir ce coup-là). Avec Arnaud, on s’installe au dernier rang, la place des cancres.

Sacré bus

Ne cherchez pas les fenêtres, il n’y en a pas. Et non, le toit du bus n’est pas retouché avec Photoshop, il y a réellement ces espèces d’ondulations vert pomme faites à la bombe… Le bus est maintenant plein. Nous avons pris les dernières places… mais ce serait une erreur de croire que personne ne va plus monter à bord ! Sans entrer dans le détail, nous allons au final être environ le double de ce qui est prévu. Certains seront sur le bord des banquettes, d’autres debout dans le couloir, d’autres encore carrément sur le toit. Le toit, pourtant, est déjà bien garni puisque chacun y stocke ses bagages, colis, objets divers et même la volaille. Oui oui, vous avez bien lu, il y a des poulets ! Mais le bus sent surtout le mazout. Tout à coup, un philippiin monte dans la foule et commence à nous lire la bible (en tagalog, mais bon pas besoin d’être bien malin pour comprendre que c’est une bénédiction). Il prêche et prie avec les voyageurs pendant près de 20 minutes ! Puis il passe collecter parmi tout le bus pour sa mission.

Philippines : intérieur d'un bus
Philippines : intérieur d’un bus

Le bus partira finalement presque à l’heure, et à 10h45 on part en direction de Sabang. Mais à peine 200m plus loin, le bus s’arrête devant une pompe à essence. On se demanderait presque s’il va faire le plein, et à juste titre puisque… non !

L’arrêt semble surtout motivé par le besoin de charger d’autres colis, et d’autres voyageurs sur le toit. Pendant ce temps, tout comme avant d’ailleurs, des petits vendeurs ambulants passent autour du bus pour proposer leurs produits divers et (a)variés. C’est là qu’on entend la petite sonnette/clochette d’un vendeur de glaces à vélo.

Des passagers attendent un peu partout pour monter dans le bus
Des passagers attendent un peu partout pour monter dans le bus

On en verra d’autres par la suite, et on finira même par découvrir la musique « officielle » du marchand de glaces Nestlé !

Le bus quitte finalement le New Market vers 11h, avec 32 personnes à l’intérieur + 1 chauffeur + 1 « responsable » + 4 passagers (au moins) sur le toit.

C'est pour ça qu'on appelle ça un chicken bus ?
C’est pour ça qu’on appelle ça un chicken bus ?

Selon mon estimation, le bus est prévu à l’origine pour 25 places chauffeur inclus. Après avoir rattrapé la route bétonnée, on roule comme des dingues (environ 30km/h mais sans les vitres et avec le bruit énorme du moteur et l’acre fumée noire qui s’en dégage, on dirait qu’on va décoller si le chauffeur tire sur le volant) et tout à coup, on entend des coups sur le toit. Le bus s’arrête. Arnaud repère un gars qui descend récupérer un bac en polystyrène tombé du toit… Tout est re-fixé et on repart.

Paysage des Philippines
Paysage des Philippines

On constatera plus tard, et pendant tout le voyage, que pour faire arrêter le bus il suffit de taper deux coups bien fort sur la carcasse.

La route traverse la jungle
La route traverse la jungle

Le paysage est magnifique : il fait beau, on traverse la jungle, la route tourne, tortille, monte avec des pentes à faire frémir (et à faire pleurer le moteur, à fond en première courte, qui peine à dépasser les escargots mais finit par avancer dans un concert de métal torturé et de relents d’huile de moteur). Le « décor » est vraiment suberbe : de la jungle luxuriante mêlée à des montagnes aux formes aussi improbables qu’extraordinaires : des falaises, des collines rondes, des rochers acérés, des petites rivières et des plaines à rizières, et au loin : la mer.

Waouh, c’est vraiment beau. On dirait une carte postale… mais… mais non, je ne rêve pas, c’est bien vrai tout ça : je n’en reviens pas tellement je trouve ça chouette. Impossible de mettre des mots sur cette impression de “je savais pas que ça existait en vrai un truc pareil, pourtant je l’ai déjà vu à la télé / en photo / dans Dragon Ball / je sais pas où mais en tout cas c’est bien là !”. Vous voyez ce que je veux dire ?

Arrêt ravitaillement le long de la route
Arrêt ravitaillement le long de la route

Voici quelques scènes à bord de ce bus bondé, et des panoramas et personnes qu’on a pu voir le long de ce trajet.

Repas de fortune

Les étals proposent toutes sortes de bonnes choses
Les étals proposent toutes sortes de bonnes choses

Midi est passé depuis quelques minutes, et le bus poussif souffre le martyre. Tout à coup, le chauffeur n’y tient plus, et il arrête son engin au bord de la route. Quelques bicoques ont visiblement l’habitude de cet arrêt. Pendant que le chauffeur file aux CR (Comfort Room, le terme philippin pour WC), une partie des voyageurs descend du bus pour s’approcher des quelques vendeurs présents. Il est temps d’acheter à boire et à manger. Le trajet dure en effet un peu plus de 2h, mais il fait très chaud. On cherche encore comment le gars du Lonely Planet a pu avoir des problèmes avec la clim poussée (soi-disant) à fond, car on a eu beau vérifier, tous les bus qu’on a croisés/vu/aperçu étaient du style du nôtre : plus âgé que nous, pas de fenêtres, pas de ventilation. Alors la clim… (et en même temps, c’est pas plus mal, ça m’a évité ces fameuses et adorables bronchites qu’on se prend dans ce genre de cas sinon). Ah si, une fois, un des bus avait la musique à fond. C’est que j’ai de plus « technlogique » à vous proposer, désolé j’ai pas mieux !

