En route pour El Nido

Nous quittons Taytay pour rejoindre El Nido, en bus

Sur le toit du bus

En ce matin délicat du 10e jour de notre périple dans les tréfonds non-touristiques de l’île de Palawan, nous avons pour projet de quitter Taytay pour El Nido. Pourquoi El Nido me demanderez-vous, ô lecteurs curieux et passionnés ? Je vous accorde à titre de préambule qu’El Nido est bien plus connu des destinations de touristes, en particulier des plongeurs et observateurs marins de tous bords. Et des touristes occidentaux d’une façon générale.

vue depuis le toit du bus (voir plus loin les détails)

Alors le temps est gris, venteux. Alors on prend un tricycle jusqu’au terminal des bus. Alors on se renseigne sur où est le bus qui part à El Nido. Alors on nous indique un vieux tacot rouillé. Alors on y grimpe, et plus précisément sur le toit. Alors on nous demande de payer 150₱ chacun pour le trajet (ci-à-côté : le ticket de bus poinçonné). Alors le bus démarre et après le rond point, prend la route d’El Nido. Alors on arrive après quelques centaines de mètres à une section où il n’y a plus d’enrobé. Alors la poussière nous poursuit, alors la chaleur devient écrasante car les nuages sont partis, alors on met de la crème solaire, on se cale comme on veut entre les ballots et les innombrables choses et passagers entassés là-haut, alors on est serein et on apprécie le voyage dans toute sa couleur.

l’environnement de Palawan le long de la route d’El Nido

Alors, on est bien, là, tranquille. C’est chouette !

A ceux qui trouveront original de se mettre sur le toit d’un bus, je signale que j’ai payé ma place au même tarif, et que comme de toute façon à l’intérieur c’était complet, c’était ça ou debout dans le couloir (et encore, si j’avais bataillé pour atteindre le couloir). Arnaud s’installe lui aussi sur le toit, un peu plus en arrière.

Olivier sur le toit du bus (on voit que je ne suis pas le seul à m’avachir dans les bagages)

Couic la tête

Qu’on n’en déduise pas que l’infrastructure routière est adaptée aux bus surchargés et sur-remplis. On arrive assez vite à un village qui semble préparer une fête locale, ils ont décoré le village avec des tas de petits fanions de couleurs. Ah en fait, quand on approche un peu plus, on voit qu’en fait de fanions ce sont des sacs plastique de couleurs différentes, attachés aux fils électriques. Et qu’ils sont à hauteur de tête. Un cri d’un passager du toit et tout le monde baisse la tête au maximum : on se couche d’un coup ! Hop, le fil électrique et ses sacs sont passés à 10 cm au-dessus de moi !!

Le car continue sa route à travers les rizières, la jungle luxuriante, de petites collines. La route est enrobée sur les portions de forte pente, pas ailleurs. On m’explique qu’il parait qu’un enrobé va être déployé sur toute la longueur d’ici « quelques années »…

Alors que je suis là, serein, sur mon toit, et que je commence à vraiment m’habituer au style de conduite sportif du chauffeur (malgré un moteur poussif et crachotant), au détour d’un virage, l’engin s’arrête. Un passager qui va descendre ?

on s'installe sur le toit pendant les réparations
on s’installe sur le toit pendant les réparations

Non ! Le car est en panne. Par chance, je suis à l’ombre (on a beau dire, en plein soleil, on est mieux à 50km/h qu’à l’arrêt). Notez que je ne vous ai pas fait le coup du drame, hein, alors n’allez pas vous plaindre ! D’ailleurs, personne ne s’énerve, personne ne se plaint. Tout le monde attend bien patiemment, et le chauffeur aidé de deux philippins (qui semblent être ses collègues car ils ont encaissé le trajet et/ou vérifié le chargement au départ) ouvre le compartiment moteur et prend un marteau de taille conséquente, puis tape.

Un vrai film. On se croirait en train de réparer un vieux truc déglingué de l’aire soviétique. Bim bim bim !Le marteau tape. Vroum, le moteur redémarre. Allez comprendre !

Panneau de basket à Palawan

Nous reprenons donc notre traversée de Palawan en car. Je remarque à l’usage du visiteur curieux que chaque village, chaque hameau, chaque école a son terrain de basket. Héritage colonial américain (ou pas, mais pour moi oui) le basket est un sport essentiel et particulièrement pratiqué aux Philippines.

El Nido : installation et premiers pas en terre touristique

L’arrivée à El Nido se fait sans histoire, on saute dans un tricycle pour aller trouver un hébergement. Le gars du tricycle (qui fait donc office de guide/aide à la trouvaille d’hébergement/transport/conseil aux voyageurs/animation musicale, rayez la mention inutile mais selon moi il n’y en a pas) nous emmène un peu en retour sur la route. On règle 30₱ et on se retrouve à négocier une chambre sans moustiquaire avec deux lits pour 500₱. On sent qu’on est à El Nido !

Le tricycle retour pour aller à nouveau à El Nido est à 20₱. Je cherche le post office (vous vous souvenez, à Taytay, je n’ai pas pu poster mes cartes postales car à la poste on ne savait pas le tarif pour envoyer une carte postale à l’international), donc ici je le trouve assez facilement. Étrangement, le bureau a l’air dédié à la poste. Encore plus étrangement, il y a un gars derrière le guichet. Terriblement plus étrangement, il comprend ce que je veux. Dramatiquement plus étrangement, il se trouve que mon affranchissement était le bon, il prend mes cartes postales, fin de l’épisode. Waouh ! (pour l’anecdote : elles sont arrivées !)

On se balade « en ville », on fait un petit tour dans El Nido à pied. On découvre qu’il y a de nombreuses officines plus ou moins développées, qui proposent de la plongée et des balades dans les îles du coin. C’est aussi pour ça qu’on est là, c’est très réputé et ça le mérite (vous verrez tout à l’heure les photos). Les prix des « tours island » (ne me reprochez pas l’écriture, je retranscris ça tel quel) varient de 400 à 700₱ et plus, accessoires en sus. Par accessoires ont entend par exemple le masque de snorkelling ou les palmes, ou d’autres trucs du genre.

Allez, remettons nous de nos émotions. On va manger dans une gargote, tenue par une mamie. On y mange bien, c’est discret et sans touristes. Et pas cher, en plus ! Photos : recto, verso !

A la gargote
la même gargote (verso)

Ensuite on continue notre découverte d’El Nido avec la trouvaille qui nous vaut la réjouissance : on réserve un « tour » des îles pour demain, tout inclus, chez Arman pour 500₱. El Nido est une petite ville qui a très nettement moins de charme que Port Barton. C’est plus bétonné et ça pue l’arnaque à touristes à plein nez. Clairement, c’est moche. Il y a pourtant de jolies choses à voir, il faut juste être un peu curieux et ne pas chercher l’esthétique d’un « beau lieu ». L’intérêt, comme souvent, c’est les gens.

On rentre à pied au cottage en 40 minutes.

le long de la route, arrêt aux stands pour ravitaillement !

Arrivant à notre cottage. On avise la tenancière des lieux, et on s’installe à sa terrasse pour y sirotter un petit rhum-coca. Tout a l’air de bien se passer, la dame acquiece à notre demande, mais tout à coup, c’est le drame !

(héhé, vous ne vous y attendiez plus, hein ?)

La vague de trop

La vague de trop

Le bidonville vu de la mer
Le bidonville vu de la mer

Bon, pas besoin de vous faire un dessin, on est trempés, complètement dégoulinants. Tous à bord, autant que nous sommes, on est rincés. C’est pas que je n’aime pas l’eau de mer, mais quand on a un sac avec appareil photo dedans, on aime moins, surtout quand on a pris le bateau pour rentrer en espérant que le gars savait naviguer. Jean-Mi confirme d’ailleurs, en français dans le texte pour ne pas vexer, que notre philippin de barreur est vraiment un piètre marin. On finit de longer la côte et son bidonville, qui d’ailleurs vu depuis la mer semble nettement moins pourri.

Arnaud à bord
Arnaud à bord

Arrivés au port, c’est donc changement de vêtements, et petite douche pour se dessaler. On va ensuite en « terrasse », car oui madame, oui monsieur, le Casa Rosa a une terrasse panoramique avec une vue exceptionnelle sur la ville de Taytay. Sauf que quand je parle d’aller « en terrasse », c’est autre chose !

On va en effet se poser devant une petite boutique en pleine rue, assis sur le trottoir et sur une caisse en plastique, et boire là un gobelet tout en grignottant divers bidules de ladite boutique.

Apéro improvisé en pleine rue
Apéro improvisé en pleine rue

Un apéro-squat en devanture… qui semble normal à tout le monde ici. J’aime bien ça ! D’ailleurs, ça ne gêne pas les quelques autres clients qui passent et qui font quand même leurs courses, mais nous ça nous aide bien car la tenancière nous fournit les verres et tout ce qu’on veut en fait.

Bonne ambiance, bon concept !

Cybersieste

Taytay : le cybercafé en peine activité
Taytay : le cybercafé en peine activité

Il est maintenant temps d’aller faire un tour d’Internet, puisque le courant semble rétabli. Bin oui, vous n’espériez pas faire du net sans électricité non ? Dans la rue pas loin du Casa Rosa, il y a un cyber café. Oh il faut le savoir, rien sur la boutique ne l’indique, mais en demandant on nous explique où c’est. On se trouve un ordi, et alors que je rédige un magnifique mail bourré de belles locutions verbeuses, arrive un autre drame : coupure de courant !!

Cybersieste !
Cybersieste !

Eh oui, c’est classique, la centrale a lâché. Qu’à cela ne tienne, les gamins qui jouaient à Counter Strike en réseau font une petite sieste sur place, si si j’ai même pris la photo tellement ça m’a étonné.

Le tenancier du gourbi où nous attendons la reprise du courant pour pouvoir continuer à jouir des extatiques bonheurs d’Internet possède, ô heureux homme, un générateur. Il le met en route, enclenche le bon circuit électrique, et tout repart.

Et où va donc ce sentier ?
Et où va donc ce sentier ?

Après cette épopée, on a faim. On file avec JM au SeaSlugs pour manger un bout. C’est quelconque, ça ne vaut pas mieux que la gargote, mais c’est nettement plus cher et la musique est à fond… comme dans le tricycle devant la gargote, ah oui c’est vrai je ne vous avais pas raconté ça : lorsqu’on a mangé dans la gargote du cochon fou, il y avait un tricycle qui est passé et repassé devant nous un certain nombre de fois, et qui avait, comble du luxe, une sono dont le bouton devait être cassé en position maximum++…

Allez, allons nous coucher. Assez de surprises pour aujourd’hui !

(je vous passe sous silence un drame au niveau du changement de chambres, ça n’a pas l’intérêt d’un chapitre entier).

Le coup de la patate

Le coup de la patate

A force de voyager aux Philippines, on finit par s’attendre à tout. Mais le coup de la patate, pas encore ! Concrètement, à l’intérieur, il y a une troisième personne, outre le chien (faméliquement moisi) dont j’ai parlé tout à l’heure et un petit chaton gris. Ce vieux, car il s’agit d’un vieux, nous prépare une décoction dans des verres. Le breuvage, trouble à l’extrême, ne peut bien sûr pas être refusé.

Pris au piège
Pris au piège

D’autant qu’on est chez lui, entouré de ce qui semble être ses fils ou ses jeunes cousins. Aucun des trois ne maîtrise l’anglais, mais chacun tente sa petite phrase et son sourire pour faciliter une ébauche de conversation. Visiblement il n’y a finalement pas tant de touristes qui passent ici, et ils nous demandent ce qu’on est venu faire dans ce coin. L’idée de faire un tour en bateau sur le lac pour le plaisir semble assez les étonner.

Alors, le vieux prend une poêle qui était sur un vieux fourneau, et nous apporte tout heureux des patates douces tièdes, et une assiette plastique contenant du sucre. Il coupe les patates en quartiers avec un couteau qui démotive toute tentative de refus de goûter. Je ne suis pas forcément grand fan de la patate douce, mais l’ambiance est assez chouette. C’est un délicat mélange de « barrons-nous d’ici » et de « ces gens sont très intéressants mais on n’arrivera pas à communiquer assez pour établir une discussion« . Ajouter du sucre avec les patates douces est une bonne chose.

On va bien manger ce soir !
On va bien manger ce soir !

On prend deux photos, on finit poliment nos portions et on remercie agréablement avant de repartir. Le soleil est toujours là, un petit moment à l’ombre de l’intérieur n’était finalement pas une mauvaise idée.

On s’en va par le sentier avec lequel on est venus. On repasse vers le début du lac, il y a là des animaux qui sont en pleine liberté : veaux, canards… Devant du riz qui sèche au soleil, je ne peux m’empêcher de prendre la pose : « Eh gringo, alors il est comment mon riz ? » — comprenne qui pourra, c’était supposé être avec du café.

Alors gringo, il est bon mon riz ?
Alors gringo, il est bon mon riz ?

Passage humide
Passage humide

Dramatique retour au soleil

Le chemin du retour commence. On le sait, ça sera long jusqu’à la route… Quand tout à coup on réalise qu’il nous attend un drame : car le problème, c’est qu’il n’y a pas de tricycle prévu pour notre retour ! Et la route est un peu longue, non ? Bah, on avisera…

Le chemin en terre jusqu’à la route, à l’ombre de la jungle, nous prend 30 minutes comme à l’aller, pas de surprise. Et là, on commence à marcher au bord de la route en espérant de faire du stop ou de trouver un tricycle… Et il fait chaud. Et la route est longue. Arnaud fatigue mais ne dit rien. Je prends le temps de prendre une photo de la route. Personne à l’horizon.

ça sèche au soleil
ça sèche au soleil

Pas un camion, pas un bus, pas une voiture. De temps en temps, (peut être trois fois en une heure) un minivan bourré de touristes nous double à toute vitesse. Les quelques camions qui passeront ne s’arrêteront pas. Bref, on ira à pied.

On va mettre 1 h 10 à marcher en plein cagnard jusqu’au terminal des bus, au fameux rond-point. Même si le trajet est long et dur sous le soleil, les paysages sont vraiment chouettes, et c’est un vrai plaisir de vivre ces instants au cœur des Philippines, au bord d’une route toute simple, passant ici devant une école-église, là devant un poste de police miniature, ou parfois une simple petite maison.

retour à Taytay à pied, sous le soleil
retour à Taytay à pied, sous le soleil

C’est un de ces moments pénibles sur le coup, mais qui valent vraiment la peine. J’observe la végétation, les zones cultivées et les zones sauvages, la disposition des bâtiments qui jalonnent la route, tous les petits détails qui deviennent visibles quand on marche et qu’on ignore tout simplement quand on circule en véhicule.

Quoi qu’il en soit, je suis très heureux d’avoir fait ce petit bout de trajet, même si je crois que sur le coup, Arnaud a souffert de la chaleur et du manque d’eau. Comment ? Ah oui j’ai oublié de vous préciser qu’on avait épuisé notre gourde, et qu’autant il nous restait de la crème solaire, autant le reste… il fallait attendre d’arriver ! On se sépare donc « en deux groupes de un », jusqu’à l’arrivée au Terminal.

Jean-Mi

Là on se boit un coup, et on saute dans un tricycle, direction le Casa Rosa et Jean-Mi ensuite ! Car une fois au Casa Rosa, après avoir traîné quelques minutes dans nos chambres, on se décide à continuer nos explorations et à retrouver le fameux Jean-Mi.