Le bus est bien chargé !
Le bus est bien chargé !

Hop, il est donc temps de faire une pause ! L’afflux massif et rapide de demoiselles et de vieilles piaillant pour vendre leur tambouille et leurs produits me rappelle furieusement les babouchki des quais lointains du Transsibérien. Sauf que là on ne nous vend pas de marojenas, mais on nous propose de la nourriture fraîche et visiblement appétissante.]

J’achète à une vieille un sandwich et une bouteille d’eau (15₱ le tout). Il y a peu de touristes dans le bus, à part un italien. Encore une fois, je ressens la griserie de l’immersion ! Par chance au dernier rang, on a notre propre petite porte pour descendre du bus !

Marché de ravitaillement le long de la route
Marché de ravitaillement le long de la route

Du coup, Arnaud en profite pour faire un petit tour et quelques photos. Le contraste des boutiques en bois toute déglinguées et (malheureusement) pauvres fait tout bizarre avec les pubs plastifiées et rutilantes pour le rhum Tanduay et les téléphones mobiles Smart et Globe : « Load Na Dito !! » disent en coeur toutes ces pubs. Achetez votre recharge de téléphone ici… Très étonnant et surtout déroutant pour moi, de voir qu’ici tout le monde a un portable, alors même que la plupart des gens que vous voyez ici n’ont pas l’eau courante, et encore moins l’électricité. Choc des cultures, choc technologique, je suppose.

Paysage des Philippines
Paysage des Philippines

La route est bétonnée sur les sections en pente
La route est bétonnée sur les sections en pente

Pendant le trajet, sur certaines sections, la route… n’est plus une route. Plus de revêtement bien sûr, mais juste un mélange indescriptible de fange, boue, graviers… Le bus ne s’arrête pas pour autant ! Le bus repart, et une bonne heure après nous arrivons à Sabang.

Arrêt d'inspection... aucune inspection !
Arrêt d’inspection… aucune inspection !

Ce qui est amusant : le bus s’arrête, des gens descendent. Ayant vu le panneau « Sabang » je me demande si c’est là, mais bon, la plupart restent à bord, on va faire pareil. Le bus repart, fait (sans exagérer) 50 mètres, et s’arrête à nouveau. Cette fois ci, c’est le terminus, et tout le monde descend ! Le principe étant de payer à l’arrivée, on nous déleste donc de 200₱ chacun. L’italien aura beau nous expliquer qu’on s’est fait arnaquer, que le prix était de 120₱, pour cette fois je n’en ai pas été convaincu. En même temps, on va le voir, Sabang n’est qu’un repaire de touristes. Mais n’allons pas trop vite.

Paysage des Philippines
Paysage des Philippines

Paysage des Philippines
Paysage des Philippines

les montagnes et les cultures
les montagnes et les cultures

Jungle et montagneJungle et montagne

Nous sommes donc à Sabang. Enfin !

Malgré un temps légèrement couvert, la mer est là, derrière un écran de quelques palmiers, et on sent les embruns nous titiller les narines. Arnaud récupère son sac, moi aussi, jetés du haut du camion bus (mais avec délicatesse). Nous sommes prêts. Le trajet n’a pris qu’à peine deux grosses heures, mais c’était assez fatiguant quand même. Et très agréable.

la propreté n'est pas au top
la propreté n’est pas au top

Je suis donc dans ce genre d’état d’esprit où, vous voyez ce que je veux dire, on voudrait juste quelques instants de calme pour pouvoir « digérer » psychologiquement parlant tout ce qu’on vient de vivre, ce qu’on a sous les yeux.

les montagnes et les cultures
les montagnes et les cultures

le bord de mer
le bord de mer

Je fais quelques pas. Mais alors que je me croyais enfin tranquille à Sabang, c’est le drame (ou presque).

Jour 3 : Puerto et son port

Nous sommes donc à nuit noire. Je roule doucement dans le port de commerce de Puerto Princesa, la capitale de Palawan. A ma gauche, des containers rouillés sont entassés ici et là. A ma droite, des entrepôts sombres. Le tout est vaguement éclairé par l’ampoule fébrile de ma moto. Je m’inquiète alors de ne pas voir Arnaud me suivre. Je fais demi-tour, et alors je le vois au loin, arrêté au passage de la grille entrouverte, en discussion avec les gardes. Bon j’admets, je ne me suis pas arrêté quand je suis entré sur le port, je suis passé comme si c’était normal.

Je vois alors Arnaud faire demi-tour. J’en déduis qu’il vaut mieux que je le rejoigne, et je me dirige donc vers l’entrée. C’est alors que le garde referme la grille et m’attend. Glups…

J’arrive à la grille. Le garde s’approche et me demande

the other motorbike is your friend?

C’est le genre de situations où on n’a aucun moyen de savoir s’il faut dire la vérité ou mentir comme un arracheur de dents. Bon en même temps, je suis à l’étranger, en pleine nuit dans un lieu visiblement où je ne devrais pas être, sur une moto avec un casque (seuls les touristes en ont), et ma tête de petit-blanc ne laisse que peu de doutes. Options pour la solution n°1:

— Yes sir.

— OK! Just take the street on the left, there’s a nice place there!

— Thanks!