Taytay dispose d'un grand bidonville en bord de mer
Taytay dispose d’un grand bidonville en bord de mer

Il nous a raconté hier qu’il aménageait/réparait/préparait un super bateau au bord de la mer, un peu plus loin sur la côte, après le bidonville. On s’engage donc dans cette nouvelle épopée : traverser ledit bidonville, suivre la côte et trouver le bateau et donc Jean-Mi. Ne sachant ni si c’est loin, ni à quoi ressemble le bateau, et encore moins à quoi ressemble la propriété où il est en squat.

Le bidonville s'enfonce dans l'eau croupie
Le bidonville s’enfonce dans l’eau croupie

Sans oublier que le chemin à suivre nous est inconnu, et que le bidonville mérite vraiment cette appellation, l’expédition semble périlleuse… Mais on n’est plus à ça près, hein !

La marée est montante, l’eau s’infiltre dans le bidonville ; l’eau est sale, croupie et polluée de déchets en tous genres (plastique, bois, etc).

Taytay : vue sur la baie avec les rochers noirs
Taytay : vue sur la baie avec les rochers noirs

Ensuite, notre chemin continue et la vue est magnifique : mer bleue, quelques nuages et quelques vagues, une légère brise, la côte est escarpée et pentue mais la promenade est vraiment belle.

Le mariage de la jungle luxuriante avec la mer et les rochers noirs est un beau succès !

Les stabilisateurs du futur bateau de Jean Mi
Les stabilisateurs du futur bateau de Jean Mi

Après avoir marché une vingtaine de minutes, on atteindra notre but : Jean-Michel, son bateau, ses ouvriers. Il est encore démonté (le bateau, pas Jean-Mi) mais a déjà fière allure. Son heureux propriétaire nous explique tous les détails et améliorations de son navire, à bord duquel il espère rapidement pouvoir naviguer mais aussi vivre et dormir.

Jean Mi nous montre son bateau en cours de travaux
Jean Mi nous montre son bateau en cours de travaux

On discute un bon moment, et Jean-Mi nous présente les propriétaires de la superbe villa dont il squatte une partie du terrain. Jean-Mi ? Son parcours est tout simplement hallucinant. Il nous explique sa vie au long cours, sur divers bateaux… et ses quelques échouages sur la côte, dormant alors que l’embarcation l’emmène vers la plage ! Il a vraiment pas mal roulé sa bosse, il a vécu aux Etats Unis où il a également un bateau qu’il destine à son fils… Mais ce qui est vraiment le plus incroyable, c’est son accent 100% frenchy quand il s’exprime en anglais.

l'hôte du squatt de Jean Mi
l’hôte du squatt de Jean Mi

Retour par la mer

Enart, notre hôte de l’instant, a une maison superbe, tout en bois et bien finie, avec bien sûr un petit générateur pour l’électricité et une vue imprenable sur la mer. La mer est d’ailleurs en train de faire des vagues, le temps se dégrade légèrement. Le vent commence à venir un peu. Et devinez comment on va rentrer à Taytay ? Par le sentier ? Non, par la mer !

A bord pour retourner à Taytay
A bord pour retourner à Taytay

Ah, quand je pense que certains croyaient nous avoir déjà vu couler au cours de ce récit, attendez de voir ce qui va arriver.

Là, on n’est plus sur un joli petit lac bien calme par beau temps. On est en mer, bord de mer certes mais mer quand même. Et le temps se gâte salement.

Visiblement, le philippin qui gère la bangka qui nous ramène ne sait pas naviguer par temps de vagues.

la côte vue depuis la mer
la côte vue depuis la mer

Un coup de face, un coup de côté à la limite de chavirer, à chaque fois on embarque un peu d’eau à bord… Les sacs sont sur le dos, le plus haut possible. On garde son calme, la navigation ne devrait pas durer plus de 20 minutes, nous dit-on.

Et tout à coup, une vague que le bareur n’a pas vue venir (ou qu’il a pris n’importe comment). Et là, c’est vraiment… le drame !

Le fameux Lac Danao, à côté de Taytay

L’approche du lac

Il y a beaucoup de vent ce matin.

Palawan, la route de Taytay sous le soleil
Palawan, la route de Taytay sous le soleil

On file rapidement hors du Casa Rosa et on prend un tricycle pour nous emmener au début du chemin d’accès au Lac Danao.

Ce chemin part de la route qu’on a pris pour venir de Roxas, vous vous souvenez, juste avant l’hôpital, il y a un vieux panneau décrépi… C’est donc un chemin de terre qui s’enfonce dans la jungle. On y va confiants, le guide indique qu’il y a quelques centaines de mètres…

Non loin du lac Danao, le riz sèche au soleil
Non loin du lac Danao, le riz sèche au soleil

En réalité un peu plus, mais c’est très faisable même pour un non-sportif en mon genre, il y a environ 30 minutes à marcher d’un pas tranquille. Le truc, c’est que quand on s’attend à 100 m, ça semble long.

Enfin le lac !

Le chemin passe dans la forêt, tourne et retourne, et traverse un microscopique hameau (néanmoins équipé d’un terrain de basket, à défaut de quoi que soit d’autre, mais ne soyons pas de mauvaises langues : il y a aussi une magnifique mention « welcome » en bois), des enfants jouent dans un arbre.

certaines portions du lac sont couvertes de plantes aquatiques
certaines portions du lac sont couvertes de plantes aquatiques

On continue sur ce chemin pour arriver enfin à un champ qui fait cul-de-sac. Devant nous, une zone envahie par des sortes de nénuphars, et le lac Danao. Il vaut le détour !!

Bétail sur le sentier
Bétail sur le sentier

Un bovin nous regarde d’un œil étonné : mais c’est quoi ces deux touristes paumés au milieu de la pampa ?!

Non loin de là, une habitante fait sa lessive depuis une barque
Non loin de là, une habitante fait sa lessive depuis une barque

Le truc, qu’on ne sait pas encore mais qu’on va découvrir, est donc de contourner le lac par la gauche. On commence par le droite, et ça ne donne rien. Là, il y a juste une petite rivière qui s’écoule du lac, avec une vieille qui fait sa lessive. Plus loin, une vachette maigrichonne, et le lac.

Par la gauche, mais en s’éloignant un peu de la rive (au début on a essayé de suivre la rive tout au bord, mais ça ne donne rien non plus), on trouve un petit sentier qui monte et qui semble aller derrière la colline. Une poule picore des grains de riz qui sèchent au soleil.

Passera ou passera pas ?
Passera ou passera pas ?

Arrivés en haut de la butte, il y a une petite barrière fermée, sorte de portillon d’entrée d’une propriété.

N’écoutant que mon courage, j’ouvre la barrière, et là, c’est le drame !

Violation de domicile

Arnaud, vert de terreur et paniqué à l’idée incongrue et dangereuse de s’aventurer sur la propriété d’autrui, lequel autrui pourrait être armé et mal intentionné à l’égard de deux occidentaux envahissant ses terres tels les conquistadors espagnols quelques siècles plus tôt, allant de l’avant au cœur d’espaces vierges et inconnus où la main de l’homme n’a pas encore mis le pied, et… Bref, il me suit. Hop.

le lac Danao
le lac Danao

Le sentier redescend au milieu d’une plantation de maïs. On passe devant une maison surélevée sur des pilotis, et on continue notre descente sur la droite; le sentier traverse une rizière, puis passe un petit ruisseau et nous arrivons sur une plage herbeuse, le lac est à nouveau sur notre droite. A gauche, une autre maison avec des personnes qui nous regardent. L’une d’entre-elles parle un peu anglais, et surtout tagalog. Parmi les autres, aucun ne parle anglais, ni même le tagalog, ils parlent un dialecte local que notre premier interlocuteur semble à peu-près comprendre.

lac Danao : la petite barque qui va nous emmener ?
lac Danao : la petite barque qui va nous emmener ?

Et pourtant, c’est lui qui va nous servir d’intermédiaire-interprète !

Petit rappel des conditions :

  • Objectif pour nous : négocier un petit tour en bangka sur le lac.
  • Conditions de négociation : auprès d’un pêcheur local possédant le seul bateau du lac pouvant être loué à notre connaissance
  • Facilités de communication : ledit pêcheur ne parle pas la langue de notre interprète, qui ne comprend que partiellement la nôtre.
  • Résultat : on y arrive pourtant en moins de deux minutes
  • Conclusion : on n’est pas les premiers à se pointer ici, ou alors nous sommes très chanceux !

La croisière s’amuse…

Notre navigateur du jour
Notre navigateur du jour

Le jeune adulte de la famille nous emmène donc à sa bangka. Et là, c’est le drame !

En effet, l’embarcation et minuscule. Envisager de monter à trois dedans est une hérésie dès le premier coup d’œil. On tente, tant bien que mal, de le signifier à notre interlocuteur, mais sans grand succès. Il insiste pour qu’on monte tous les deux avec lui à bord. Bah, après tout, il a l’habitude ! Allons-y.

Le lac Danao est magnifique et assez étendu
Le lac Danao est magnifique et assez étendu

Et nous voilà partis tous les trois sur le lac. Il est vraiment magnifique, avec par endroit des plantes aquatiques, à d’autres endroits des troncs d’arbres qui émergent, ailleurs encore c’est une petite île toute jolie. L’eau est presque d’un vert très clair.

Le philippin pousse sa bangka d’une petite pagaie, écope un peu d’eau avec un fond de bouteille en plastique. Cette « croisière privée » est tout simplement géniale ! Un vrai moment chouette. Il nous montre des poissons dans l’eau. Ici, c’est un filet de pêcheur qui est accroché à une bouée de fortune faite avec un bidon. Le fond est visible, un peu vaseux on dirait. La maison est visible depuis le lac ; comme souvent aux Philippines, la maison est surélevée et couverte d’un toit de végétaux.

Début de découverte du lac depuis la barque
Début de découverte du lac depuis la barque

La croisière ne s’amuse plus du tout

Deux philippins pêchent sur le lac Danao
Deux philippins pêchent sur le lac Danao

Mais il y a un truc étrange… Je trouve qu’on avance moins bien depuis un petit moment, et que le gars écope plus souvent qu’au début… Et en effet, il y a plus d’eau au fond de l’embarcation qu’au début. Tiens, il y a là-bas une autre petite embarcation, avec deux pêcheurs. Hop, photo. Mais vraiment le gars écope avec de plus en plus de vigueur !

On écope quand on a coulé
On écope quand on a coulé

Tout à coup, il bifurque vers une petite île proche, mais la voie d’eau est trop grosse, je décide avec Arnaud de descendre du bateau et de passer dans l’eau. Le fond est proche, j’en ai à peine jusqu’à la taille. L’appareil photo est sauvé ! Et voilà, les pieds dans l’eau au bord d’une île, tenant la rame pendant que notre « capitaine » vide le bateau de l’eau qui s’y était infiltrée. Le retour sera du même style, on finira dans l’eau. La famille au complet nous observe depuis leur maison. Personne ne semble moqueur, mais on se doute que ça rigole un peu en douce, à juste titre ceci dit.

Après avoir réglé 100₱ à nos bateliers, et avoir passé quelques instants avec leur famille, nous repartons en direction de la rizière. Avant la rizière, en revenant du lac, on passe devant des petits fruits qui sèchent. On traverse ensuite le ruisseau sur un « pont » qui est en fait une branche en travers, puis la rizière.

Une famille habite juste là
Une famille habite juste là

Ensuite, on repasse devant la maison en hauteur et c’est à ce moment-là que deux personnes nous adressent la parole et nous font signe de monter à l’intérieur.

Pas forcément étonnés, mais pas forcément rassurés (souvenez-vous, on est au plein milieu d’une propriété cultivée, on y est entrés sans se poser trop de questions, donc bon…),

Nous sommes invités à l'intérieur
Nous sommes invités à l’intérieur

on entre dans une enceinte de bambou et donc on monte dans l’habitation via une sorte de passerelle.

Le clebs des gars nous observe d’un regard torve.

On s’attend à tout, mais une fois à l’intérieur, c’est le drame !

La Bête aux grognements

La Bête aux grognements

Je reste dans la gargote, seul face à mon assiette vide et à ma bouteille de Royal, tout également vide. Tremblant à l’idée des sévices que doit subir Arnaud, tant les bruits animaux et les grognements redoublent de force ; on dirait une meute de bêtes sauvages affamées prêtes à se jeter sur un ennemi pourtant supérieur en nombre. Les sons confinent au gargouillement et au couinement. J’entends grincer des planches, des bruits de pas…

Tout à coup, alors que j’en suis à me demander ce qui se passe vraiment en coulisses tant c’est une véritable sérénade animale que j’entends, je vois revenir Arnaud, tout amusé. Il me dit d’aller voir, que « ça vaut le détour »… A mon tour donc d’aller visiter les toilettes !

ça grogne joyeusement : deux beaux cochons !
ça grogne joyeusement : deux beaux cochons !

Et là, horreur, je découvre enfin ce qui faisait tout ce raffut : trois cochons sont enfermés dans un parc fermé par des planches bancales et mal ajustées, à peine fixées et faisant face à une petite cabine de fond de jardin, dans laquelle trône un magnifique siège de WC miniature du genre de ceux qu’on trouve dans les écoles maternelles. Ne cherchez pas, il n’y a bien sûr pas d’eau. Les porcs semblent passionnés par ma présence et se bousculent pour se faire prendre en photo… Il est temps de rejoindre Arnaud !

un WC aux Philippines
un WC aux Philippines

Drame à la Poste de Taytay

Vous vous souvenez que j’ai acheté des cartes postales à Port-Barton. Pour l’instant, malgré une observation attentive, je n’ai vu aucune boite aux lettres. Je décide donc de passer à la vitesse supérieure : je cherche la poste. A Port-Barton, il n’y en avait pas, et le commerce qui faisait office de service postal proposait des tarifs étrangement occidentalisés… Mais ici à Taytay, il y a un vrai bureau de poste !

drame à la poste de Taytay, Palawan, Philippines
drame à la poste de Taytay, Palawan, Philippines

En fait, la poste est un bureau dans une pièce où il y a aussi une mairie, les services fiscaux et un autre service (service du port ? service de la forêt ? police ? je n’ai pas vraiment pu savoir). Dans cette grande salle, il y a donc plusieurs bureaux. Je demande et on m’indique le bureau pour la poste… Pas de chance, il n’y a personne. Je me pose donc devant et j’attends. Arrive alors une personne. Je lui explique que je veux poster mes cartes postales, que j’ai déjà timbrées… Et là, c’est le drame.

En effet, cette personne ne sait pas si mon tarif est le bon. Il faut dire qu’il n’a jamais vu personne envoyer une carte postale vers l’Europe jusqu’ici. Il me dit de revenir dans 2 jours, le facteur officiel sera de passage, peut être qu’il saura… Mais pas de chance, moi je sera à El Nido d’ici là !

Bon là je vous l’ai raconté rapidement, mais cette collecte d’informations m’a pris au bas mot une dizaine de minutes… Chacun son rythme ici !

Rencontre

Revenant au Casa Rosa, nous rencontrons Jean-Michel, un français qui vient traîner sur la terrasse de l’hôtel mais qui est installé aux Philippines. Il nous parle de son bateau, qu’il est en train de faire aménager et transformer. C’est un homme passionnant, qui a déjà bien roulé sa bosse. Rencontre exceptionnelle, qui va nous permettre de passer de l’autre côté du miroir, et de ne plus être seulement observateurs mais d’intégrer temporairement une petite tranche de vie locale –instants privilégiés, typiquement ce que je recherche.