Et il m’ouvre la grille, tout souriant. Je file sans demander mon reste. Je rejoins Arnaud et on part dans la direction indiquée. Quelques dizaines de mètres plus loin à peine, on arrive sur la « croisette » de Puerto Princesa.

La croisette de Puerto Princesa by night

Il s’agit d’une longue portion de mer aménagée, avec de petites boutiques ambulantes, des lampadaires colorés tout le long du bord de mer, et des bancs et plantes. Un vrai petit endroit sympa avec plein de gens qui viennent prendre l’air et profiter du soir. C’est très chouette, j’aime beaucoup cet endroit. Avec Arnaud on pose les motos et on se balade un coup à pied. C’est la fin de journée, et même si on s’est levés tard on est assez fatigués. Je profite néanmoins d’un instant d’inattention d’Arnaud pour m’arrêter à un stand de brochettes. J’interroge l’autochtone sur la composition de ses brochettes aux formes étranges. La demoiselle, sans se démonter le moins du monde, m’explique qu’il s’agit bien entendu d’une brochette aux intestins de poulet. Ah… donc ce tortillon gris là c’est de l’intestin de poulet ? Ma foi, pourquoi pas. Je tente ! Pour la modique somme de 7₱ je me régale (eh oui, c’est bon ce truc !).

Il n'y a pas un chat !
Il n’y a pas un chat !

Il est temps de rendre nos motos et d’aller boire un gobelet, non ? Ici non plus personne ne nous a piqué nos engins. On arrive à l’hôtel en quelques instants, on rend nos motos, et on croise… Toto !

Les soiffards de Puerto

Il n’en est visiblement pas à son premier verre de rhum-coke. Le rhum est un truc local, le « Tanduay ». Pour l’avoir goûté (voir plus loin cet épisode dramatique qui a tourné de façon… bah vous verrez bien tout à l’heure), pour y avoir goûté disais-je, le Tanduay est un rhum à très faible degré alcoolique (je dirais à peine 20°), qui se présente sous forme blanc ou ambré. La taille « junior » est celle de la bouteille de 0,375L, et coûte moins de 1€. Elle se présente sous une forme de flasque. Mais le Toto et ses amis, ils tournent à la bouteille complète de 1L. Quand ils nous proposent de partager un verre, vous n’imaginiez pas que j’allais refuser ! Attendez j’ai déjà fait deux fois la Sibérie et sa vodka, alors c’est pas un petit rhum coca qui va m’arrêter !

gargote avec TV
gargote avec TV

Et nous voilà en train de boire un verre pendant qu’Arnaud file acheter son premier paquet de cigarettes local. Il est tout content d’en avoir eu pour 30₱, il en trouvera même sur la fin à 16₱ le paquet. Je n’ose même pas vour dire combien ça fait… Si ? Et bien ça fait un paquet de cigarettes pour 0,30€. Et encore, j’arrondis en comptant les frais de change… Enfin moi je m’en fous, je ne fume pas !

Après avoir éclusé quelques verres, on quitte les lieux et on s’aventure à pied. Au premier croisement on attrape un tricycle et on lui demande de nous emmener au super bar indiqué par le Lonely Planet. Oui je sais, on avait promis d’arrêter de se fier à ce guide dont, à plusieurs reprises que je suis prêt à détailler et à défendre, j’ai eu la certitude absolue que la personne qui l’avait écrit n’était jamais venu là. Ou alors, avait un sens de la description et de la mémoire très embrumé par les vapeurs de Tanduay. Passons. Pour la somme mirobolante de 20₱, le tricycle nous dépose donc à l’endroit demandé : j’ai nommé le bar Kinabuch. Et là, c’est le drame.

Philippines: coucher de soleil
Philippines: coucher de soleil

C’est un endroit bondé de touristes. Certes très « joli » : tout en bois bien lustré, propre, avec de la musique, des tables. Très occidental dans sa façon d’être conçu. Odieusement touristique à mon sens, même si je dois bien admettre qu’on y a passé un bon petit moment, mais sans la moindre once d’immersion locale. Or, c’est quand même ce que je suis venu chercher ici. Bah, je fais mon difficile une fois rentré, mais sur le moment j’ai passé un bon moment, alors soyons honnêtes. On boit donc quelques coups, et on repart tranquillement à pied. On reprend donc la « Rizal av. » qui est cette fameuse route toute droite de l’aéroport à la mer, et qui traverse Puerto Princesa de tout son long. D’ailleurs, je ne vous l’ai pas encore dit, mais l’aéroport est en pleine ville en fait !

Sur le chemin du retour, on passe devant une sorte de stade municipal. C’est une arène couverte, sans côtés fermés, où des philippins jouent au basket. J’en vois un ou deux faire des mouvements de sauts et de danse. La circulation des tricycles et autres véhicules est un peu moins dense, le soir, mais ça reste très chaotique. Un peu plus loin, on s’arrête pour une connexion Internet : un petit cybercafé (sans café) est installé. Le tarif pour utiliser un ordinateur est de 15P de l’heure.

On rentre ensuite à notre hôtel. La gargotte est fermée, il est tard. On se couche, et demain il faudra se lever tôt car Toto nos a indiqué à quelle heure part le bus pour Sabang. Or il faut compter 20 minutes de tricycle pour aller au terminal de bus depuis l’hôtel. En effet, le terminal des bus est situé au Nord de Puerto, au « new market ». Notre projet de demain est donc, vous l’avez compris, de nous rendre à Sabang en bus.

Reveils programmés, on se couche. Et devinez quoi, au petit matin ?