Il nous propose de nous joindre à lui pour une soirée chez un américain installé à Taytay, un certain Brian. On ne peut qu’accepter ! Rendez-vous est pris pour dans une heure, le temps qu’il se douche.

Le courant étant en panne ce soir, on avance dans le noir à la lumière de la petite lampe de poche de Jean-Michel.

Brian nous accueille dans sa maison, où il vit marié avec une charmante philippine, qui attend un enfant de lui. Bien qu’elle soit clairement bien plus jeune que lui, le couple fonctionne bien. Mon jugement est peut être rapide et hautain, mais je suppose un instant à un arrangement tacite à l’Irakienne (pétrole contre nourriture, sauf que là c’est pas du pétrole). On allume des bougies pour nous recevoir. Pour une personne ayant vécu déjà plusieurs dizaines d’années aux USA et aux Philippines, Jean-Michel s’acharne à avoir un accent abominablement français quand il parle anglais… mais qui semble ne gêner personne, au contraire !

la Casa Rosa
la Casa Rosa

L’accueil est chaleureux. On nous sert à manger du poisson et du riz, on nous fait boire du rhum local. La soirée est sympa, bien arrosée, et les discussions vont bon train, dans un mélange d’anglais et français mâtiné de tagalog. Extraordinaire moment qui à lui seul aurait valu le voyage. Immersion et partage de points de vues, projets, problèmes et espoirs.

Waouh ! De la vraie discussion !

Le retour se fait à bord d’un tricycle bondé (5 passagers + le conducteur)… mais nous arrivons à bon port, et avec le sourire ! Je constate avec amusement qu’ici aussi l’usage est de négocier la course. Jean-Michel nous explique qu’il négocie sa course après le trajet, pas avant. A priori, Brian fait de même. On prend note !

Tiens, l’électricité est revenue… Normalement à Taytay, il y a du courant de 5h du soir à 5h du matin. Mais des fois, eh bien non. C’est ainsi… Les plus riches ont donc un générateur.

Allez, on se couche. Demain, le projet est d’aller au Lac Danao, dont le guide par-déjà honni nous vante les charmes. Et puis, on l’avait mis au planning informel qu’on avait prévu, donc on ne va pas renoncer si près du but. Ah, escalade de l’engagement, quand tu nous tiens… Parce que, je vous raconterai ça tout à l’heure, mais cette balade vers un petit lac de Palawan va être émaillée d’un incident dramatique…

Taytay, ville oubliée

Hunting downtown for a room

en français : à la pêche à la chambre en centre-ville

une rue de Taytay, aux Philippines

On avise un troupeau de tricycles, mais leurs chauffeurs jouent à « on ne comprend rien ». Finalement, un autre qui devait avoir envie de travailler nous embarque. D’après lui il n’y a pas le choix, il n’y a qu’un seul hébergement possible : le Casa Rosa. C’est un véritable hôtel (enfin presque), situé sur la hauteur et qui domine toute la ville. On y grimpe, et là commencent les négociations. Quoi, vous n’aviez toujours pas compris ? Bien sûr que non, nous n’avons aucune réservation, rien n’est prévu.

La peur au ventre, terrorisés à l’idée de ne pas trouver de chambre et de devoir dormir dans la rue, paniqués, affolés, nous ne prenons aucun risque quand la tenancière nous annonce fièrement ses tarifs… Prohibitifs, même pour un occidental.

Bravant la folie qui nous guette et le risque d’être égorgés à chaque coin de rue de cette bourgade qui n’a rien à envier aux quartiers chauds de Bogota un soir d’orage, je me lance à corps perdu dans une négociation digne des meilleurs souks. Il faut dire que je tremble à l’idée de ne pas avoir de chambre.

au bord de la route principale à Taytay

Bon OK, c’est du gâteau. La demoiselle transige très vite pour nous proposer deux chambres, à 350₱ chacune. C’est très raisonnable, la qualité du lieu étant remarquable. Et ne vous inquiétez pas, Taytay n’a rien du descriptif que je viens d’en faire : c’est au contraire une petite ville très simple, particulièrement calme et où toutes les personnes rencontrées ont été adorables. J’ai également ici aussi réalisé un mini-plan.

Taytay peut également s’enorgueillir d’un abominable chef d’oeuvre : un « big sign » qui affiche fièrement le nom de la ville. D’après l’expérience d’Arnaud en Asie du Sud-Est, ça n’est pas un gage de grande réussite en général. Ici, ça sera juste un truc kitsch de plus.

Le Casa Rosa est constitué de bâtiments… ocres ! Non, pas rose. Ne cherchez pas, on n’est plus à une contradiction près ! Discussion sympa avec la responsable du lieu.

la forteresse de Taytay

Depuis la terrasse de l’hôtel, on a une vue magnifique sur la ville et sur la mer. On surplombe le port, et une petite forteresse que même le guide touristique mentionne. On va y aller !

LA Gargotte

On descend donc du Casa Rosa pour aller se balader un peu à pied. On avise un marché, un ou deux petits vendeurs de « trucs qui semblent se manger » (je tente une patate douce caramélisée pour 1₱), le vent se lève un peu pendant qu’on fait le tour du port. Il souffle carrément quand on arrive au fort. Ledit fort est devenu maintenant un agréable petit parc bien entretenu, il y a encore de vieux canons, des bancs, des lampes. La chapelle est bien conservée, à l’exception du toit qui a étéremplacé par une structure de fortune qui fait un rafut abominable à cause du vent. J’imagine à peine ce que ça doit donner par gros temps. Il reste plusieurs canons au fort, datant pour la plupart de l’époque coloniale espagnole.

On croise un touriste motard, on échange quelques mots. Selon le guide touristique, il y a un autre hôtel, mais le motard nous le déconseille (donc, encore une fois le LP dit n’importe quoi). Lui préfère reprendre la route dès l’heure suivante.

Arnaud avise un cybercafé, qui pour l’instant est fermé. Personne à l’horizon pour se renseigner sur les horaires, on verra plus tard. On continue notre exploration et on finit à un boui-boui. Non pas qu’on ait vraiment faim, mais on s’attable quand même. On entend bien une sorte de bruit étrange derrière le mur, mais pour l’instant on ne s’inquiète pas.

une autre vue de la gargote : au premier plan, les plats disponibles

Arrive la « maman » qui tient l’établissement. Faisant environ 10 m², aux murs faits de natte végétale, sol de ciment brut, et avec en tout et pour tout deux tables « et demi », la gargote est simple. Le contenu des popotes est présenté bien en vue aux gourmands. On choisit en montrant ce qu’on veut, et on prend des boissons. Je ne sais pas si je vous ai déjà raconté ça, ici il existe une boissons digne des têtes couronnées : le Royal. C’est en fait le nom local du Fanta orange !

Un groupe d’adolescents s’installe à l’autre table. Armés chacun d’un téléphone portable (dont on se demande comment il peuvent fonctionner, à cette heure-là il n’y a pas encore de courant électrique donc les antennes-relais sont très certainement OFF également, mais qui sait…) ils discutent et prennent une petite soupe. L’après-midi avance bien.

découverte culinaire ou prise de risque ? bienvenue dans une gargote

(Le lecteur passionné aura remarqué la présence sur la photo ci-dessus du sac à dos « plaqué mouton ». Eh oui, le même qu’à Vladivostok en 2010 !)

Ambiance de rue

Cette pause est l’occasion de profiter de l’ambiance. Au bord de la route on voit passer successivement un chien tout décharné, des tricycles, des enfants revenant de l’école. Les plus jeunes reviennent également tous seuls chez eux, parfois accompagnés et tenus par la main par leur « grande sœur » (laquelle aura dans les 6 ou 7 ans grand maximum). Tout semble paisible et serein. Aucune agressivité, personne n’est violent. Nous sommes certainement bien « cachés » dans notre gargote, mais ceux et celles qui nous voient nous observent discrètement. Visiblement, les petits blancs ne courent pas les rues ici. D’ailleurs, nous ne croiserons quasiment aucun occidental à Taytay.

Des enfants jouent sur l’échafaudage voisin. En face, un poteau électrique maintient tant bien que mal une grappe de compteurs et un spaghetti de fils sous tension. Là, un bus passe devant un chien qui dort à même le bas-côté. Chacun vaque à sa vie, et c’est passionnant à regarder. Vous l’avez compris, c’est ça que je recherche : cette immersion réelle au cœur de la vie locale. Aujourd’hui, je suis servi !

un tout petit WC sans eau ni évacuation, le luxe !

Au bout d’une bonne heure à traîner dans ce boui-boui, Arnaud envisage d’aller soulager sa vessie. Les bruits étranges derrière la gargote n’ont pas cessé, et c’est pourtant par là qu’il faut qu’il se rende… Il y va, et là, devinez quoi : c’est le drame !! (promis, un jour je vous raconterai aussi un autre drame : devoir chanter Night Calls de Joe Cocker sans le texte…)

Bus trip dramatique pour Taytay

Un bus bien chargé aux Philippines
le bus est plein à craquer

En route pour Taytay ! Après quelques pérégrinations qui sont devenues presque la norme (le bus est là-bas… ah non il est ailleurs… ah non c’est bien bien celui là-bas… ah non… ah si…) on monte à bord d’un bus presque pas flambant neuf. Le seul truc qui flamberait ça serait le carburant… et la couleur des sièges, d’un rouge plastifié vif, ambiance Happy Days à bord !

Et là, ainsi que je vous l’avais dit : c’est le drame !

Le bus est particulièrement plein, bondé, débordant de passagers à tel point que 2 philippins sont accrochés sur le marchepied de chacune des deux portes. Je passe sous silence le fait que le toit est couvert d’une épaisseur importante de bagages, surmontés d’une égale épaisseur de passagers supplémentaires. Je pense qu’on doit atteindre, sans mentir, un bon double du nombre de passagers prévus par le constructeur de l’engin.

Musique !

De toute façons, la peinture fait tenir la carrosserie, mais ce qui marche bien c’est le système son du chauffeur. Remplacé astucieusement et dramatiquement par un bricolage de sa confection, nous aurons droit à un remix de Barbie Girl à plein tube pendant une bonne demi-heure, avant que le bidule finisse par changer de chanson et à déverser de la dance à des volumes sonores que pourraient lui envier les discothèques les plus équipées !

bus à fond dans la descente
à fond dans la descente

Ceux qui me connaissent ne doutent pas de mon affection pour la musique électronique et pour la dance, mais là au milieu de nulle part, avec poussière à droite et casier à provisions à gauche, forêt luxuriante devant et route défoncée ne méritant même pas le terme vaniteux de sentier, traversant cet univers digne d’un delirium tremens à la vitesse d’un escargot essoufflé (en montée) ou d’une avalanche de classe 5 (en descente), je trouve que ça donne un peu de décalage (je parlais de la musique, si vous avez suivi).

rizière à Palawan
rizière vue depuis le bus

Dans certaines montées, malgré l’élan maximum pris par le chauffeur au mépris de toute raison et parfois même au défi des lois de la physique, il faut que certains passagers sautent en marche (mais ils vont plus vite à pied que nous) pour que le bus continue son ascension. Le paysage est superbe, là aussi particulièrement varié : des montagnes, des rizières, de la jungle, de petits villages…

la jungle luxuriante de Palawan
la jungle luxuriante de Palawan

Tout à coup, la route devient toute neuve. C’est un véritable billard, je n’avais pas vu une telle qualité de route depuis l’Europe. Le bus fonce à pleine vitesse, marquant parfois des arrêts dans les endroits les plus inattendus. A chaque étape, le ballet des colis qui montent et descendent du véhicule est passionnant. Ici c’est une série de casseroles qu’on dépose, là c’est une grappe d’enfants qui monte à bord. Le bus fait clairement le service des livraisons. Parfois, les arrêts sont vraiment au milieu de nulle part…

Après un panneau touristique antédéluvien annonçant fièrement un lac que nous irons voir ensemble plus tard (ce sera dramatique, je vous le promets), nous passons à toute vitesse devant ce qui semble être un hôpital, puis arrivons à un rond-point ! Oui, ici aussi cette gangrène dépensière et mafieuse est arrivée. Jouxtant ledit rond-point, c’est la gare routière de Taytay.

panneau indiquant le Lac Danao
un panneau touristique décrépi

Anecdote amusante : pendant le trajet, le « contrôleur » a parcouru tout le bus, majoritairement par les extérieurs (ne cherchez pas, ce n’étant pas prévu par le constructeur mais il l’a fait quand même). Pour preuve : voici mon billet qui a bien été grignoté par le poinçon !

Port Barton – Roxas

Dramatique murge en bord de mer

Qui n’a jamais rêvé de conquérir ces mondes inconnus, lointains, éthérés à coup de rhum-coca… Il faut dire que le fait est relativement facilité par deux étapes particulièrement subtiles.

vue sur la mer avec un bateau
une belle vue sur mer ça donne soif

Etape 1 : quand les tarifs des boissons alcoolisées du petit resto dont nous parlions à l’instant sont à quelques demi-cacahuètes identiques voire inférieurs à ceux d’un simple jus de fruit, le choix se porte rapidement vers les rhum-coca et autres joyeusetés.

Etape 2 : en sortant du resto et en prenant à pied le chemin du cottage, nous passons par la plage : tournez à gauche après la station Caltek, sinon vous irez dans l’eau. Or, dramatique signe du destin, se dresse juste avant l’établissement qui nous héberge, un restaurant bar boissondrôme. Ici aussi, il y a du rhum coca. Testons quelques verres, pendant que les étoiles se reflètent dans mer, et parlons du bon temps en vérifiant que le rhum a le même goût…

un bateau à Port Barton
un bateau à Port Barton

Non, ça n’a rien à voir avec les litres de vodka éclusés à Iekaterinbourg en 2005 avec Seb & Alex, mais bon avec l’altitude (1m50 ?) ça finit par taper… Allez zou, au dodo. On n’aura pas vu la fin des répétitions du spectacle pour le 50e anniversaire de la fondation de Port Barton. Mais j’en aurai profité pour apprendre qu’Arnaud compte acheter un bien immobilier. On a donc trouvé comment lui tirer les vers du nez ! Nos femmes nous manquent. On réalise qu’on est des privilégiés : pouvoir partir « seuls à deux copains » au bout du monde, c’est une chose que certains couples ne tolèrent pas. Heureusement pour nous, on a ce privilège. On file au lit.

Jour 8 : Jeepney power : Port Barton – Roxas

Il est temps de partir pour Roxas, notre prochaine étape pour rejoindre Taytay. Le route se fera en jeepney. Nous nous levons à l’aube (il doit bien être 9h) pour prendre le jeepney. Il est facile à trouver, il est juste devant le « Bamboo », c’est d’ailleurs le seul jeepney présent. Il est, comme ça semble être la norme, extrêmement bariolé et déjà recouvert d’un bon nombre de bagages, dépassant de loin le nombre de ses passagers. On s’acquitte de notre trajet et on embarque. Il n’y a que des touristes à bord –déception. Le jeepney part tout de suite, et tourne en rond dans le village pour revenir à proximité de la station Caltek. Quelques passagers nous rejoignent, et nous partons.

jeepney à Port Barton, avant le départ
jeepney à Port Barton, avant le départ

A la question « comment on pouvait être sûr que c’est le bon jeepney ? » j’ai donc deux indices essentiels : déjà c’est le seul, mais surtout regardez bien la photo, il est écrit « Roxas » sur la vitre avant, et ça tombe bien nous allons à Roxas !