Jour 3 : prison bikers

Prison bikers

…il se met à pleuvoir ! La route est trempée en quelques minutes. Mais ça

Jungle des Philippines
Jungle des Philippines

ne m’arrêtera pas, surtout que ça s’arrête quasiment aussi vite. Je reprends le guidon et à fond vers le Sud ! Suivi de loin par Arnaud, je trace à travers la prison Iwahig, qui est une sorte de ferme-parc-zone géant où des prisonniers travaillent. J’ai surtout vu des rizières et des bicoques pourries, mais bon, je crois que c’est la première fois que je faisais de la moto en prison !

Rivière sans relief et pont en béton
Rivière sans relief et pont en béton

La route est super belle, il n’y a pour ainsi dire quasiment personne. De temps en temps, on croise un jeepney ou un van. Quand ils nous doublent, les véhicules klaxonnent. Au début ça nous a un peu désarçonnés, on se demandait bien pourquoi.

Prison aux Philippines
Prison aux Philippines

Je pense finalement que, comme dans d’autres pays (j’ai fait le rapprochement plus tard), c’est une mesure de précaution liée au double fait que 1-personne ne regarde dans son rétro-viseur et donc ça évite d’être surpris par un véhicule qui vous double et 2-il y a peu de circulation donc on peut se permettre ce genre de méthode. J’avais déjà vu ça aux Baléares et en Algérie sur la transsaharienne (oui les photos de la wiki sont de moi, héhé je fais mon malin, promis un de ces jours je vous raconterai ce voyage aussi !) — hum hum, revenons donc à nos moutons, à savoir notre balade en brellons.

Le chevalier et sa monture
Le chevalier et sa monture

On finit par tourner dans un village, Arnaud voulant voir la mer. Oui je sais, on est aux Philippines depuis déjà 3 jours, c’est un pays avec des tas d’îles, d’ailleurs on est sur une îe, et on n’est pas encore allés à la mer. Faut savoir faire attendre les bonnes choses !

Panneau de basket en bord de route
Panneau de basket en bord de route

Mais le sieur Arnaud a raison, donc à l’instinct je prends à gauche, je passe devant le panneau de basket, je reprends à gauche après la section en gravier, on fait un peu de trial pour passer un fleuve, enfin une rivière, bon d’accord, c’est un petit ruisseau. Mais je suis sûr qu’il se jette dans la mer, donc c’est un peu un fleuve non ? Et donc, à gauche je disais, on arrive au port de Mangingisda ! Tada !!

Quoi ? Comment ça le panneau de basket ? Ah oui, y’en a un au bord de la route, en pleine jungle. Me demandez pas pourquoi il est là, il y est, il n’y en a qu’un et c’est déjà ça. Non mais, quels curieux, toujours à m’interrompre en plein récit dramatique !

Plus on s'éloigne et moins la route est bonne
Plus on s’éloigne et moins la route est bonne

A l'approche du port
A l’approche du port

Port de Mangingisda

(visible sur Google Earth pour les curieux : 9°41’13.59″N 118°44’59.80″E )

Le port est à la fois simple, mignon, usé et touchant. Je ne sais pas trop comment exprimer ça en fait, mais je l’ai trouvé exactement comme j’aurais voulu en trouver un : un peu par hasard, au bout d’une route, avec ce sentiment de liberté qu’offre la motobylette dans un pays lointain, avec des bateaux et des gens qui traînent, mais en même temps très familial et local. Un chouette petit port, quoi.

Bateaux sur le port
Bateaux sur le port

J’avise une petite boutique (enfin, on appellera ça une boutique, mais à part le fait que j’y vois quelqu’un et que je suppose que les petits pains qu’elle tient sont à vendre, rien ne précise que c’est un commerce). J’achète un petit pain fourré en forme de pain à burger . La femme qui tient ce gourbi me regarde avec un grand sourire, me dit « five pesos only » et me donne le petit pain. Je n’ai aucune idée de ce que peut bien contenir ce petit pain. Après enquête, il s’agit de beurre de cacahuette. Miam! Et je dois vous l’avouer aujourd’hui, j’ai vécu 1 an au Québec, j’ai eu possibilité de manger tout plein de (soi-disant) bon beurre de peanut, et bien celui-là était bien meilleur ! C’est ça, le goût des vacances !!

Vue du port
Vue du port

Sur le port, au bord du quai, il y a plusieurs personnes. Les gens discutent tranquillement entre eux, personne ne s’inquiète de notre présence. L’ambiance est sereine. Au bout du quai, deux véhicules sont en train d’être déchargés sur des bateaux. On s’asseoir là, les pieds pendants, et on regarde les bateaux et la mer. Premier étonnement : tous les bateaux ont ici une sorte de double balancier-stabilisateur, quelle que soit leur taille. La maniabilité au port en est réduite, mais la stabilité en mer est grandement améliorée. On verra d’ailleurs plus tard que c’est une bonne chose (voir : « noyade dans le port de Taytay, bientôt sur vos écrans, suivi de près par « écopant le bateau qui fuyait », également bientôt sur vos écrans même si ce n’est pas le même bateau, mais n’allons pas trop vite, un drame à la fois !)

bangkas de pêcheurs
bangkas de pêcheurs

L’ambiance calme et détendue de ce petit port me plait. Je me sens bien, ici dans cet endroit où je crois percevoir une vie plus tranquille. Je sais pourtant bien que tout le monde ici est dans un niveau de pauvreté important, mais je ne vois pas de malheur. J’ai l’impression que tous ces gens sont sympathiques. Je n’ai pourtant pas été plus loin que cette impression. L’envie de s’approcher, de créer le contact, a été moins forte que le respect que je me dois d’avoir : je ne suis pas dans zoo.

le quai et les bateaux
le quai et les bateaux

L’intrus ici c’est moi, et je me dois d’avoir une certaine retenue, une certaine discrétion. Respect, simplement. J’observe donc doucement ce qui se passe sous mes yeux : scènes simples de vie quotidienne. C’est un chouette

Coucher de soleil sur la même rivière
Coucher de soleil sur la même rivière

moment ! Rare.