élèves à Port Barton
élèves à Port Barton

Quelques centaines de mètres après avoir quitté Port Barton et ses banderoles « 50th anniversary foundation Port Barton », dont certaines sont faites de sacs plastique colorés suspendus à un fil de téléphone, la route n’est plus en béton mais devient une voie gravillonnée, puis une voie terreuse, puis boueuse, puis… parfois, on serpente entre les ornières détrempées, d’autres fois on passe sur deux grosses traverses de bois parallèles au sens de la route et qui se révèlent être un pont, une autre fois même on passe à gué pour ne pas utiliser le pont qui semble en trop mauvais état pour supporter le choc… Mais le jeepney avale la route sans encombre, rien ne lui résiste et le pilote (je n’oserai pas l’insulter en le traitant de chauffeur, vu les exploits de conduite constatés) gère son engin d’une main de maître. Le décor passe de la jungle luxuriante aux rizières.

vue de la route depuis le jeepney
pilotage en jungle

De grandes collines ponctuent le paysage. Par endroits, du riz sèche à même la route, sur les quelques dalles de béton présentes; le jeepney contoune.

Cette partie du trajet est très intéresante en termes de paysages, je dirais presque « décors » tellement on peut trouver ça vraiment beau. Les teintes de vert sont nombreuses, la diversité à chaque virage tend au dramatique. (héhé, vous avez vu comme j’ai réussi à le placer de façon subtile celui-là)

Soudain, la route rejoint une grande route avec enrobé et marquage au sol, qui est certainement celle qui relie Puerto Pricessa à Roxas. Le jeepney file à toute vitesse et arrive à l’heure à la gare routière de Roxas.

Gare routière de Roxas
Gare routière de Roxas

Enfin je dis « à l’heure », vu qu’on n’a pas les horaires et qu’on ne nous a rien promis…

Le marché et la gare routière de Roxas

Deux touristes qui étaient avec nous quittent le jeepney pour aller voir Roxas. On les verra revenir à la gare routière quelques minutes plus tard; apparemment il n’y a rien d’intéressant pour eux à Roxas. Pour nous, la destination suivante est déjà prévue : un autre bus/jeepney/surprise à destination de Taytay.

La gare routière de Roxas ressemble à celle de Puerto Princesa. On repère rapidement qui est « le-gars-à-qui-il-faut-demander », et il nous indique un endroit pour attendre le bus de Roxas. Dans une heure, dit-il. OK, on va attendre là.

marché de la gare routière de Roxas : boutiques, petits véhicules et quelques personnes à pied, sol en terre battue
marché de la gare routière de Roxas

Il y a juste à côté un grand marché couvert, et des boutiques en pagaille qui vont du barbier-coiffeur au vendeur de pièces détachées automobiles en passant par tout et pire encore. Je file au marché, et y trouve des bananes pour 1,50 ₱ ou un burger fait devant vous pour 15 ₱ : un vrai avec un gros bout de viande hachée et des vrais ingrédients « du marché » (et pour cause, on y est au marché !)

marché couvert : poteaux en bois et bananes bien mûres
bananes !

Les toilettes sont payantes (2 ₱ pour un pipi, 4 ₱ sinon, mais n’espérez ni eau ni papier WC ni porte qui ferme bien). Âmes sensibles trop occidentalisées, s’abstenir. De toute façon, le lavabo est pour la déco, il n’y a pas d’eau au robinet et l’évacuation n’est pas branchée.

Mais il y a un bidon d’eau croupie, si vous voulez.

WC à la gare routière, sombre, sale, sans eau
WC à la gare routière

Heureusement, le marché (couvert pour une partie) est un vrai bonheur à lui tout seul, il vaut le temps d’y passer un moment. Il n’y a pas de touristes ici, vous êtes vraiment en plein coeur de la « vraie » vie locale. Il y a beaucoup d’étals, on peut manger sur place avec des petites choses préparées devant vous, comme je l’ai dit plus haut. Les prix sont terriblement bas. J’ai acheté des mini-bananes, mais j’ai été tenté par à peu près tout ce que je voyais. Malgré ma tête bien blanche et mon allure clairement étrangère, je n’ai pas eu (trop) le sentiment d’être pigeonné ; je suppose que l’effet de surprise a joué pour moi.

coiffeur de rue : bicoque en tôle, un seul fauteuil, le coiffeur fume, il n'y a pas de porte ni de devanture.
coiffeur Nick’s master cut !

Le marché est situé à environ 100m de la gare routière à proprement parler, il y a entre les deux une sorte d’avenue de gros gravier blanc et de poussière où circulent les véhicules les plus divers. Juste à côté, il y a une boutique de pneus, un coiffeur qui officie directement sur sa « terrasse », une échoppe de bidules en plastique. Le va-et-vient incessant des personne est un spectacle à part entière. Je passe ainsi quelques secondes à observer, sans pour autant « fixer » qui que ce soit afin d’éviter toute « agression visuelle ».

Les véhicules les plus divers se croisent dans un nuage de poussière. Des enfants jouent au milieu des camions, des bus et des tricycles. La zone est immense, ce qui est étonnant pour une si petite ville.

petite vendeuse de friandises sur un tricycle avec un parasol
une petite vendeuse à la gare routière

Une jeune vendeuse de boissons et de snacks tente de gagner un peu d’argent auprès des passagers qui attendent. Pendant ce temps, des enfants jouent avec des gobelets en plastique pour passer le temps.

jeune philippin qui joue avec deux gobelets en plastique
un bambin patiente en jouant avec des gobelets

Ici, loin au cœur des Philippines et bien qu’étant sur une île touristique, il y a très peu de « blancs » : nous faisons l’attraction. On nous prend en photo !

Mais voici le bus qui arrive (paraît-il)… On fonce, histoire d’avoir une bonne place. Et là, c’est le drame !

Le balout : manger un oeuf germé !

Le balout : manger un oeuf germé !

Je crois pouvoir dire sans fausse modestie que j’ai goûté par mal de choses (le lecteur assidu se souviendra avec amusement de mon voyage en Sibérie et du marché de Pékin à titre d’exemples), mais là on dépasse toutes mes espérances les plus imaginatives. Le balut, c’est un œuf qui a été « un peu » couvé, et qu’on cuit comme un œuf dur alors que le poussin est déjà partiellement formé. J’appelle ça un « œuf germé » faute de meilleur terme.

Balut : oeuf germé
Balut : oeuf germé

Une fois la coquille enlevée, vous faites face à un corps cartilagineux blanchâtre (probablement le blanc de l’œuf qui a commencé à travailler), qui entoure une masse jauno-grisâtre. Il est temps de déguster cette horreur.

l'intérieur d'un balut
l’intérieur d’un balut

Le blanc a une texture assez désagréable, un peu comme du cartilage. Le reste a un goût et une texture que je situe entre le jaune d’oeuf dur et le bec de poussin, avec quelques plumets en prime. C’est atroce ! Le sel aide à tout faire passer. Les jeunes philippins qui nous ont vu acheter ça et qui en consomment régulièrement (c’est, semble-t-il, un plat assez apprécié) nous regardent de loin en rigolant.

Philippines : hamac et vacances relax
Philippines : hamac et vacances relax

Bah, c’était pas si dur, et même pas un mal de ventre le lendemain ! Mais non, je ne le referai pas tout de suite, chacun ses goûts. L’important était de goûter, de partir à la rencontre des traditions locales ; c’est fait, et je ne le regrette pas du tout.

Retour au cottage, la douche fuit toujours. Demain, on fera une provision d’eau dans le bidon et on fera couper le robinet.

Il est temps de se coucher pour de bon. Demain, ça sera une dure journée !

Jour 7 : severe glanding in Port Barton

Ah, les vacances… Ce dur moment où, pendant qu’Arnaud se perd sur la plage, des millions de personnes se ruent sur les portes du métro, et que… Quoi ? Ah, comment il a réussi son coup de se perdre ?

Depuis le hamac, la vue est imprenable !
Depuis le hamac, la vue est imprenable !