On retourne à nos motos, et on rentre. On repasse par le village, on double et on croise de nombreux élèves en uniforme. Les petits se tiennent pas la main, probablement entre frères ou entre sœurs, peut être voisins avec voisins et voisines avec voisines. Plusieurs nous adressent des « hi what’s your name? ». Gasp!

C'est une moto ça ?
C’est une moto ça ?

Je ne m’y ferai jamais de voir des petits de quelques années à peine maîtriser la langue de Dora l’exploratrice (oui je sais, chacun ses références, et on en reparlera quand vous aurez des enfants

en maternelle).

Le temps presse car la nuit approche. On ne s’arrête donc pas à la Crocodile Farm ni aux sources chaudes. De toute façon, y’en aura d’autres. Au retour, je prends une photo depuis le même pont, le soleil commence à bien baisser et la vue est jolie.

Pour les éventuels futurs visiteurs de Palawan je vous laisse le scan de la carte touristique fournie :

Puerto Princesa by night

Philippines: coucher de soleil
Philippines: coucher de soleil

Sur la route du retour, on constate plusieurs stands avec des brochettes. Je m’arrête à l’une d’elles, on achète une brochette pour 5₱. Elle semble composée d’une sorte de barde couverte au pinceau d’une sauce graisseuse. Et c’est pas mauvais du tout. Arnaud bougonne que ce n’est pas un morceau noble. Tu m’étonnes ! Vous découvrirez au fil de ce récit, chers lecteurs attentifs et dramatiques, que je suis curieux des « spécialités » locales, et que donc tout ce qui m’interpelle finit par être goûté, pour le meilleur. Et pas pour le pire, puis-qu’après plusieurs voyages à ce rythme, toujours aucune tourista n’est à déplorer (ça ne garantit rien pour l’avenir, mais c’est déjà ça de gagné).

A la nuit tombée, à Puerto Princessa
A la nuit tombée, à Puerto Princessa

L’arrivée à Puerto est tardive, la nuit est tombée. Il est environ 18h30, et il faut dire qu’on avait annoncé au taulier qui nous a loué les brellons qu’on rentrerait « rapidement, pas tard ». Bah qu’à ça ne tienne, on va quand même faire un détour sur la croisette, et avant ça se faire interpeller par les gardes en voulant entrer en douce sur le port de commerce. Ah zut, j’ai déjà lâché l’info. Bref, ce soir, j’entre sur le port de Puerto Princesa en pleine nuit avec mon engin motorisé à deux roues, et alors qu’Arnaud passe la grille, c’est le drame !

Jour 3 : Puerto Princesa

…je n’ai même pas le temps de finir d’avancer vers le comptoir que la miss me dit

I’m sorry we’re fully booked*

*désolé c’est complet

So Lonely…

Gasp. Toto avait vu juste ! Tant pis, on a un 2e lieu sur le Lonely Planet, on y va ! Et on donne donc cette nouvelle adresse à Toto, qui nous y conduit sans sourciller. La nuit est noire. Le phare est éteint car ça monte un peu (oui enfin je sais, faudrait un niveau laser pour le savoir, mais Toto il est du coin, et faut pas faire chier Toto quand il conduit la nuit sans phare au milieu de la circulation). Bin quoi, vous n’espériez pas que tout le monde irait dormir à 18h, si ?

découverte de Palawan
découverte de Palawan

Bon je vous la fais courte : le 2e hébergement est également complet. On va donc aller chez le pote à Toto. Là, on a une chambre, on est crevés, saleté de décalage horaire. Je crois que je n’ai même pas négocié le prix, c’est dire ! On laissera même un petit pourboire à Toto pour la peine d’avoir subi nos caprices de touristes biberonnés au Lonely Planet, et on prend la décision irrévocable et définitive de se démerder grâce aux tricycles pour trouver des hébergements, et à ne plus utiliser le Lonely pour ça. Excellente décision, comme le confirmera la suite du voyage.

Une fois nos bagages posés, on redescend pour aller faire un tour découverte de Puerto by night à pied.

Mais c’était sans compter sur Toto, qui insiste lourdement pour nous expliquer que le taulier loue des motos. OK Toto, on a compris, et il a bien vu que tu nous l’avais dit, c’est bon. Mais il a déjà du tirer un peu sur la bibine, le Toto. Pas grave, on décanille, et on file en ville à pied. On fait un tour tranquille, j’aime bien cette ambiance de douce pagaille, mais sans la moindre agressivité. Bien sûr il y a des tût-tût et des pouêt-pouêt, mais personne ne crie, personne n’insulte personne. C’est très agréable.

Dîner immersif

On finit par se trouver une belle et tendre gargote bien insalubre et bien « locale ». Je voulais de l’immersion,visiblement Arnaud aussi. On est donc là, tous les deux, à grignoter un plat local fait par une mama locale, sur une table qui n’a pas du voir un touriste depuis 20 ans, dans une petite salle abritée par un toit en feuilles de palmier/cocotier/truc à tronc haut et fin et à longue feuilles pointues. Sur la table à côté il y a deux gars. Tout le monde regarde avec le regard joyeux d’un veau mort une télé mal réglée qui diffuse une sorte d’émission prédigérée où des gens applaudissent des artistes ou des célébrités. Enfin, on dirait un truc de ce genre.

Royal
Royal

Coût total du dîner-spectacle : 90₱ (soit moins de 2€, boissons incluses, eh oui ne cachons rien, on a bu un coca chacun, ah bin oui mon bon monsieur c’est le prix à deux que je vous ai indiqué). Faut dire qu’à l’époque, on demandait encore du coca, on n’avait pas encore découvert le Saint des Saints (qui a dit Sein des Seins) : j’ai nommé le Royal ! Qui n’est en fait que du Fanta renommé. Je suppose que Fanta, en filipino, doit vouloir dire un truc crade ou ridicule.

Retour à pied à l’hôtel, dodo. Demain, on sera des riders !

Jour 3 : Puerto Princesa

Nous nous levons à l’aube, et encore un peu fatigués pourtant. Vérification faite, Arnaud m’indique qu’il est environ 14h30. Oups ! Bon, comme prévu on va louer des motos (enfin, des petites motos, hein, faut pas déconner) à l’hôtelier la personne qu’on trouve en bas de l’escalier. Après quelques échanges de pesos et le squat du passeport d’Arnaud (voyez comme j’ai finement prévu le coup du drame dont on parlera tout à l’heure, et que c’est lui qui laisse son passeport), on nous remet donc les deux motos brellons.

Le chevalier et sa monture
Le chevalier et sa monture

Le mien n’a plus de frein, à part un frein à pied à l’efficacité douteuse. On m’explique rapidement le système des vitesses (bin oui quoi j’ai jamais conduit une moto avant aujourd’hui, moi !) on me donne mon casque, et c’est parti. Notre première destination est donc l’aéroport, car Toto nous a expliqué que c’est le seul endroit où on peut trouver une carte du coin sans se ruiner. On y va. Petite satisfaction personnelle : j’ai un bon sens de l’orientation, donc pas de problème pour trouver l’aéroport. Une fois là-bas, je me fais en effet refiler une « Map of Palawan ». Bon, en fait, c’est surtout une map simplifiée de Puerto, et des alentours touristiques. Un coup d’oeil, et c’est rangé, on ne s’en servira pour ainsi dire plus.

L’autoroute des vacances… ou comment se retrouver en prison !

Nous prenons la « National Highway » en direction du Sud. Donc du Nord, bin oui, le Sud faut passer par le Nord pour y aller, à cause de la baie qu’on contourne ensuite.

Pont en béton avec bus local
Pont en béton avec bus local

En fait de Highway, ce qu’on appelle highway à Palawan, c’est une route bétonnée. Sur la portion qu’on va prendre aujourd’hui, il y a même deux voies, le luxe ! On roule donc à fond entre les tricycles bondés, les jeepneys pleins à craquer, les bus surchargés, les camions fumants et quelques voitures (si si, il y a des tarés qui en ont !) ; on fait le plein pour moins de 4€. C’est ce jour-là qu’Arnaud s’est fait refiler sa pièce de 25 sentimos, impossible de l’utiliser ensuite (en même temps, ça vaut environ 0,004€) !

Il est assez facile pourtant de circuler là dedans, et c’est avec plaisir que je découvre l’ivresse de la route en moto. Bon allez, assez rigolé, je vous montre l’engin. Ouais, je sais, c’est à peine une mobylette, mais bon, c’est ce qui se faisait de mieux ! Et ne me demandez pas à quelle vitesse ça monte, le compteur est débranché de toute façon.

En route pour Mangingisda (c’est là qu’on va, même si à ce moment-là on ne le sait pas encore) ! Je m’arrête sur un chouette pont en béton tout neuf (au verso, mais la photo n’a pas été prise, un vieux pont tout pourri). A gauche de la route, c’est la jungle. A droite aussi…

Bienvenue en Prison !
Bienvenue en Prison !

La route est principalement confectionnée en un assemblage de plaques de béton. Parfois, des sections sont recouvertes d’un enrobé douteux. Parfois, il n’y a rien, ni enrobé ni béton, on roule donc à même la terre battue et les graviers. Après une bonne quinzaine de minutes, on arrive à une étrange grille de bienvenue et à un panneau explicatif : nous sommes arrivés en prison. Ne doutant de rien, je sors mon appareil photo, clic-clic, et là, c’est le drame !

Jour 2 : Manille – Puerto Princesa

Le drame ! Notre chambre est un minuscule réduit. C’est tout rikiki ! On est tellement crevés qu’on s’en fout (et d’ailleurs, en fait, je m’en fous vraiment, on n’est juste là que pour dormir une nuit !).

Bref, on se couche et hop au dodo. Réveil positionné pour un lever pas trop tard le matin. On va donc peu dormir !

Demain : l’objectif sera de trouver notre vol pour Palawan (et donc pour sa capitale Puerto Princesa).


Jour 2 : Manille – Puerto

Manille le matin

Le réveil sonne, j’ouvre les yeux. Je me dirige vers la salle de bains/WC. Je découvre une petite casserole en plastique –quelqu’un a du l’oublier là, et je me débarbouille rapidement. Arnaud est prêt également très rapidement, on sort pour découvrir les alentours, sans se douter de ce qui nous attend. Ce sera un des points positivement agréables de ce voyage dramatique (eh oui, un drame par page, ça colore un voyage) : l’efficacité de « démarrage » de notre duo de choc.