Sur une plage qui fait (au bas mot) 200m de long, et sachant que notre cottage qui est juste au bord de la plage se situe également non loin du milieu de ladite plage, le tout dans un village avec 4 rues et qu’on squatte déjà de puis plus de 24 heures ?

Beuh, c’est facile. La marée mon cher, la marée ! (ou pas)

Après manger, on se refait donc une petite exploration, cette fois-ci on reprend la rue principale (tous les stands ont été rangés et ont disparu, la fête est bel et bien finie, je pense qu’on a eu beaucoup de chance d’assister à une vraie fête locale), nous repassons devant l’école élémentaire. Là, des dizaines de petits et petites philippines sont dans une cour immense (j’estime à plus de 150 m sur 150 m, le tout entouré de divers bâtiments qui sont visiblement des salles de classe, l’ensemble étant entouré d’une petite barrière. Et au milieu, il y a un drapeau des Philippines; nous arrivons juste au moment où les enfants s’alignent, les enseignants face à eux, et que l’hymne est chanté pendant que le drapeau est monté au mat. On sent que l’héritage du colonialisme américain est encore très fort.

Philippines : les jeunes jouent au basket, influence américaine ?
Philippines : les jeunes jouent au basket, influence américaine ?

C’est à ce genre de détails (sans importance ?!) que je vois partout mais qui se fondent dans l’ensemble : prises aux formes américaines (mais au voltage 230V), lever du drapeau, écoles avec une « mission » et une « vision » écrits en grand sur les murs, sport national qui est le basket alors que la taille moyenne des joueurs est très inférieure à ce qui est d’usage dans ce sport, etc. Un bien ou un mal, je n’ai pas l’intention de juger. C’est un simple constat.

La balade continue. On fait le tour de la High School, puis on prend un petit chemin sur la gauche. On arrive dans une zone avec de belles maisons en bois, puis on revient sur le « centre-ville ». J’en profite pour acheter des cartes postales, et je prends avec des timbres pour l’Europe. J’ai l’impression qu’on m’a escroqué sur le prix des cartes, mais après tout le touriste est là pour ça alors faisons comme si on n’avait rien vu.

De retour au hamac, je commence à rédiger mes cartes, quand je réalise que je n’ai pas encore vu une seule boite aux lettres aux Philippines. Qu’à cela ne tienne, on avisera !

Depuis le hamac, la vue est imprenable !
Depuis le hamac, la vue est imprenable !

Arrivent alors quelques jeunes filles de l’école, en uniforme, qui nous demandent des sous, une « souscription » pour « concrete the fence for the High School of Port Barton ». Mwais… Oui, mais non. Désolé les filles ! D’ailleurs, une petite averse arrive juste à ce moment. Arnaud et moi nous nous réfugions au « Bamboo » (le resto qui vend des cartes postales) pour y

La pluie fine gâche le paysage
La pluie fine gâche le paysage

grignotter un truc. C’est bien, mais sans exploit, ça vaut tout juste une gargotte.

L’autre resto qu’on fera le soir est nettement mieux : c’est le petit « R » marqué sur le petit plan que j’ai fait avec mes petits doigts et le petit clavier de mon petit ordinateur pour illustrer ce petit site, ok j’arrête si ça fait plus rire, fallait le dire aussi non mais c’est vrai d’abord, pourquoi vous me laissez toujours partir dans des délires parce que hein vous êtes là aussi pour réagir et que… on va pas en faire un DRAME !

Si ? Voyons ça…

Dong, l’âme damnée de Port Barton

Dong, l’âme damnée de Port Barton

Tout à coup, alors que je me sens tout tranquille, à manger en terrasse ma fin de poisson frit dans la pénombre d’un éclairage aux ampoules économiques faméliques, arrive Dong.

Vous vous souvenez, c’est le gars qui nous a trouvé la bonne place où nous sommes, et qui a tellement été attentif à notre demande qu’il nous avait refilé le mauvais cottage avec le grand lit simple. Le revoilà maintenant, toujours souriant, il veut me proposer un tour en bateau. Pour aller à El Nido. Je lui explique donc que non, désolé, mais on n’ira pas en bateau.

Il insiste en demandant où nous allons aller, et si nous irons à El Nido. A un touriste qui doute ou dont la représentation géographique est capable d’erreurs, il aurait vite fait de nous faire croire que El Nido est accessible uniquement en bateau.

Mais pas de chance, je sais que c’est faux, et de toute façon la prochaine étape n’est pas El Nido. Et nous irons par la route, comme le lecteur perspicace l’aura deviné.

Alors, Dong s’en va. Mais quelque chose me dit qu’on va encore le recroiser demain…

sur la plage de Port Barton

L’accueil du resort est maintenant tenu par deux jeunes (environ 20 ans), on discute un moment. Arnaud se réveille, on va faire un petit tour le long de la plage, et on découvre avec amusement un resto monstrueusement autoproclamé « meilleur de Port Barton », bardé d’affichages tapageurs qui expliquent en long et en large qu’ils sont les meilleurs, qu’il n’y a quelques privilégiés qui pourront en profiter, qu’il faut réserver (les tarifs, eux, sont tout petits si on s’en tient à le description de la taille des caractères, mais pas pour la valeur financière affichée qui est particulièrement élevée). Mais devinez quoi ? Ledit resto est encensé par le fumiste guide dont je vous ai déjà parlé en presque-bien. Renseignement pris auprès de quelques touristes croisés plus tard dans Port Barton, cette gargote est infâme et chère.

Le visiteur curieux se fera son propre avis, mais ça pue l’arnaque à touristes à plein nez. Déjà, tout est écrit en anglais, c’est louche…

le terrain de basket de Port Barton, Philippines

Après avoir vu les quelques dernières minutes d’un match de basket (commenté au micro, je vous raconte pas la saturation du bidule, vous imaginerez très bien) sur le terrain « officiel » de Port Barton, nous retournons au Elsa’s Beach House Cottages and Restaurant. Il est temps de se coucher, les moustiques se sont levés.

Arnaud sort son oeuf musical MP3, on va pouvoir écouter quelques notes électroniques avant de dormir.

Et là, c’est le drame !

Port Barton by night

Les piles sont mortes ! Tant pis. De toute façon, il n’y a pas l’eau non plus, la douche reste donc à sec, et on verra ça demain. Demain ? Non, je vais faire mon râleur à l’accueil. Un gars, avec une lampe, vient ouvrir un robinet à l’extérieur et en effet, on a l’eau… mais ça fuit ! Impossible de fermer le plic-ploc dans la salle de bain. On comprend donc pourquoi le robinet extérieur était fermé…

Mais il est temps de retourner faire un tour « en ville », on n’a pas envie de dormir tout de suite. Chance, c’est soir de fête à Port Barton : le match de basket n’était que le début d’une fête de village. Les stands se sont installés le long de la rue pricipale : j’achète une brochette de banane braisée (2 ₱), Arnaud tente une sorte de saucisse. Il y a des jeux d’argent aussi, et même les très jeunes enfants font des paris sur une sorte de jeu de hasard : vous placez un billet sur une combinaison de deux couleurs (vert-vert, vert-rouge, rouge-jaune, etc) et on lâche 3 énormes dés retenus sur un axe, et en fonction des couleurs obtenues par les dés, on gagne ou on perd. Il y a aussi une sorte de « roue de la fortune » avec des couleurs. Les joueurs jouent des petits montants (2 ou 5 ₱) mais jouent vraiment en espérant gagner. J’ai l’impression que la pauvreté a un rôle non négligeable dans cette addiction au jeu.

Malgré cela, l’ambiance de cette fête de village est agréable. Il y a une véritable petite foule, les enfants courent et jouent, les adultes discutent tranquillement et il y a très peu de touristes.

Plus loin, Arnaud a repéré un petit vendeur qui propose des « balout » dans un vieux tupperware. Euh, je sais pas, c’est quoi un balout ?

Et là, c’est le drame !