Olivier à Manille
Olivier à Manille

Le choc est là : rues grouillantes de voitures, bus, jeepneys, piétons passant partout et en tous sans, klaxons, humidité (il bruine un peu, à moins que ça soit la pollution de l’air qui se condense ?) et odeurs de terre mouillée, de poussière, de fumées d’échappement, de foule, de friture, relents et remugles divers et (a)variés se précipitent en désordre violent à ma vue et à mon nez.

Aoutch ! Premier « vrai » contact avec l’Asie du Sud-Est urbain. Quelle claque !

Et, étrangement, ça me plait bien ! On erre un peu dans le quartier. Je découvrirai plus tard que nous sommes au niveau d’un croisement de deux lignes de métro aérien, au niveau de la station « EDSA ». On prend d’ailleurs le métro à destination d’intramuros, pour cela on remonte vers le Nord via la ligne jaune et on sort à « Central Terminal ». Je suis tout à fait d’accord avec Arnaud qui a dit « on ne connait pas un pays tant qu’on n’a pas visité les chiottes et pris le métro ».

Le prix du billet est très bas (15 ₱). Il est différent selon le trajet prévu. Pour ainsi dire, pas de queue à la caisse. Le métro est climatisé, pas trop bondé. Par chance, pas de pickpockets, nous croiserons plus tard des français qui se seront fait détrousser intégralement dans le métro. J’avoue qu’à ce moment, peut être à cause du décalage horaire, je n’y ai pas du tout pensé, je reste bien sûr toujours attentif mais sans plus. Je m’estime donc chanceux, sur ce coup-là.

Un jeepney
Un jeepney

On sort du métro, et après avoir décliné les propositions financières d’un promeneur de touristes, on arrive à la visite d’Intramuros, le « must see » de Manille. Enfin selon le guide, car j’avoue n’avoir pas été plus emballé que ça. Non pas que ça soit moche ou inintéressant, mais ça ne mérite pas le voyage, à mon humble avis.

Pour vous faire un descriptif sommaire : au milieu de Manille il reste une zone entourée de remparts, qui s’appelle Intramuros. A l’intérieur, quelques bâtiments historiques côtoient des maisons modernes et des segments urbains en quasi-friche ou à l’abandon. Ruelles sordides et rues goudronnées se mélangent. J’aime bien l’ambiance, mais pas plus et pas moins qu’ailleurs.

Jeepneys à Manille
Jeepneys à Manille

Rien d’exceptionnel, donc, mais regardez plutôt ces quelques photos.

 

 

Cet espèce de véhicule étrange, à l’intermédiaire entre une jeep, un bus, un camion et un truc en tôle kitsch est un « jeepney« . Il a les fonctions croisées de tout ce que je viens de décrire.

Manille
Manille

Ci-dessous, à gauche : la cathédrale de Manille (dans Intramuros). A droite : le City Hall de Manille (pas dans Intramuros, mais juste à côté, de l’autre côté de l’avenue Padre Burgos). En t-shirt moulant rose, Arnaud, chacun ses goûts.

Rose à Manille
Rose à Manille

Intramuros donne, quand on en ressort côté avenue Padre Burgos, sur le bout nord du parc Rizal, et sur un golf. En pleine ville, eh oui, ils n’ont peur de rien ! La bruine recommence, et en même temps le soleil est là. Lumière !!

Nous finissons notre visite dans ce quartier et reprenons le métro aérien à destination de notre quartier de base, EDSA.

Manille "intramuros"
Manille « intramuros »

On profite de notre petit tour dans le quartier EDSA pour trouver un accès Internet (il y a des cybercafés partout, dans chaque centre commercial, aussi petit soit-il). Le tarif annoncé est de 15₱/h. On fait donc allumer un ordi et on regarde les tarifs en ligne pour les vols de la journée à destination de Puerto Princesa, capitale de l’île de Palawan, où nous voulons passer nos vacances. Les tarifs oscillent autour de 2 800₱ chacun pour l’aller simple. A titre de comparaison, ça fait un vol domestique tous frais inclus d’environ 1h15 à un tarif de 50€. Allez chercher ça chez Air France pour un vol intérieur… On hésite un instant, et on quitte donc le PC pour retourner dans le Shopping Center. Le tenancier du cybertruc n’étant pas là, on ne peut pas payer ! On reviendra… Bref, ceci vu, on avise une petite échoppe qui doit probablement être une agence de voyage, si j’en crois les panneaux « Philippine Airlines » et autres « Negros Navigation » qui ornent le plafond, le sol, les murs… On demande donc à la demoiselle son meilleur prix pour notre vol. Elle nous annonce alors 2 588₱ chacun, taxes incluses. C’est donc OK ! On paye, en cash bien sûr, et là on la voit partir dans son porte-monnaie perso pour y trouver la monnaie, elle fait les fonds de tiroirs, et finalement arrive à nous rendre notre monnaie avec le sourire. Les billets électroniques sont imprimés sur du papier particulièrement fin et de qualité médiocre, avec une imprimante à aiguilles poussive. Mais bon, ça marche, et c’est bien tout ce qu’on veut ! Je retourne alors au cybertruc pour payer notre connexion Internet. Le gars me dit que, vu qu’on l’a très peu utilisé (à peine 10 minutes c’est vrai), c’est cadeau. La classse ! Je commence décidément à bien aimer les Philippines– le pays hein, pas les filles, me faites pas dire ce que j’ai pas écrit[mention spéciale pour Christian qui a réussi à me sortir ce gag le premier !].

On ressort, Arnaud est serein et moi aussi d’avoir nos billets. Le vol est pour 16h, on a le temps de traîner un peu, d’aller manger au resto de l’hôtel (on a découvert le matin qu’on avait, outre les petits déjeuners, le lunch inclus aussi).

Après un repas de riz et de viande en sauce (le fameux « adobo », ce plat qu’on retrouvera partout ensuite), on saute dans un taxi à destination de l’aéroport NAIA, terminal 2. C’est un vrai taxi avec compteur, waouh ! Pour la peine, il gagne un pourboire de 30₱.

Notre vol est celui de Philippine Airlines. Le service est impeccable, l’horaire parfaitement respecté. A noter que quand on veut prendre un vol domestique, on doit payer 200₱ au terminal, sorte de taxe d’aéroport. Lors du retour par vol international, la taxe est de 750₱, et par contre au retour, au départ de Coron-Busuanga, on ne payera que 20₱. A chaque fois, il est possible de payer en dollars américains en lieu et place des pesos si on n’en a pas (le taux de change est, bien sûr, particulièrement défavorable). Je profite de ce que je parle de dollars pour une première remarque sur un fait qui m’a marqué particulièrement pendant tout le voyage aux Philippines : les très nombreuses preuves d’une influence forte américaine. Quelques exemples sous forme de petits détails, qui parleront aux globe-trotters : les feux routiers sont de l’autre côté de l’intersection, les prises électriques sont à deux broches plates parallèles style USA, bien qu’on soit en 220V, les noms des rues sont affichés en blanc sur vert suspendu sous les feux (voir photo ci-dessus), le sport national est le basket… et quand on les cherche, ces détails sont légion. Amusant !

Nous atterrissons et sommes donc enfin à Palawan ! Après avoir récupérés nos bagages, une personne se tient à la sortie du terminal pour récupérer les bandes autocollantes que les compagnies fixent sur les sacs et valises. Je ne sais pas pourquoi, car aucune vérification n’a lieu. J’en déduis que c’est peut être pour éviter que tout le monde jette ça dans le décor, ce serait donc pour moi une action « verte ». Et après tout, pourquoi pas, puisque Palawan est dans un programme « vert et propre ». J’ai d’ailleurs remarqué avec un plaisir réel que toutes les villes et villages, mêmes les plus pauvres, étaient vraiment propres et bien nettoyés. Je tire mon chapeau !

Puerto Princesa

Dès notre sortie du terminal, un chauffeur nous aborde. C’est Toto (on le saura plus tard). Il nous exhibe fièrement son permis/accréditation/autorisation/papier sous plastique et nous indique son tricycle. On s’y rend tout souriants et on se renseigne sur le tarif de la course avant de monter à bord. Vous avez vu, on est bien disciplinés, on a bien lu le guide Lonely Planet, et on suit ses conseils à la lettre (avec le succès qu’on sait, voir plus loin un certain drame). Toto nous annonce donc 50₱ et on monte tout contents dans son tricycle.

On explique à Toto où on veut aller. Pas d’hésitation, il comprend tout de suite, et c’est parti ! Le long du trajet, la nuit tombe (oui, la nuit tombe vite, comme partout d’ailleurs mais je ne m’en étais jamais fait la remarque). Le long du trajet Toto essaye de nous faire changer de destination en nous vantant les mérites d’un super endroit qu’il connait bien. Après enquête (voir plus loin), on comprendra qu’il y passe ses soirées à écluser des rhum-coca avec des potes. Ceci dit, on décline gentiement son offre. Profitons des quelques instants de ce trajet pour décrire précisément ce qu’est un tricycle !

C’est une mobylette (le terme de moto serait inenvisageable, déjà celui de mobylette est exagéré quant à la puissance de l’engin), c’est une mobylette disais-je avant d’être interrompu par moi-même, c’est une mobylette à laquelle on a fixé une sorte de carcasse métallique et ajouté une roue à droite, formant au total un hybride inspiré (vaguement) d’un side car, mais à habitacle commun. Encore que le terme d’habitacle soit douteux. Le compteur de vitesse est bien entendu systématiquement débranché, le moteur hurle à tout rompre qu’on pourrait pourtant aller plus vite en courrant à côté, mais bon, ça transporte son petit monde. Question éclairage, Toto éteindra son phare dans les montées en espérant ainsi récupérer un brin de puissance et éviter de caler (pourtant à fond sur les gaz). Après une dizaine de minutes de ce régime, nous arrivons à l’hébergement. La route de l’aéroport à Puerto est une unique et longue ligne droite. Au dernier moment, Toto tourne et prend à gauche. La ruelle sombre est garnie de trous et de pierres. Nids de poule ? Si seulement ! On se demande si le tricycle tiendra le choc, heureusement oui ! Les tiges de métal grincent, tordent mais ne rompent pas.

L’engin s’arrête juste devant un joli bâtiment de bois bien tenu.

Je descends prestement du tricycle. Ce dernier coupe le moteur mais reste là. Il se douterait d’un truc ? J’avance bravement et fièrement vers le comptoir. Une charmante demoiselle, souriante, me regarde et s’enquiert de ma demande.

Et là, alors que je m’apprête à lui expliquer que nous souhaitons une chambre, c’est le drame.